La France ne renoncera pas à ce qu’elle est : un pays libre - 16 novembre 2015 [en]

Conseil de sécurité- Crise humanitaire en Syrie - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies - 16 novembre 2015.

Madame la Présidente,

Permettez-moi d’abord de remercier l’ensemble des intervenants pour leurs exposés, M.O’Brien, Mme Zerrougui, Mme Bangura. Ils nous rappellent par leur action inlassable combien de civils, des femmes et des enfants, souffrent en Syrie dans leur chair.

Je voudrais aussi remercier chaleureusement tous ceux qui ont exprimé à mon pays leur sympathie et leur solidarité après les terribles attentats du 13 novembre dernier. Ce jour-là, la France était frappée en son cœur, à Paris et à Saint-Denis, par des attaques terroristes décidées et planifiées en Syrie. Le bilan, vous le savez, est très lourd : au moins 129 morts, plus de 300 blessés, de nombreuses personnes qui, au moment où nous parlons, sont encore entre la vie et la mort. La France a reçu d’innombrables témoignages de solidarité et d’amitié venus du monde entier. Ces messages nous touchent profondément et illustrent le soutien unanime que la communauté des nations apporte à mon pays.

La France n’a pas été la seule à être attaquée et meurtrie vendredi soir. Au moins 19 nationalités différentes ont été touchées. Nos pensées vont aux familles des victimes, en France et ailleurs dans le monde. Nos pensées vont également à l’ensemble des familles qui ont été touchées ces derniers mois par un terrorisme qui n’a ni couleur ni religion. Le Liban, la Turquie, le Danemark, le Koweït, l’Arabie Saoudite, la Libye, la Tunisie, l’Egypte, d’autres encore.

Madame la Présidente, c’est le représentant d’un pays debout, uni, plus déterminé que jamais qui vous parle aujourd’hui. Déterminé à combattre le terrorisme de manière impitoyable et dans le respect du droit.

Liberté, égalité, fraternité : la devise de la République française n’a jamais été aussi forte de sens. La France est un pays libre et indépendant, pluriel et fort de sa diversité. C’est cette France-là, mes chers amis, qui a été visée ce 13 novembre.

L’ennemi est connu : Daech. Cette organisation s’est nourrie des divisions communautaires et religieuses dans la région, et s’est renforcée par la haine et le rejet de l’autre. Elle opprime et massacre chaque jour des populations entières au Moyen-Orient. Elle y détruit aussi méthodiquement, systématiquement, sa richesse culturelle unique, qui appartient au patrimoine de l’humanité.

Face à cela, nous devons être guidés par deux objectifs complémentaires :

D’abord, une lutte résolue et déterminée contre le terrorisme et contre Daech. L’ensemble de la communauté internationale doit être unie dans cette lutte. Comme le président de la République l’a indiqué ce matin, la France va saisir le Conseil de sécurité pour que soit adoptée une résolution visant à lutter contre le terrorisme. Le Président Hollande a également appelé au rassemblement dans le cadre d’une grande et unique coalition internationale afin d’unir nos forces et nos moyens pour détruire Daech. Daech constitue notre ennemi commun et nous devons le détruire, avec détermination, avec méthode, avec professionnalisme, avec persévérance.

Ensuite, la recherche d’une solution politique en Syrie s’impose plus que jamais. La Syrie est en effet devenue la plus grande fabrique de terroristes que le monde ait connue. Les membres du Conseil de sécurité et les pays de la région doivent s’unir pour mettre d’urgence en œuvre une transition politique en Syrie, dans laquelle Bachar Al Assad ne peut constituer l’issue. Il est notamment urgent d’obtenir des progrès concrets dans le domaine humanitaire et d’exiger le respect du droit international humanitaire, qu’il s’agisse de l’accès humanitaire ou de la cessation de toutes les attaques indiscriminées contre les civils. La France a fait à Vienne des propositions concrètes sur ce sujet, afin d’atténuer les souffrances des populations civiles, alors que leur situation sur le terrain, déjà alarmante, se dégrade. Les résolutions adoptées par ce Conseil doivent être mises en œuvre sans délais.

Il est impératif que nous soyons, encore une fois, unis face à ces deux objectifs. La crise des réfugiés est l’une des conséquences les plus directes de cette catastrophe humanitaire. La situation actuelle ne peut durer sans créer une situation profondément déstabilisatrice. Plus que jamais, il est important de soutenir les pays frontaliers de la Syrie, qui accueillent le plus grand nombre de réfugiés syriens, et à qui je tiens également à rendre hommage.

Après les pays de la région, l’Europe est en première ligne. Les habitants d’Irak et de Syrie, notamment dans les territoires contrôlés par Daech, fuient parce qu’ils sont martyrisés. Les accueillir dans la dignité constitue une obligation morale pour l’Europe, dans le respect des libertés fondamentales et des principes de droit sur lesquelles elle s’est construite.

Malgré ces évènements dramatiques et ces tentatives de déstabilisation, la France ne renoncera jamais à ce qu’elle est : un pays libre. Elle ne renoncera jamais à ses valeurs. Nous surmonterons cette épreuve et nous devons, nous, la communauté internationale, être unis et défendre ensemble ces principes universels. La détermination de la France est totale. Merci. /

Dernière modification : 04/08/2016

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