L’année 2015 a marqué un tournant historique dans notre approche du développement

Evénement finance et développement durable - Intervention de M. François Delattre, Représentant permanent de la France aux Nations unies - 10 octobre 2016

Monsieur le Secrétaire général,

Monsieur le Président de l’Assemblée générale,

Monsieur le Ministre,

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Mes chers Amis.

C’est un grand honneur pour ma délégation et pour moi de co-présider cette session consacrée à l’inclusion financière et l’accès aux services de base, aux côtés de mon collègue et ami l’Ambassadeur Akbaruddin, le Représentant permanent de l’Inde aux Nations unies. Ces thématiques qui nous mobilisent aujourd’hui constituent en effet des composantes majeures dans la réalisation des objectifs du développement durable. Je salue à ce titre l’initiative du Secrétaire général des Nations unies, qui vient d’exprimer, avec beaucoup de talent, un message fort sur les nouvelles solutions de financement des ODD, les Objectifs du développement durable, et plus largement sur l’innovation financière pour le développement.

L’année 2015 a marqué un tournant historique dans notre approche du développement, et dans ce que j’appelle la révolution silencieuse du développement durable qui est en train de se dérouler sous nos yeux dans le monde des Nations unies, et qu’il s’agit maintenant de faire émigrer vers le vrai monde, hors des Nations unies. La conférence d’Addis-Abeba sur le financement du développement a vu l’émergence d’un nouveau paradigme, une volonté d’agir ensemble pour un développement plus durable, pour un développement plus inclusif. L’adoption des Objectifs du développement durable, ces 17 leviers prioritaires pour un développement soutenable, a ensuite fixé notre cap, l’horizon vers lequel nous devons tendre. Puis la COP21, que la France a eu l’honneur d’accueillir et qui a abouti non seulement à l’Accord de Paris, mais également à l’engagement de mobiliser plus de 100 milliards de dollars à l’horizon 2020, a constitué un autre moment fort de cette année passée, et c’est, je dois dire, la COP21, un succès collectif particulièrement important.

Comme le grand homme d’Etat Léopold Sédar Senghor aimait à le dire, l’important, ce n’est pas ce qui brille, c’est ce qui dure. A Addis-Abeba, à New York, à Paris, les lumières étaient braquées sur nous. Mais c’est maintenant, bien sûr, que le plus difficile commence. C’est maintenant, ensemble, que nous devons traduire les engagements en action, traduire les promesses en réalisations, et nous assurer que notre effort signifie quelque chose et est bien durable.

Dans ce combat, c’est pour nous tous une évidence, les gouvernements, la société civile, le secteur privé doivent avancer main dans la main, car nous ne pouvons réussir que si nous agissons ensemble : sans volonté politique, nous ne pourrions pas prendre ces engagements, ambitieux et indispensables. Mais sans financement, ni l’expertise et l’engagement de tous, nous ne pourrions pas mettre en œuvre les engagements pris.

La volonté politique, je crois que personne n’en doute, est là aujourd’hui. Au-delà de ce que j’ai déjà évoqué, la France s’est engagée récemment à consacrer quatre milliards d’euros supplémentaires par an au financement du développement d’ici à 2020, dont deux milliards pour le climat (deux milliards par an pour le climat). Ce point est important, car ce sont avant tout les personnes les plus pauvres qui sont les premières victimes des dérèglements climatiques. Nous n’arriverons pas à atteindre les ODD - ceux sur la pauvreté, la faim, l’eau - si nous ne prenons pas au sérieux la question du climat. Et à ce titre, la ratification par l’Union européenne de l’Accord de Paris, il y a quelques jours à peine, est une excellente nouvelle qui illustre avec force notre volonté d’agir.

