La France ne se résigne pas au nouveau constat de blocage [en]

Syrie / humanitaire - Explication de vote par M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 5 décembre 2016

Monsieur le Président,

Nous regrettons profondément que le projet de résolution déposé par l’Egypte, l’Espagne et la Nouvelle-Zélande n’ait pu être adopté.

Face à une situation d’une gravité exceptionnelle, il était et il est de la responsabilité des membres de ce Conseil de soutenir sans hésitation tout ce qui peut permettre de sauver des vies. C’est ce qu’a fait la France aujourd’hui, aux côtés de la grande majorité des membres de ce Conseil, conscients de la responsabilité écrasante qui nous incombe de préserver la paix et la sécurité internationales.

Le texte qui nous était présenté n’était pas parfait par définition, il était le fruit d’un compromis. Mais s’il avait été adopté il aurait constitué une fragile lueur d’espoir, certes partielle et bien tardive mais qui nous aurait permis de travailler, et de travailler ensemble pour sauver des vies, mettre un terme à la tragédie d’Alep et rechercher les conditions d’une solution politique. En exigeant l’arrêt complet des attaques durant 7 jours renouvelables, pour permettre aux acteurs humanitaires de parer aux urgences vitales à Alep-Est, ce n’est pas une concession que nous demandions. C’était la réponse minimale aux demandes répétées des Nations unies, des acteurs humanitaires, relayées depuis des mois par les membres de ce Conseil, à commencer par la France. C’était le délai minimal pour permettre l’accès de l’assistance humanitaire et les évacuations médicales sous la responsabilité des Nations unies, conformément, il faut le rappeler, aux obligations découlant du droit international humanitaire. Nous ne faisions qu’exiger du régime et de ses soutiens qu’ils se mettent enfin en conformité avec les obligations qui s’imposent à eux au titre du droit international humanitaire.

En faisant trainer la négociation le plus longtemps possible, puis en s’opposant à un texte pourtant très modéré, la Russie a fait le choix de rester sourd aux appels de la communauté internationale et de poursuivre dans son soutien et dans celui de l’Iran aux efforts du régime syrien visant à prendre Alep quel qu’en soit le coût humain. C’est bien le sens de ces vetos successifs.

Depuis le début de la crise syrienne, la France a défendu une position constante : le primat de la solution négociée face à l’impossibilité d’une solution militaire, car seule une solution politique permettra de répondre aux aspirations du peuple syrien, d’assurer une paix durable et d’endiguer le terrorisme. La France est convaincue que la fuite en avant militaire du régime et de ses soutiens n’est pas seulement une faute morale, mais qu’elle est aussi une erreur stratégique. Une erreur stratégique qui, au-delà de la Syrie, met en danger la communauté internationale tout entière. Sans solution politique, la Syrie restera ce qu’elle est aujourd’hui : un pays dévasté, divisé, en proie à des combats incessants et le premier bastion du terrorisme international.

Pour autant, la France ne se résigne pas au nouveau constat de blocage que nous faisons aujourd’hui. La seule solution au conflit syrien est politique, je l’ai dit, et rien ne saurait faire dévier la France de cette conviction. Rien ne la fera dévier non plus de la feuille de route qui a été agréée par la communauté internationale : une solution politique fondée sur le communiqué de Genève et la résolution 2254, avec la mise en place d’une autorité de transition disposant des pleins pouvoirs exécutifs. Ce n’est pas une position idéologique, c’est la seule issue possible qu’impose la réalité en Syrie.

Nous avons constaté que les discussions engagées à Lausanne et à Genève en format restreint n’ont pas permis d’enrayer l’offensive en cours. Pour cette raison, la France en appelle à la reprise immédiate d’un dialogue international crédible et inclusif, associant tous les acteurs ayant prise sur le conflit syrien, pour sauver la population-martyr d’Alep de la destruction. Dans le même esprit, elle souhaite que soit menée à son terme l’initiative portée par le Canada à l’Assemblée générale pour exiger l’arrêt de toutes les attaques.

Dans ces heures sombres pour Alep et pour la Syrie qui mettent en jeu, ne nous y trompons pas, la crédibilité de notre Conseil, nous n’avons pas le droit de baisser les bras. Nous avons l’obligation morale et politique d’agir et donc de nous rassembler pour mettre un terme à la tragédie d’Alep et rechercher les conditions d’une solution politique qui est, encore une fois, la seule issue possible au drame syrien.

Tel est, Monsieur le Président, et tel sera le sens des efforts de la France. Merci.

Dernière modification : 14/12/2016

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