L’accord de Paris, une étape historique [en]

Assemblée générale - COP21 - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies - 15 décembre 2015

Monsieur le Secrétaire Général,
Monsieur le Président de l’Assemblée générale,
Excellences,
Chers amis,

De retour de Paris, je suis heureux et ému de me retrouver ici après ce beau succès collectif, ces nombreuses nuits blanches. Merci Monsieur le Président de l’Assemblée générale d’avoir pris cette heureuse initiative !

Monsieur le Secrétaire général, le Président Hollande et le Ministre Fabius vous ont déjà exprimé toute leur gratitude pour votre engagement, la force de vos convictions et votre leadership. Permettez-moi de vous renouveler ici toute notre reconnaissance à vous-même et à votre équipe.

L’accord de Paris marque une étape historique, fondée sur un texte à la fois ambitieux et équilibré.
Certains le craignaient : le compromis aurait pu se faire « par le bas », par le plus petit commun dénominateur ; c’était la voie de la facilité. Ce n’est pas celle que la communauté internationale a choisi : le compromis s’est fait « par le haut » en se fondant à la fois sur plus d’ambition et plus de solidarité.
Cet accord Mesdames, Messieurs est fidèle au mandat de Durban. Il reconnaît la notion de justice climatique. Il tient compte sur chacun des sujets des responsabilités des pays, de leurs capacités respectives à la lumière des circonstances nationales.

Il confirme notre objectif central et vital : contenir la hausse de la température moyenne bien en-deça de 2°C et poursuivre les efforts pour limiter la température à 1,5°C, afin notamment de permettre la sauvegarde des Etats insulaires, les plus menacés par la montée des eaux.

Il met en place des cycles de contributions nationales en matière d’atténuation tous les cinq ans, avec un principe de progression des engagements à la hausse, et un encouragement à une convergence progressive, incluant les pays en développement.
Un bilan global, également quinquennal, portant aussi bien sur l’atténuation, que sur l’adaptation et les moyens de mise en œuvre (finances, technologies, capacités), interviendra tous les cinq ans dès 2023, et informera la révision des contributions pour relever l’ambition collective. Ce cycle quinquennal sera amorcé par un dialogue facilitateur en 2018, qui permettra de faire un bilan de façon anticipée, avant même l’entrée en vigueur de l’accord, prévue en 2020, et d’encourager plus d’ambition encore. Tous les pays sont, de plus, appelés, sur une base volontaire, à élaborer des stratégies de développement nationales faiblement émettrices en gaz à effet de serre à l’horizon de 2050.

L’ accord prévoit les moyens nécessaires pour permettre l’accès de tous au développement durable. 100 milliards de dollars devront être consacrés chaque année à partir de 2020 à financer des projets permettant aux pays de s’adapter aux changements climatiques ou de faire baisser les émissions de gaz à effet de serre.
Ces financements devraient augmenter, comme le précise l’accord. Certains pays en développement, sur une base volontaire, pourront aussi devenir des donateurs pour aider les pays les plus pauvres. En 2025 un premier rendez-vous est prévu afin de prendre de nouveaux engagements chiffrés pour l’aide à ces pays les plus pauvres.
L’accord de Paris est particulièrement attentif à aider les plus vulnérables et les plus démunis face aux changements climatiques. Il réserve notamment une place accrue à l’adaptation aux changements climatiques ; et il reconnaît l’importance de la coopération en matière de pertes et dommages.

Outre les finances, l’accord crée un nouveau cadre pour les technologies et reconnaît la nécessité d’accélérer l’innovation. La décision qui accompagne l’accord met en place un comité de Paris sur le renforcement des capacités nationales.
L’Accord de Paris comporte un article sur le renforcement des puits de carbone, notamment la forêt, y compris à travers les mesures type REDD+ et les approches combinant l’atténuation et l’adaptation.

Il comporte aussi un volet relatif aux incitations : un mécanisme de marché et un mécanisme pour des approches non-marchandes figurent dans l’accord. Le prix du carbone est évoqué - parmi d’autres instruments - pour instaurer des incitations à l’action dans la décision.
Les droits de l’Homme font l’objet d’une considération spécifique dans le préambule, qui mentionne également la nécessité de garantir un « travail décent », ainsi qu’une « transition juste ».

