La France appelle à la levée de tous les sièges en Syrie [en]

Situation humanitaire en Syrie - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 15 janvier 2016

Monsieur le Président,

Je remercie Madame Kang pour son exposé. La situation qu’elle vient de décrire illustre s’il en était besoin, l’ampleur de la catastrophe dont nous sommes témoins depuis près de 5 ans en Syrie. Il s’agit de la plus grande tragédie de ce siècle.

La France a demandé que le Conseil de sécurité se réunisse en urgence aujourd’hui avec trois objectifs complémentaires.

Mettre chacun face à ses responsabilités devant la tragédie humaine qui se déroule sous nos yeux, à Madaya et dans d’autres villes assiégées de Syrie. Maximiser la pression du Conseil pour la levée immédiate des sièges et l’accès d’urgence de l’aide humanitaire à toutes les zones concernées.

Créer enfin les conditions nécessaires pour le lancement dans quelques jours du dialogue inter-syrien, car il n’y aura pas de processus politique crédible sans progrès sérieux et tangibles, sur le front humanitaire.

Près de 400 000 personnes, Monsieur le Président, sont prises au piège dans des villes assiégées en Syrie, sans moyens de subsistance et sans accès des humanitaires. Au-delà des villes de Madaya, Fuah et Kafraya, des dizaines de milliers de personnes sont assiégées dans la banlieue de Damas, dans l’est de la Ghoutha, à Mohadamieyh, dans la zone rurale de Damas, près de Madaya, à Darayya, à Zabadani et ailleurs.

4.5 millions de personnes se trouvent dans des zones difficiles d’accès. 147 villes et villages ont été identifiés par les Nations unies, dont seulement 32% ont pu recevoir de l’aide à la fin de l’année 2015, selon le dernier rapport du SGNU. Les personnes les plus vulnérables, notamment les femmes et les enfants, sont par définition, les premières victimes. Les acteurs humanitaires ont décrit ces derniers jours des scènes insoutenables. Des femmes et des enfants meurent de faim à Madaya et ailleurs, ils meurent parce que la famine est utilisée comme au Moyen Âge, comme arme de guerre et de terreur, et personne ne pouvait dire qu’il ne savait pas.

Au-delà de la levée immédiate de tous les sièges, un accès immédiat, permanent et sans restriction doit être donné aux acteurs humanitaires pour qu’ils portent secours à toutes les populations dans le besoin. La France tient, de nouveau, à souligner la responsabilité première du régime : le dernier rapport du SGNU fait état de 91 demandes de convois inter-agences. Or 13 seulement ont pu être mis en œuvre effectivement.

Au prix de longs mois de négociations, les Nations unies et leurs partenaires sont parvenus à distribuer, à deux reprises seulement, de l’aide d’urgence aux populations de Madaya, Fouah et Kefraya, le 11 et le 15 janvier. C’est totalement insuffisant.

L’accès des secours d’urgence aux populations civiles ne saurait être, comme vous l’avez dit Madame Kang, fort éloquemment, une faveur ou une concession du régime syrien. Il s’agit d’une obligation absolue, issue des Conventions de Genève. Le Conseil a demandé dans de multiples résolutions que le régime et les autres parties au conflit cessent d’utiliser la famine comme arme de guerre, ce qui est prohibé de la façon la plus claire par le droit international humanitaire. Le Secrétaire général des Nations unies a souligné hier que cela constitue un crime de guerre. Comme l’a aussi demandé le Conseil, les attaques visant directement ou de manière indiscriminée les populations civiles en Syrie doivent immédiatement cesser. Dans le prolongement des initiatives constantes de la France, nous renouvelons nos appels pour que cessent, sans délais, les attaques contre les populations civiles, notamment aux barils d’explosifs, et contre les infrastructures civiles, en particulier les hôpitaux et les écoles. Nous appelons la Syrie, à cesser les bombardements contre les civils et nous appelons la Russie, à faire preuve de responsabilité dans la poursuite de ses opérations militaires en Syrie, et à ne cibler que les groupes terroristes désignés au Conseil.

Les travailleurs humanitaires sont également victimes de ces attaques, 81 ont trouvé la mort en Syrie depuis le début du conflit, 27 sont disparus ou détenus.

Enfin, alors que des négociations inter-syriennes doivent s’ouvrir prochainement et sont indispensables pour parvenir à la paix en Syrie, je voudrais redire qu’il n’y aura pas de processus politique crédible sans améliorations immédiates de la situation sur le terrain pour les Syriens.

Pour croire à une véritable relance du processus politique et à la mise en œuvre d’un cessez-le-feu, les Syriens ne doivent plus être les victimes d’attaques meurtrières et aveugles et de détentions arbitraires, et recevoir les soins et l’assistance humanitaire dont ils ont besoin en urgence. La France sera à cet égard, très attentive, aux options qui seront proposées par le Secrétaire général dans son rapport sur la mise en œuvre des mesures de confiance et du cessez-le-feu conformément à la résolution 2254 du Conseil. Une résolution qui montre, Monsieur le Président, que le Conseil lorsqu’il le veut, peut s’unir.

Monsieur le Président, à quelques jours de l’ouverture d’un cycle décisif de discussions inter-syriennes, le Conseil de sécurité doit prendre ses responsabilités, à la fois pour mettre un terme au drame humanitaire auquel nous renvoient les images insoutenables qui nous viennent des villes concernées, et contribuer ainsi à créer les conditions d’un processus politique crédible pouvant mener enfin à la paix à laquelle nous aspirons tous.

Je vous remercie.

Dernière modification : 15/01/2016

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