La France annonce 3 priorités pour sa Présidence du Conseil de sécurité en juin [en]

Synthèse mensuelle des activités du Conseil de sécurité (mai 2016) - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations Unies - Conseil de sécurité - 31 mai 2016

Monsieur le Président, chers collègues,

Je tiens tout d’abord à remercier et à féliciter chaleureusement l’Ambassadeur Amr Abdel Latif Aboullata et toute l’équipe d’Egypte pour tout le travail accompli ce mois-ci. Vous avez assuré avec un grand professionnalisme un mois chargé à tous égards, et en particulier chargé en rencontres, notamment avec les organisations régionales, que ce soit avec l’Union africaine pendant toute la semaine dernière, mais aussi avec la Ligue Arabe au Caire, ce qui était une première, ou encore avec l’Union européenne.

Monsieur le Président, chers collègues,

Comme vous nous y invitez, je n’aborderai que trois sujets parmi tous ceux qui ont occupé l’activité du Conseil pendant ce mois, et je dirai quelques mots des principales échéances qui nous attendent lors du mois de juin.

Permettez-moi tout d’abord de rappeler que vous avez commencé votre présidence avec un événement fort, et qui relevait d’une nécessité pour nous tous : l’adoption d’une résolution sur la protection des personnels médicaux en situation de conflit armé. Les attaques contre les hôpitaux se sont en effet multipliées ces dernières années, en Syrie, au Yémen, au Soudan du Sud, en Afghanistan, et ailleurs. Nous estimons très important que le Conseil ait pu adresser un message de fermeté. Nous devrons assurer un suivi strict de cette résolution afin de nous assurer que de telles violations du droit international humanitaire ne restent pas impunies. La France restera mobilisée en ce sens.

S’agissant du Moyen-Orient, je voudrais revenir sur la Syrie, mais aussi rapidement sur le processus de paix.

L’adoption des résolutions 2254 puis 2268 avait permis d’initier des progrès dans la résolution de la crise syrienne. Après une dynamique positive au mois de mars, le début du mois de mai a été marqué par un retour en arrière. Les négociations de Genève ont été suspendues tandis que les violences reprenaient, atteignant à Alep en particulier un niveau supérieur à celui précédent l’entrée en vigueur de la cessation des hostilités. L’accès humanitaire n’a connu que des progrès minimes en raison des blocages du régime dont la ville de Deraya est devenue un symbole. Devant cette accumulation de développements négatifs, l’Envoyé spécial, soutenu en cela par la France et d’autres délégations, a appelé à l’organisation d’une nouvelle réunion ministérielle du Groupe International de Soutien à la Syrie (GISS). Le communiqué de Vienne, adopté le 17 mai, a ainsi permis de réaffirmer l’engagement des membres du GISS pour créer les conditions d’une reprise crédible des négociations. Surtout, ce communiqué a endossé sans ambigüité la nécessité de voir la prochaine session de négociation porter sur la seule transition et ses modalités de mise en place d’ici au 1er août prochain.

A ce jour, les progrès sont encore maigres, ainsi que l’a confirmé l’Envoyé spécial lors des consultations du 26 mai. Si l’objectif d’une reprise des négociations politiques est ainsi tracé, nous ne devons pas nous précipiter dans une nouvelle session de négociations intersyriennes si les conditions de leur crédibilité ne sont pas réunies. Les prochains jours devront se focaliser sur la mise en œuvre effective du communiqué du 17 mai en faisant, si nécessaire, usage des outils qui ont été agréés, à savoir la saisine du GISS au niveau ministériel et du Conseil de sécurité. Dans l’immédiat, l’urgence va à l’accès humanitaire. Si les entraves aux convois humanitaires à toutes les zones assiégées n’étaient pas levées avant le 1er juin, les largages humanitaires par voie aérienne devront être effectués. Après cinq réunions du GISS et deux résolutions du Conseil de sécurité nous sommes en droits d’attendre des avancées, et des avancées réelles.

S’agissant du processus de paix, que nous avons évoqué au Conseil le 15 mai, nous espérons que la réunion ministérielle que nous organisons à Paris le 3 juin permettra de redonner un horizon politique à la solution à deux Etats. La France fait depuis plusieurs mois le constat d’un risque d’un embrasement généralisé sur le terrain. Ce risque s’accroît chaque jour, du fait de l’injustice quotidienne subie par les Palestiniens et de l’insécurité croissante des Israéliens.