Les financements, et notamment les financements innovants, ont un rôle clé à jouer. Il s’agit là de ressources primordiales pour atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés. Comme vous le savez, la France assure le Secrétariat permanent du Groupe pilote sur les financements innovants depuis 2006, et elle est extrêmement active sur ce dossier. Cela fait tout juste dix ans que la France, le Brésil, le Chili, la Norvège et le Royaume-Uni ont initié la création d’UNITAID, facilité d’achat de médicaments et diagnostics contre le VIH, le paludisme et la tuberculose résistante. Grâce à un financement sur les billets d’avion, dont vous êtes tous familiers, près de 16 millions de personnes vivant avec le VIH bénéficient aujourd’hui d’un traitement antirétroviral dont des enfants, contre 1,6 million seulement en 2006. C’est donc un progrès énorme.

La mobilisation du secteur privé, elle aussi, est une réalité. Je sais que ce sera l’objectif de la deuxième session, donc je ne vais pas m’y m’étendre. Vous pouvez simplement être assurés de l’engagement de la France et du mien également, personnel, afin de mobiliser le secteur privé sur ce chemin.

Si la volonté politique et la mobilisation des financements sont des conditions nécessaires à la réalisation des Objectifs du développement durable, elles ne sont pas suffisantes : en effet, sans imagination, sans solutions innovantes, nous ne saurions pas toujours comment mettre en œuvre ces engagements de manière efficace. Et c’est en cela que cette session, aujourd’hui, est tellement importante. C’est la question du comment.

Je vais prendre ici, si vous me le permettez, un exemple très simple parmi beaucoup d’autres : le premier ODD, vous le savez, c’est la lutte contre la pauvreté sous toutes ses formes. Aujourd’hui dans le monde, 2,5 milliards de personnes en situation de grande pauvreté, ces personnes que nous nous sommes engagés à aider, n’ont pas accès aux services financiers de base. Elles n’ont pas accès à un compte bancaire, au crédit, à l’épargne. Elles n’ont pas d’identité économique et à cause de cela, elles sont le plus souvent exclues des services les plus essentiels : l’accès au logement, l’accès à l’éducation, l’accès à la santé. Leur exclusion économique est donc mécaniquement une exclusion sociale. Et en un mot, elles sont coupées du monde.

Et nous nous heurtons collectivement à cette limite : si nous ne savons pas comment atteindre ces personnes, si nous ne savons pas comment leur permettre d’accéder aux programmes de développement, si nous ne savons pas comment mesurer l’impact que ces programmes ont sur leur vie, alors comment peut-on les aider ?

C’est face à ce défi que nous avons convenu, ensemble, collectivement, main dans la main, de trouver des solutions innovantes. Et ces solutions, Mesdames et Messieurs, elles existent. Certaines d’entre elles vont être présentées aujourd’hui par nos panélistes. Elles permettent de redonner aux individus tout ce qui leur manque : une identité économique, de les relier au monde bancarisé, de leur assurer un accès aux services financiers de base, à une assurance individuelle, au logement. En clair, elles permettent d’atteindre ces 2,5 milliards de personnes, les plus pauvres parmi les pauvres, et de construire un pont entre elles et l’économie globale.

J’aimerais ici, pour conclure, souligner un point dont vous êtes tous parfaitement conscients : construire ce pont que j’évoquais n’est pas seulement une obligation morale, c’est aussi une chance, une opportunité, pour nos entreprises, du Nord comme du Sud. Lutter contre la pauvreté, favoriser l’accès à l’éducation, à l’eau, à la santé, à l’énergie, c’est ouvrir un marché de plusieurs milliards d’hommes et de femmes qui ne demandent qu’à être connectés à l’économie mondiale. Les Objectifs de développement durable constituent donc probablement aujourd’hui, si j’ose dire, le plus grand marché du monde. Alors mes chers amis, à nous de saisir ensemble cette formidable opportunité.

Je m’arrête ici et j’ai hâte d’entendre nos panélistes qui vont nous faire part de leurs expériences, de leurs initiatives et de leurs attentes.

Dernière modification : 11/10/2016

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