Bilan du mois de juin 2015 au Conseil de sécurité- 30 juin 2015 [en]

Discours général du mois de juin - Intervention de M. François Delattre, Représentant Permanent de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 30 juin 2015

Monsieur le Président, chers collègues,

Je tiens tout d’abord à remercier chaleureusement l’Ambassadeur Dato’ Ramlan et toute l’équipe de la Malaisie pour tout le travail accompli au mois de juin. Vous avez parfaitement géré l’agenda d’un mois dense et productif à New York. Je retiendrai notamment l’excellent débat organisé sur les enfants dans les conflits armés, couronné par le vote d’une importante résolution. Nous avons eu aussi d’importantes discussions sur la consolidation de la paix, dans divers formats, à la fois officiels et informels.

Je souhaite commencer mon propos en signalant deux dossiers africains : l’un est porteur d’espoir, c’est celui du Mali ; l’autre ne cesse de nous inquiéter, c’est celui du Burundi.

Ce mois de juin a marqué une étape historique pour le Mali avec la signature par toutes les parties concernées de l’accord de paix de Bamako. Le Conseil en a pris acte avec l’adoption de la résolution 2227, résolution importante qui donne à la MINUSMA un nouveau mandat pour soutenir la mise en œuvre de l’accord de paix dans toutes ses dimensions, en particulier sécuritaires : soutien au cantonnement, désarmement et réintégration des anciens combattants, soutien au redéploiement des forces armées maliennes dans le Nord, dans le cadre des mécanismes mis en place par l’accord.

La pleine et sincère mise en œuvre de l’accord par ses signataires sera essentielle pour réussir la paix, et pour l’enraciner. Le Conseil marque qu’il suivra avec attention la mise en œuvre de l’accord et que ceux qui s’opposeraient à la mise en œuvre de l’accord devront en assumer les conséquences.

Ainsi, en lui donnant pour mission de soutenir l’accord de paix, le Conseil de sécurité rappelle le sens premier de la mission des Casques bleus : accompagner le Mali vers une paix durable, en soutien à l’accord de Ouagadougou lors de la création de la MINUSMA, en soutien à l’accord de Bamako désormais.

Si le Mali vient d’engager une dynamique positive, ce n’est pas le cas, au contraire, du Burundi, qui est entré dans une période tendue après l’annonce de la candidature du Président Nkurunziza à un troisième mandat.

L’Union africaine a fixé dans son communiqué du 13 juin un cadre pour relancer le dialogue en vue d’un règlement politique durable de la crise. Elle a demandé notamment à ce que le calendrier électoral soit agréé par consensus entre les parties, et fixé un certain nombre de conditions à remplir avant la tenue des scrutins telles que la réouverture des médias, la libération des personnes arrêtées lors des manifestations, le désarmement des groupes de jeunes affiliés à des partis politiques notamment.

L’équipe de médiation internationale et le Secrétaire général des Nations unies ont estimé dans plusieurs communiqués que les conditions n’étaient pas réunies à ce stade pour la tenue d’élections libres, crédibles, transparentes et inclusives, et ont appelé à un nouveau report du calendrier électoral. Cette demande on le sait n’a pas été acceptée par le gouvernement du Burundi, qui met en avant ses contraintes constitutionnelles.

Les autorités ont tenu de manière unilatérale les élections communales et législatives hier, dans un climat tendu. L’opposition les a boycottées. Le contrôle étroit des quartiers contestataires par la police restreint depuis le début du mois de juin les manifestations contre un 3ème mandat. Le gouvernement semble déterminé à tenir les élections présidentielles le 15 juillet et Pierre Nkurunziza à maintenir sa candidature. La situation demeure par conséquent volatile et imprévisible. Avec le soutien de ce Conseil, la médiation internationale poursuit ses efforts pour trouver un terrain d’entente dans la perspective des élections présidentielles. Nous appelons avec force toutes les parties, et en particulier les autorités burundaises, à faire preuve d’esprit de dialogue et de compromis dans l’intérêt supérieur du pays.

Monsieur le Président, chers collègues,

Ces deux situations nous rappellent combien les Nations unies doivent être plus performantes à la fois dans la prévention et la gestion des crises.