Cette initiative française a fait l’objet d’une large consultation. Le ministre des Affaires étrangères en avril puis le Premier ministre la semaine dernière se sont tous les deux rendus en Israël et dans les Territoires palestiniens. Le Ministre a également consulté nos partenaires de la région et du Quartette de manière à bâtir un large consensus. La réunion ministérielle du 3 juin à Paris doit être le point de départ d’une mobilisation politique. Le Président de la République François Hollande ouvrira cette réunion à laquelle le Secrétaire général des Nations Unies et le Secrétaire d’Etat américain ont d’ores et déjà confirmé leur participation.

Notre démarche se veut collective et complémentaire de l’action conduite par le Quartette, dont le prochain rapport fournira des éléments précieux pour progresser. Nous remercions la très large majorité des délégations du Conseil et au-delà qui ont soutenu et qui soutiennent nos efforts.

Je ne peux pas évoquer ce mois de mai au Conseil de sécurité sans revenir sur les événements importants qui ont permis au Conseil de sécurité d’interagir avec les organisations régionales, et en particulier avec l’Union africaine tout au long de la semaine passée.

Les réunions du Conseil de sécurité avec le Conseil paix et sécurité de l’Union africaine, la Ligue Arabe lors du déplacement du Conseil au Caire, et avec le comité politique et de sécurité de l’Union européenne ont permis de réaffirmer l’importance de la coopération avec les organisations régionales et de faire avancer la compréhension mutuelle des crises du moment.

A l’occasion du 10ème anniversaire des consultations avec l’Union africaine, nous devons continuer à nous engager avec détermination dans le renforcement de ce partenariat stratégique. L’efficacité de l’action des Nations Unies comme de l’Union africaine ne peut qu’en être améliorée. Nous saluons à ce titre l’initiative de la présidence égyptienne d’avoir organisé un déplacement du Conseil en Somalie, dossier sur lequel la bonne coopération avec l’Union africaine est incontournable afin de promouvoir la paix et la sécurité dans la région. Cette mission sur le terrain, et les consultations avec l’Union africaine, nous permettront d’ajuster au mieux le mandat de l’AMISOM que nous allons renouveler d’ici quelques semaines, tant sur son action offensive que sur le respect des droits de l’Homme.

En conclusion et pour ne pas être trop long, permettez-moi de dire quelques mots des grandes priorités de notre présidence du Conseil qui s’ouvrira demain. C’est un mois qui sera particulièrement dense en activités pour le Conseil, que l’on peut tenter de rassembler en trois piliers :

-  Tout d’abord, le maintien de la paix, qui sera la véritable colonne vertébrale de ce mois de juin : avec le débat ministériel du 10 juin présidé par le ministre des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault, nous voulons prendre l’opportunité d’approfondir ensemble, en présence notamment du Secrétaire général et du président élu de la République centrafricaine, notre compréhension d’un maintien de la paix efficace et moderne au service de la protection des civils. Cet échange permettra de donner le ton d’un mois qui sera particulièrement chargé en renouvellements de mandats d’opérations de maintien de la paix : la MANUL en Libye, la MINUSMA au Mali, la FNUOD dans le Golan et la MINUAD au Darfour, sans parler des résultats attendus de la revue stratégique de la MINUSCA en RCA. C’est dire combien l’Afrique sera au cœur de notre présidence.

-  Le mois de juin, deuxièmement, sera aussi marqué par des échéances importantes et nombreuses sur le Moyen-Orient : la Syrie bien sûr, dans toutes ses dimensions – politique, chimique et humanitaire, mais aussi la Libye, le Yémen et le processus de paix dont j’ai déjà parlé. Le Conseil de sécurité sera également destinataire fin juin du rapport du Secrétaire général des Nations Unies sur la mise en œuvre de la résolution 1701 sur le Liban.

-  Enfin, le mois de juin sera également un mois chargé s’agissant des élections aux Nations Unies, avec notamment l’élection des nouveaux membres du Conseil le 28 juin.

Un mot enfin sur le processus de désignation du Secrétaire général des Nations Unies. L’Assemblée générale organisera de nouveaux dialogues informels entre les candidats et les Etats-membres le 7 juin. Comme en avril, je suis certain qu’ils rencontreront un fort intérêt des Etats membres. Nous saluons et encourageons cette ouverture bienvenue. Il appartiendra au Conseil d’avancer dans ses propres travaux dans le cadre des responsabilités qui sont les siennes. Je tiens à remercier à cet égard l’Ambassadeur d’Egypte pour les discussions constructives menées sous sa présidence. Cet état d’esprit va nous permettre d’avancer durant notre présidence au mois de juin afin de mettre en place l’organisation et tous les réglages nécessaires au Conseil pour procéder le moment venu aux premiers votes blancs.

Je conclus en remerciant et en félicitant à nouveau la présidence égyptienne pour la grande qualité du travail accompli en mai : vous avez placé la barre très haut !

Je vous remercie.

Dernière modification : 31/05/2016

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