La France remercie le Conseil de sécurité pour son soutien face aux attentats terroristes (29/01/2015) [en]

Bilan mensuel des travaux du Conseil - Intervention de M. Alexis Lamek, représentant permanent adjoint de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 29 janvier 2015

Monsieur le Président, chers collègues,

Je tiens tout d’abord à remercier Monsieur le Président et l’équipe du Chili pour tout le travail accompli en janvier. Vous avez parfaitement lancé l’année avec un programme riche combinant une très utile mission de terrain en Haïti et un agenda dense et productif à New York. Et nous avons été honorés de la présence de la Présidente du Chili, Mme Bachelet.

Monsieur le Président,

Janvier 2015 restera à jamais marqué dans la mémoire collective française. L’attentat terroriste contre le journal Charlie Hebdo, les crimes qui ont suivi contre des représentants des forces de l’ordre puis le crime antisémite de l’Hyper Casher ont profondément choqué, en France et à travers le monde.

Au nom de mon pays, je veux de nouveau remercier les Nations unies pour leur soutien exemplaire à travers la déclaration du Conseil de sécurité qui a été adoptée dès le 7 janvier, à travers la minute de silence observée par ce Conseil, à travers l’engagement du Secrétaire général des Nations unies qui est venu nous apporter son soutien à la Mission française ici à New York, tout comme les représentants de tant de vos pays. Autant de marques de solidarités exceptionnelles.

Ces attaques soulignent combien, dans un monde interdépendant, notre sécurité à tous est un bien commun. Plus que jamais, la paix et la stabilité du Moyen-Orient sont indissociables de celle de l’Europe. Plus que jamais, la France est engagée pour l’avenir du Moyen-Orient.

A cet égard, la crise politique que traverse actuellement le Yémen crée un vide de pouvoir dans lequel Al-Qaïda dans la péninsule arabique prospère. Dans ce contexte, nous renouvelons notre soutien aux efforts du Conseiller spécial du Secrétaire général, qui visent à permettre la constitution d’un gouvernement d’union nationale et la poursuite du processus de transition politique. Il s’agit de conditions nécessaires à la poursuite de la lutte anti-terroriste dans ce pays.

Monsieur le Président,

Ce début d’année 2015 a également été marqué par la brusque détérioration de la situation en Ukraine, et la reprise des combats par les séparatistes soutenus par la Russie – en violation du cessez-le-feu et des accords de Minsk qu’ils s’étaient engagés à respecter en septembre dernier. Les attaques menées par les séparatistes ces derniers jours, et notamment l’offensive déclenchée à Marioupol, semblent indiquer qu’elles visaient délibérément des civils. Comme l’a rappelé le Secrétaire général à la presse samedi dernier, elles pourraient constituer de graves violations du droit international humanitaire.

L’urgence est désormais de parvenir à une désescalade, visant à remettre le processus politique sur les rails. Cela commence par une attitude plus constructive de la Russie, qui doit cesser de soutenir les séparatistes, notamment en armes. Il ne peut y avoir de solution militaire à ce conflit. Les accords de Minsk de septembre dernier demeurent la seule base pour une sortie de crise durable au conflit. La France reste pleinement mobilisée et poursuivra ses efforts en contact étroit avec nos partenaires allemand, et les autorités ukrainiennes et russes dans le cadre des réunions en format « Normandie ».

J’en viens aux crises africaines.

L’influence de Boko Haram s’étend au Nigéria on l’a vu au cours du mois de janvier et au-delà, vers les pays voisins. Les exactions s’aggravent. Les conséquences humanitaires sont incommensurables et constituent une menace à la paix et à la stabilité dans la région. En mai dernier, le sommet de Paris a alerté sur le phénomène et incité à la mobilisation et au renforcement de la coopération régionale, comme cela a été rappelé par les réunions qui ont suivi et notamment celle de Niamey, le 20 janvier.

La prochaine étape est l’opérationnalisation sans délai de la Force d’intervention régionale (MNJTF), au moyen de la préparation d’un concept d’opérations, d’un concept de soutien logistique, de règles d’engagement et de tout autre document nécessaire, ainsi que cela a été agréé à Niamey. Ces décisions font suite à l’appel lancé par le Conseil de sécurité dans une importante déclaration présidentielle adoptée à la veille de la réunion de Niamey. La France, comme ses partenaires, se tient prête à examiner une résolution contraignante du Conseil de sécurité autorisant la Force régionale sur cette base.

