La RDC est à un moment charnière de son histoire [en]

Mission du Conseil de sécurité en République démocratique du Congo et Angola.
Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

Permettez-moi tout d’abord d’adresser mes chaleureux remerciements au Secrétariat des Nations unies, en particulier au Département des opérations de maintien de la paix et à la MONUSCO, pour avoir rendu possible la Mission du Conseil de sécurité, du 11 au 14 novembre derniers. Permettez-moi d’en remercier également la présidence sénégalaise. Nous souhaitons continuer à travailler avec le Secrétariat pour tirer tous les enseignements de cette importante mission.

Je tiens aussi à remercier vivement l’Angola, avec qui nous avons formé une équipe soudée pour mener cette visite qui nous a conduits successivement à Kinshasa, Beni et Luanda.

Je centrerai mes remarques sur l’étape en RDC, où le Conseil de sécurité était venu pour discuter avec les forces vives de la nation de la situation politique actuelle, dans le contexte des récentes tensions qui ont agité le pays en raison du retard du processus électoral, ainsi que des enjeux de sécurité, en particulier de la protection des civils et la lutte contre les groupes armés dans l’Est du pays. Comme je l’ai dit, le Conseil s’est rendu successivement à Kinshasa et à Beni, dans le Nord Kivu.

A Kinshasa, le Conseil de sécurité a rencontré un grand nombre d’acteurs : le Conseil a notamment rencontré le Président et le Premier ministre congolais, des représentants de la majorité présidentielle et de l’opposition signataire et non signataire de l’accord du 18 octobre. Nous avons pu également échanger avec la Conférence Episcopale Nationale du Congo, la CENCO, des représentants des mouvements de défense des droits de l’Homme, des associations de jeunesse et de femmes. Nous avons eu en outre des échanges très utiles avec l’encadrement de la MONUSCO.

A Beni, le Conseil a pu s’entretenir avec les différentes composantes de la MONUSCO, les gouverneurs du Nord et Sud Kivu ainsi que le maire de Béni et le commandement des FARDC. Le Conseil s’est également entretenu avec des représentants des populations locales victimes des récentes exactions.

Cette mission, pour essayer d’en tirer avec vous les principaux enseignements, a permis au Conseil de sécurité de porter deux messages :

Premier message, la RDC est à un moment charnière de son histoire : pour la première fois, une transmission pacifique du pouvoir à l’issue du mandat du Président Kabila est possible. C’est en soi un motif d’espoir, mais sa réalisation nécessite que toutes les forces politiques du pays parviennent à s’unir pour répondre au souhait du peuple congolais. Le dialogue reste la voie privilégiée pour surmonter les différends qui subsistent.

Deuxième message que nous avons porté : la tenue d’élections libres, justes, crédibles, ouvertes, transparentes, pacifiques et dans le délai le plus court possible, conforme à la constitution congolaise, est attendue par tous. Il revient aujourd’hui à l’ensemble des forces politiques de s’assurer que le pays reste sur la voie de la paix et du renforcement de ses institutions démocratiques.

Face à ces messages, portés de manière très unie par l’ensemble des membres du Conseil de sécurité, tous les interlocuteurs ont fait part de leur souhait d’éviter un nouvel épisode de violence après les événements tragiques des 19 et 20 septembre 2016. Ils nous ont assuré de leur disponibilité à poursuivre les discussions, après l’accord du 18 octobre, dans un cadre plus large et plus inclusif pour aboutir à une feuille de route claire et précise, fondée sur un consensus large, permettant de définir un schéma de transition et un calendrier électoral précis.

Le Conseil de sécurité a clairement encouragé l’ensemble des acteurs à poursuivre ces discussions pour que le processus électoral puisse se tenir dans un climat pacifique et dans un esprit de consensus, qui rassemble l’ensemble des forces politiques congolaises.

Le Conseil a aussi encouragé les parties à prendre les mesures de confiances qui s’imposent, telles que la levée des poursuites judiciaires à des fins politiques, la libération des prisonniers politiques, un engagement clair de tous à respecter la Constitution et l’ouverture de l’espace politique, afin de permettre à ces discussions de se tenir dans des conditions sereines et d’aboutir rapidement.

Le Conseil a enfin appelé à ce que ce processus puisse s’accompagner d’un débat politique libre et constructif, où la liberté d’opinion, de réunion, un accès équitable aux médias sont garantis et où la sécurité et la liberté de circulation de tous sont assurées. Le Conseil de sécurité a appelé à ce titre les autorités congolaises à rétablir le signal de Radio France Internationale et à lever l’interdiction de manifester. Il a par ailleurs appelé les forces de l’opposition, de leur côté, à faire acte de responsabilité et à s’assurer du caractère pacifique de leurs manifestations.

C’est le message que tous ensemble, les 15 membres du Conseil, nous avons fait passer à tous les acteurs politiques que nous avons rencontrés. Des compromis seront nécessaires de part et d’autre, et nous avons espoir que l’esprit de responsabilité des responsables politiques prévaudra. La médiation conduite actuellement par la CENCO mérite notre soutien. Elle a le potentiel de faire venir les parties au compromis nécessaire pour que la RDC connaisse une transition pacifique après le 19 décembre.

Le Conseil reste attentif à la situation des populations civiles dans l’Est du pays. Tout doit être fait pour les protéger. C’était également un volet essentiel de la visite.

Le Conseil de sécurité s’est rendu pour la première fois à Béni afin d’exprimer sa solidarité avec les victimes des récentes violences. Nous y tenions tout particulièrement. Les atrocités qui ont été commises dans cette région depuis deux ans sont un défi pour nous tous, pour la dignité humaine, pour la paix et la stabilité de la RDC et de la région.

Dans l’Est de la RDC, il n’y aura pas de sécurité durable tant que les groupes armés illégaux continueront à sévir dans la région. Le Conseil a pu constater que ce problème doit appeler une réponse globale : militaire, grâce à la MONUSCO et aux forces armées de RDC qui combattent sur le terrain ; politique et judiciaire aussi, en luttant contre les trafics illégaux de ressources naturelles et en mettant fin aux circuits de prédation qui permettent à ces groupes de subsister, et en poursuivant en justice les auteurs de ces exactions. La collaboration entre les pays de la région est par ailleurs essentielle pour y parvenir.

Le Conseil, dans ce cadre, a apporté son soutien résolu à la MONUSCO, qui venait d’être frappée le 8 novembre par une attaque sans précédent. Nous avons entendu le message des représentants de la société civile de Beni, qui appellent à une plus grande efficacité de la mission. Elle doit en effet pouvoir s’adapter aux nouveaux enjeux et se montrer robuste et flexible pour être la plus efficace possible. Ce fut l’objet des discussions du Conseil avec le commandement de la MONUSCO et nous poursuivrons cette tâche en bonne coordination, bien sûr, avec le Secrétariat. La MONUSCO a la confiance du Conseil de sécurité et sait pouvoir compter sur son soutien dans cette phase d’adaptation.

Voilà Monsieur le Président les quelques éléments d’information et enseignements que je tenais à porter à votre connaissance.

Je vous remercie.

Dernière modification : 25/11/2016

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