La France appelle à l’imposition d’un embargo sur les armes [en]

Soudan du Sud - Intervention de Mme Anne Gueguen, Première Conseillère à la Mission permanente de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 17 novembre 2016

Merci Monsieur le Président,

Je remercie la Représentante spéciale du Secrétaire général au Soudan du Sud, Madame Ellen Løj, le Conseiller spécial du Secrétaire général pour la prévention du génocide, M. Adama Dieng, et vous-même, en tant que Président du comité des sanctions sur le Soudan du Sud, pour vos présentations. Et je tiens également à saluer particulièrement l’action de Madame Løj à la tête de la MINUSS au cours de ces deux dernières années dans des conditions particulièrement difficiles.

Monsieur le Président,

La gravité de la situation telle qu’elle vient de nous être décrite justifie pleinement que nous intervention aujourd’hui en séance publique. La France est profondément préoccupée par les risques de nouvelle escalade de la violence au Soudan du Sud. Depuis l’ouverture du conflit il y a près de trois ans, les populations civiles y ont été victimes de violences et d’exactions inqualifiables. Des hommes, des femmes, des enfants ont été exécutés, assassinés, violés, mutilés, enlevés. La violence s’est propagée dans de nombreuses régions du pays. Au combat entre les deux parties au conflit se sont ajoutés des conflits intercommunautaires, des violences à caractère ethnique et des attaques de groupes armés.

Alors que ce constat est déjà bien sombre, le Soudan du Sud risque aujourd’hui de s’abîmer à nouveau dans une nouvelle spirale de la violence. Le Secrétaire général, comme le groupe d’experts du comité de sanctions et vous-même, M. Dieng, avez tiré la sonnette d’alarme. Vous nous avez alertés sur les appels à la haine et les incitations au meurtre, qui font craindre le pire. Vous avez attiré notre attention sur le risque d’escalade de la violence, en particulier sur des lignes ethniques, pouvant déboucher sur des violences massives.

Le Conseil de sécurité ne peut pas rester sourd face à de tels risques. Comme vous le soulignez, M. Dieng, une telle spirale de la violence n’est pas inéluctable. Elle peut donc être empêchée. Les populations du Soudan du Sud ne sauraient être abandonnées à un tel sort. Elles sont en danger, et nous devons leur apporter le secours nécessaire.

Le Conseil de sécurité doit donc se mobiliser pour prévenir une telle descente du Soudan du Sud dans le chaos. Il ne peut ni ne doit rester les bras croisés. Il doit agir, au nom de sa responsabilité au titre de la Charte des Nations unies. Il doit prendre les mesures qui s’imposent. Tout d’abord, la mise en place d’un embargo sur les armes est désormais urgente. L’afflux continu au Soudan du Sud d’armes légères comme lourdes nourrit le conflit et facilite la commission de violences à l’encontre des civils. Nous devons tout faire pour tarir ces flux d’armes. La France appelle à l’imposition d’un tel embargo depuis longtemps ; et nous regrettons que le Conseil de sécurité n’ait pu en décider plus tôt. Mais il est encore temps. Nous soutenons la proposition des Etats-Unis et appelons les membres du Conseil à ne plus tergiverser.

Ensuite, la reprise du processus politique est une condition indispensable pour restaurer l’espoir au Soudan du Sud. Ce conflit ne peut connaître de solution militaire ; tout règlement ne peut être que politique. Les parties doivent donc de toute urgence s’engager à cesser les hostilités. Elles doivent s’engager dans un dialogue inclusif qui puisse permettre de stabiliser la gouvernance du pays et d’avancer vers la sortie de crise. Nous saluons à ce titre le rôle actif joué par l’IGAD et par l’Union africaine depuis le début de la crise pour favoriser une solution politique. Il est aujourd’hui plus que jamais nécessaire de redoubler d’efforts dans ce but. Les Nations unies peuvent y contribuer, en particulier le Représentant spécial du Secrétaire général. Le Conseil de sécurité doit également jouer son rôle, en soutenant ces efforts. Nous devons également être prêts à rappeler à ceux qui tentent de faire obstacle aux initiatives de paix que ce Conseil est prêt à prendre les mesures nécessaires à leur encontre.

Enfin, la MINUSS doit être en mesure d’accomplir son mandat. Nous condamnons fermement les attaques perpétrées contre la mission ainsi que contre les acteurs humanitaires. Les obstacles mis à l’accès de la MINUSS aux populations vulnérables sont inacceptables. Nous appelons le gouvernement du Soudan du Sud, ainsi que toutes les parties au conflit, à garantir la pleine liberté de mouvement de la MINUSS. Le gouvernement du Soudan du Sud doit également respecter ses engagements et assurer le bon déploiement de tous les contingents de la mission, y compris la force de protection régionale, ainsi que de leur matériel.

Je souhaite également réitérer le plein soutien de la France à la MINUSS, qui met en œuvre son mandat de protection des civils dans ce contexte particulièrement difficile. Nous saluons à cet égard les efforts déployés par le Secrétariat pour tirer les leçons des insuffisances qui ont été constatées face à la flambée de violences qu’a connue Djouba début juillet dernier. Nous saluons et soutenons l’engagement du Secrétariat à mettre en œuvre les recommandations formulées dans les meilleurs délais. Ce Conseil doit soutenir ces efforts.

Monsieur le Président,

Les populations civiles au Soudan du Sud souffrent depuis trop longtemps de la guerre qui semble, pour elles, sans fin. Aujourd’hui, cette situation pourrait encore s’aggraver. Il est de la responsabilité de ce Conseil de se mobiliser pour empêcher le Soudan du Sud de sombrer encore davantage dans la spirale de la violence. Il est temps d’agir.

Je vous remercie.

Dernière modification : 17/11/2016

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