La France mobilisée pour une aide d’urgence en Haïti [en]

Haïti/MINUSTAH - Intervention de M. Alexis Lamek, représentant permanent adjoint de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 11 octobre 2016

Monsieur le Président,

Je remercie la Représentante spéciale du Secrétaire général pour son exposé très complet, et l’assure une nouvelle fois du plein soutien de la France en faveur de l’action qu’elle mène sur le terrain, davantage encore dans les conditions particulièrement difficiles que connait Haïti ces derniers jours. Vous avez tout notre soutien, et à travers vous, je vous remercie de transmettre notre soutien à l’ensemble du personnel de la MINUSTAH.

Je m’associe aux déclarations que prononceront tout à l’heure le représentant de l’Union Européenne ainsi que celui du Pérou, au nom du groupe des amis d’Haïti.

Monsieur le Président,

Au moment où Haïti continue d’évaluer le terrible bilan humain et matériel du passage de l’ouragan Matthew, je voudrais moi aussi adresser mes condoléances et celles de la France à l’ensemble des victimes et à leurs proches.

Dans cette épreuve, la France se tient aux côtés d’Haïti et mon pays a décidé de répondre sans délai à l’appel des autorités haïtiennes en faveur d’une assistance humanitaire.

Le Président de la République a déclaré que tous les moyens disponibles seraient mobilisés pour mettre en œuvre très vite une aide d’urgence, en coordination avec nos partenaires européens et avec la communauté internationale. Cette mobilisation a d’ores et déjà commencé : dès le 5 octobre, à la demande des autorités haïtiennes, un avion militaire français a effectué des vols de reconnaissance pour évaluer les dégâts intervenus sur les infrastructures nécessaires à l’acheminement de l’aide humanitaire. 60 militaires français de la sécurité civile et 90 tonnes de matériel, dont deux stations pour produire de l’eau potable, six unités d’assainissement, des kits médicaux et du matériel humanitaire de première urgence ont également été ou sont en voie d’être acheminés sur place. Par ailleurs, les crédits de l’aide alimentaire française à Haïti ont également été réabondés. Enfin, deux hélicoptères ont été mis à disposition par la Fondation Airbus, à des fins de transport de matériel médical ou de première urgence dans les zones les plus isolées. Tous ces moyens sont bien sûr mis en œuvre, sur le terrain, à la demande et dans le cadre fixé par le gouvernement haïtien et ses représentants dans les régions impactées par la catastrophe. La France appelle également l’ensemble de la communauté internationale à répondre à l’appel d’urgence lancé par les Nations Unies au lendemain de cette catastrophe.

Ce terrible drame nous rappelle une nouvelle fois l’ampleur des défis humanitaires auxquels font face Haïti et sa population. Nous sommes particulièrement préoccupés, dans le contexte actuel, par la résurgence des cas de choléra constatée au cours de l’année 2016. La France appuie pleinement les efforts entrepris par les autorités haïtiennes, avec le soutien des Nations Unies, et a contribué à plusieurs projets de terrain depuis 2010. Elle relaie l’appel du Secrétaire général à renforcer notre mobilisation, et examinera avec attention les propositions qu’il formulera prochainement devant l’Assemblée générale afin d’intensifier les efforts déployés pour lutter contre le choléra en Haïti ainsi que pour fournir une assistance et un appui matériel aux Haïtiens les plus directement touchés par cette maladie. Nous devons faire plus, en tant que communauté internationale, pour éradiquer définitivement le choléra en Haïti.

Monsieur le Président,

La France forme le vœu que le processus électoral en cours s’achève dans les meilleurs délais, afin de mettre enfin un terme aux incertitudes qui l’accompagnent. Haïti a plus que jamais besoin d’institutions stables et investies d’une légitimité démocratique, afin d’être en mesure de répondre aux nombreux défis économiques, sociaux et humanitaires auxquels le pays fait face.

La France a pris note du calendrier électoral révisé annoncé par le Conseil électoral provisoire, ainsi que du report des scrutins prévus le 9 octobre en raison des conséquences du passage de l’ouragan Matthew. Nous appelons l’ensemble des acteurs politiques haïtiens, et notamment le Président Provisoire, à tout faire pour que ces élections puissent se tenir prochainement et que le retour à l’ordre constitutionnel intervienne le plus rapidement possible. Chacun doit faire preuve de responsabilité et de retenue à cet égard.

Il importe que les scrutins à venir, qui sont pilotés par les Haïtiens eux-mêmes, se déroulent de manière transparente, libre, inclusive et crédible. La France apportera sa contribution à cet objectif, en participant à la mission d’observation électorale mise en place par l’Organisation des Etats américains.

Monsieur le Président,

Plus de douze ans après la création de la MINUSTAH, les conditions sur le terrain ont profondément changé, de même que le type de présence onusienne dont le pays a besoin. Nous sommes progressivement passés d’une situation de maintien de la paix à un contexte où les Nations Unies sont désormais attendues dans le domaine de l’aide au développement et à la construction d’un Etat de droit robuste. C’est en regardant cette réalité en face que nous serons à même d’apporter l’aide la plus efficace qui soit au peuple haïtien. La sécurité et la stabilisation d’Haïti à long terme dépendent d’abord et avant tout de la prise par les autorités haïtiennes de leurs responsabilités ainsi que du développement durable de l’île.

La France se réjouit de voir que la situation sécuritaire est globalement stable. Même si celle-ci reste fragilisée par les tensions politiques liées aux reports successifs du cycle électoral, ces dernières ont été gérées avec compétence par les forces de sécurité haïtiennes. Nous saluons à cet égard la montée en puissance de la police nationale haïtienne, qui se manifeste par sa capacité croissante à agir de manière largement autonome.

Il importe désormais que la poursuite des réflexions relatives à l’avenir de la MINUSTAH puisse être engagée dans les meilleurs délais. La France apporte à cet égard son plein soutien aux recommandations formulées dans le dernier rapport du Secrétaire général, s’agissant notamment de la limitation de la reconduction du prochain mandat à 6 mois seulement ainsi que de la réalisation, d’ici au terme de ce dernier, d’une revue stratégique qui devra permettre d’examiner si les conditions sont réunies pour un possible retrait de la MINUSTAH au bénéfice d’une nouvelle forme de présence des Nations unies. Il nous semble en effet important que la relance du processus de reconfiguration de la mission ne soit pas indéfiniment retardée par des blocages politiques, sauf à courir le risque de remettre en cause la capacité des Nations Unies à répondre au mieux aux besoins de la population haïtienne.

Monsieur le Président,

La situation en Haïti nous interpelle tous, davantage encore aujourd’hui. L’appui de la communauté internationale et l’engagement des Nations Unies demeurent plus que jamais nécessaires. Mais notre responsabilité au sein de ce Conseil est de tout faire pour qu’ils soient aussi adaptés et efficaces que possible. Les défis auxquels fait face Haïti et les attentes de sa population nous engagent à prendre les décisions qui s’imposent. Les acteurs politiques haïtiens doivent aujourd’hui en être pleinement conscients.

Je vous remercie.

Dernière modification : 11/10/2016

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