L’accord prévoit, enfin, un cadre de transparence renforcé, adapté en fonction des capacités de chacun. Il prévoit tous les cinq ans un bilan collectif de nos progrès. L’accord met en place un mécanisme pour faciliter la mise en œuvre et promouvoir la conformité avec ses dispositifs qui fonctionnera de façon transparente et non-punitive.
L’entrée en vigueur de l’accord est conditionnée par un double critère, avec un seuil de 55 pays, représentant 55% des émissions. Comme le Président de l’Assemblée générale l’a rappelé à l’instant, une cérémonie officielle de signature sera organisée à l’occasion de la prochaine journée mondiale de la Terre le 22 avril 2016.
Cet accord, mesdames et messieurs, s’inscrit lui-même dans un « paquet » plus vaste qui lui confère une force et une portée sans précédent.

Je veux parler d’abord des 188 contributions nationales – les fameux INDCs – : elles couvrent désormais la quasi-totalité des émissions mondiales ; et elles attestent encore une fois de la force de l’engagement des gouvernements ; je veux parler aussi, bien-sûr, des innombrables initiatives non gouvernementales regroupées au sein du Plan d’action Lima-Paris. Les coalitions qui se sont formées autour de ces projets concrets innovants montrent que toutes nos sociétés, nos entreprises, nos organisations non gouvernementales, nos collectivités locales sont, à nos côtés, engagées résolument dans ce combat.

Permettez-moi de citer quelques chiffres pour indiquer un véritable changement d’échelle à cet égard :
Le Plan d’action Lima-Paris, ce sont 70 initiatives portées par 10 000 acteurs : 2250 villes, 150 régions qui représentent plus d’un milliard d’habitants, 420 investisseurs, 2025 entreprises, des milliers de dirigeants locaux, de chefs d’entreprises, de personnalités de la société civile. Tout cela dans plus de 180 pays couvrant une très vaste gamme de domaines : l’énergie, l’agriculture, l’industrie, la finance, les assurances, les transports, les villes, les forêts, l’eau, la résilience et la prévention des catastrophes et j’en passe, ce sont donc tous les secteurs de la vie économique et sociale qui sont concernés par cette formidable mobilisation.

Et, comme vous le savez, toutes ces initiatives sont désormais enregistrées sur le site NAZCA : elles sont donc transparentes et peuvent être suivies avec exactitude.
Vous le comprenez : ce plan est unique et sera l’un des fers de lance de la lutte contre les changements climatiques. Deux « champions » seront désignés parmi les acteurs du Plan d’action par les deux présidences successives de la COP (la France et le Maroc) pour guider et encourager la poursuite de ces grandes initiatives.

Mesdames, Messieurs, cet accord ouvre un nouveau chapitre non seulement dans l’histoire de la lutte contre les changements climatiques, mais aussi dans celle d’un développement durable et partagé : il s’inscrit comme cela a été dit très éloquemment dans la continuité de la séquence d’Addis-Abeba et de New York.
Dans une large mesure, c’est « l’esprit de New York » - la confiance, l’engagement collectif - qui s’est si clairement exprimé dans cette enceinte, qui a soufflé sur Paris et a permis notre accord.

Rien de tout cela n’aurait été possible sans l’engagement de toutes les nations et l’engagement personnel de chacune des délégations nationales et des représentants de la société civile de chacun de vos pays.
Et je dois redire ici combien le travail aux côtés du Pérou a été fructueux. L’accord de Paris n’aurait pas été possible sans Lima.

Maintenant il faut poursuivre notre exceptionnelle mobilisation. Paris est un tournant ; mais il ne faut pas relâcher l’effort, bien au contraire, il faut encore accélérer et le faire en respectant l’esprit de New York que j’évoquais à l’instant, cet esprit d’union et d’inclusion qui est aussi un esprit d’espoir et d’optimisme.

L’étape de Marrakech sera donc cruciale ; et nous allons travailler avec nos amis marocains pour que la COP22 vienne couronner la dynamique de Paris.
Un grand merci encore à chacune et chacun d’entre vous.

Dernière modification : 07/12/2016

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