Précisément, le panel sur les opérations de paix présidé par José Ramos-Horta a remis son rapport au Secrétaire général le 17 juin. Ce rapport comprend une centaine de recommandations de tous ordres : de doctrine, sur le processus politique, la protection des civils, l’usage de la force, la diplomatie préventive par exemple ; de fonctionnement des OMP, s’agissant du commandement, de l’engagement des contributeurs de troupes, de l’équipement, des formations ; mais aussi d’organisation interne du Secrétariat en ce qui concerne notamment le renforcement de l’analyse et de la planification ou encore la simplification de l’appui logistique.

Ce rapport doit maintenant donner lieu à un travail conduit par le Secrétaire général qui proposera un « rapport de mise en œuvre ». Il devra être concerté avec les Etats-membres. Le résultat sera présenté lors de la prochaine Assemblée générale des Nations unies et les recommandations qui s’adressent à la fois au Conseil de sécurité, au Secrétariat, aux TCC, et à l’ensemble des acteurs du maintien de la paix, une fois approuvées, seront mises en œuvre progressivement par la suite. Nous en attendons beaucoup car, à travers les missions de paix et leur capacité d’adaptation à des contextes évolutifs, c’est l’image de l’ONU et surtout la pertinence de l’action menée par notre Organisation qui sont en jeu.

Monsieur le Président, chers collègues,

Je terminerai mon propos par l’évocation du Proche-Orient.

Les consultations de ce mois ont une nouvelle fois révélé l’impératif d’initiatives concrètes en vue d’une reprise du processus de paix. Nous ne pouvons nous limiter à en appeler aux parties pour reprendre, seules, les négociations.

Face aux tensions et au risque de délitement de la perspective des deux Etats, la France a proposé une démarche d’accompagnement international autour de deux volets. La priorité est de créer un groupe de soutien international, que le Ministre Laurent Fabius a résumé sous la formule de « Quartette plus », incluant en plus des membres actuels les membres permanents de Conseil ainsi que certains pays de la région et de l’Union européenne. Ensuite, nous devrons travailler en faveur de l’adoption d’une résolution paramètres qui soit acceptée par tous. Car une résolution n’aura de sens que si elle est consensuelle et permet de relancer les perspectives de négociation. Nous travaillerons donc à New York et dans les capitales pour faire avancer cette perspective.

En Syrie, les dernières semaines ont été les plus meurtrières depuis le début du conflit. Le nombre d’attaques indiscriminées contre les civils n’a jamais été aussi élevé. Le régime a multiplié les attaques aux barils d’explosifs. Parallèlement, les groupes terroristes de Daech et de Jahbat al-Nosra ont continué de progresser et de frapper les civils. Ces attaques sont intolérables et contraires au droit international humanitaire et aux résolutions du Conseil de sécurité.

Avec l’Espagne, la France a voulu mettre l’accent sur les souffrances des populations civiles et engager une démarche visant à éveiller la conscience internationale à la gravité de ces exactions. Nous allons dans le courant du mois de juillet travailler avec toutes les délégations de ce Conseil pour bâtir une action qui soit efficace afin de lutter contre les attaques indiscriminées.

Nous avons trois priorités en Syrie : rechercher une solution politique, protéger les civils et lutter contre le terrorisme. Nous sommes convaincus que ces priorités sont liées, complémentaires. Comme l’a rappelé l’Envoyé spécial de Mistura seule une solution politique assurera, in fine, stabilité et sécurité à la population syrienne. Et il ne saurait y avoir de réponse efficace au terrorisme si l’on ne parvient pas à trouver une solution qui réponde aux aspirations du peuple syrien tout en évitant bien sûr le chaos. C’est ce chemin de crête étroit que la France estime nécessaire de promouvoir sans relâche.

Enfin, Monsieur le Président, chers collègues, nous n’oublions pas que ce mois-ci a été endeuillé par de terribles attentats terroristes qui ont frappé plusieurs pays, dont la France et plusieurs autres membres de ce Conseil. Notre détermination à lutter contre les fléaux du terrorisme et du radicalisme est entière. Plus que jamais l’unité du Conseil est nécessaire pour faire barrage aux fanatiques.

Et je voudrais conclure en remerciant de nouveau la Présidence malaisienne, et en souhaitant bonne chance à la Nouvelle-Zélande qui peut bien sûr compter sur notre plein et entier soutien.

Je vous remercie.

Dernière modification : 20/06/2016

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