Au Mali, l’escalade des combats entre groupes armés au cours des dernières semaines est préoccupante. En application directe de son mandat, la MINUSMA a été contrainte de faire usage de la force le 20 janvier dernier contre un groupe rebelle, le MNLA, qui tirait sur la ville de Tabankort et sur le camp de la MINUSMA.

Comme l’ont souligné la majorité des membres de ce Conseil lors des consultations du 6 janvier, la détérioration de la situation sécuritaire requiert une pression conjuguée de la communauté internationale sur l’ensemble des parties pour, qu’elles cessent les combats, respectent l’accord de cessez-le-feu et qu’elles reprennent sans tarder les négociations d’Alger en vue d’un accord de paix durable et inclusif.

Avant que les négociations de paix ne reprennent à Alger, nous proposerons un projet de déclaration présidentielle du Conseil destiné pour demander aux parties maliennes de la manière la plus claire possible de s’engager de bonne foi et sans délai sur le chemin de la paix.

Monsieur le Président,

Le mois de janvier était un mois important sur la République démocratique du Congo : le 2 janvier, date de l’ultimatum fixé aux FDLR, a marqué l’échec du processus de « désarmement volontaire » de ce groupe armé. Le Conseil a immédiatement réagi en se réunissant en urgence pour examiner la situation et a adopté une déclaration présidentielle forte sur la nécessité d’engager immédiatement une action contre ce groupe. Nous sommes désormais à la fin du mois et nous attendons plus que jamais des autorités de RDC qu’elles assument leurs responsabilités et qu’elles engagent des opérations contre ce groupe armé.

Le Conseil s’est également réuni pour étudier les conclusions de la revue stratégique sur la présence des Nations Unies en République démocratique du Congo. Quatorze ans après le déploiement de la MONUC en République démocratique du Congo, nous devons redoubler d’efforts pour que le mandat de la mission, notamment en matière de protection des civils, soit mis en œuvre de manière plus active et efficace. Conformément aux recommandations du DOMP, c’est vers une force plus moderne, plus mobile et plus réactive, mais aussi plus volontaire, que nous devons tendre si nous voulons faire la différence sur le terrain et convaincre les populations de la valeur ajoutée de notre action.

Enfin le Conseil s’est exprimé fermement le 22 janvier, à l’occasion des émeutes à Kinshasa. Nous ne pouvons que nous féliciter du dénouement de la crise. Il convient cependant de rester vigilant. Nous appelons de nouveau à ce que le cadre juridique et le calendrier des élections soit élaboré de manière consensuelle.

Enfin, en ce premier semestre 2015, la Centrafrique vit une période particulièrement importante pour son retour à la stabilité et à la paix. Nous nous félicitons de la poursuite du déploiement de la MINUSCA, qui doit se poursuivre sur un rythme soutenu, et nous nous félicitons aussi de la posture robuste qu’elle a d’ores et déjà adoptée et qu’il est particulièrement important d’affirmer dans cette phase de montée en puissance.

Les échéances capitales que sont le Forum de Bangui et les élections législatives et présidentielles approchent. Elles doivent permettre, d’ici août 2015, d’achever de manière inclusive la période de transition conduite par la Présidente Mme. Catherine Samba-Panza, avec le soutien des partenaires internationaux et de la médiation tripartite conduite par le Président Denis Sassou N’Guesso. Le Conseil de sécurité doit rester fortement mobilisé pour que ces étapes essentielles pour la stabilisation de la Centrafrique soient réussies, que le calendrier soit respecté, et, c’est important, que les efforts de tous convergent en ce sens.

La stabilisation passe également par la lutte contre l’impunité et le respect des droits de l’Homme, et à cet égard, le rapport que vient de remettre la Commission d’enquête internationale apporte une importante contribution.

Monsieur le Président, et chers collègues,

Je conclus en remerciant de nouveau la Présidence chilienne, et en souhaitant bonne chance à la Chine qui prend la relève en février.

Je vous remercie.

Dernière modification : 19/01/2016

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