Communauté internationale : paix & sécurité et développement sont liés -17 novembre 2015 [en]

Conseil de sécurité - Débat sur le maintien de la paix et de la sécurité internationale, évolution de la situation et causes profondes des conflits - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies - 17 novembre 2015

Madame la Présidente,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Chers Collègues,

Je voudrais commencer par remercier la présidence britannique pour avoir organisé cet important débat ouvert sur la sécurité, le développement et les causes des conflits.

Je souhaite également remercier le président de la Commission de consolidation de la paix, l’ambassadeur de Suède, et Mme Bouchamaoui, avec nos chaleureuses félicitations renouvelées à elle-même et à l’ensemble de nos amis tunisiens pour ce magnifique prix Nobel de la paix qui honore toute la Tunisie.

Ce débat intervient à un moment d’épreuve : les attentats ignobles et barbares de Paris ont endeuillé la France et au moins 19 autres pays et choqué la communauté internationale dans son ensemble. De nombreux autres pays ont été encore frappés ces derniers jours par le terrorisme. Je tiens à redire ce qu’a dit le Président Hollande hier matin devant le Parlement français, réuni en Congrès à Versailles : ces attentats ne changeront jamais le visage de la France, pays de liberté ; ils ne font que renforcer notre détermination à combattre, toujours et partout, le terrorisme ; et ils rendent plus que jamais indispensable de travailler ensemble à l’avenir de cette planète et à la solidarité entre les peuples.

Ce débat s’inscrit aussi dans le contexte de l’adoption, par nos chefs d’Etat et de gouvernement, de l’agenda 2030, qui fixe de manière très novatrice la feuille de route de l’ensemble de la communauté internationale en matière de développement durable pour les 15 prochaines années. C’est un beau succès pour les Nations unies, il faut le dire, et c’est une étape majeure ainsi qu’un formidable message d’espoir dans notre combat commun contre la pauvreté et les inégalités.

Enfin, ce débat se déroule à deux semaines de l’ouverture de la COP 21 à Paris, le 30 novembre, et chacun mesure combien l’issue de cette conférence sur le climat sera décisive non seulement pour notre environnement, mais aussi pour notre sécurité et notre bien-être collectif.

Je voudrais aujourd’hui insister sur deux sujets, celui de la gouvernance et celui du climat. Le premier sujet, celui de la gouvernance, est un facteur clé à la fois pour la prévention des conflits et pour le développement.

Lorsque la réflexion sur ce qui allait succéder aux Objectifs du millénaire pour le développement a commencé, un constat s’est imposé à tous, un constat d’évidence : ce sont les pays en guerre qui ont connu les moins bons résultats vis-à-vis des OMD. Et c’est donc à partir de ce constat simple qu’une réflexion s’est engagée sur la prise en compte de la gouvernance dans le nouveau cadre de développement.
De ce point de vue, la France se félicite que les Objectifs de développement durable incluent un objectif dédié à la gouvernance, l’objectif 16, qui porte sur « la promotion des sociétés pacifiques et inclusives, l’accès à la justice pour tous, et la construction d’institutions efficaces, inclusives et qui rendent des comptes à leurs citoyens. »
Cet objectif est fondamental puisqu’il constitue la reconnaissance par tous les membres de la communauté internationale des liens entre, d’une part, l’éradication de la pauvreté, la promotion du développement durable, la paix et la sécurité, et, d’autre part, la bonne gouvernance.

Ce lien, nous en avons bien conscience, est complexe ; il mérite un examen nuancé ; et c’est pourquoi d’ailleurs la formulation précise de cet objectif a été âprement discutée. Mais nous avons désormais à notre disposition un outil précieux qui, fort heureusement, va au-delà d’une conception binaire étroite du développement comme des questions de sécurité.

Parmi les 12 cibles de cet objectif, j’aimerais en citer simplement quelques-unes, parce qu’elles me semblent particulièrement pertinentes pour notre discussion d’aujourd’hui :
- réduire toutes les formes de violence ;
- promouvoir l’état de droit ;
- lutter contre les flux financiers illicites et le trafic d’armes ;
- lutter contre la corruption ;
- renforcer les institutions publiques ;
- promouvoir des législations contre les discriminations.

On voit bien, à travers l’énumération de ces quelques cibles, que la communauté internationale, et notamment la communauté du développement, reconnait pleinement les liens entre paix et sécurité, gouvernance et développement. Nous nous en félicitons et nous attachons la plus grande importance à la bonne mise en œuvre de cet objectif, qui concerne tous les pays.

Le deuxième point sur lequel je voudrais insister brièvement, c’est la question du climat. Chacun reconnaît aujourd’hui que le climat est une question de développement. Pourquoi ? Parce que les premières victimes du dérèglement climatique ce sont bien sûr les plus pauvres et les plus vulnérables. Il y a quelques jours, la Banque mondiale a publié un rapport très important qui souligne qu’en l’absence d’action sur le changement climatique, 100 millions de personnes supplémentaires risquaient de basculer dans l’extrême pauvreté.

Nous avons tenu en juin dernier, à l’initiative de l’Espagne et de la Malaisie, puis avec mes collègues allemand et bangladeshi, des réunions sur les liens entre le climat et la sécurité. Ces réunions nous ont permis de prendre conscience des risques réels que fait peser le changement climatique pour la sécurité, avec les conséquences que l’on voit de plus en plus en matière de catastrophes naturelles, de conflit pour la raréfaction des ressources, et de déplacés climatiques.

Nous sommes maintenant à 15 jours du début de la conférence de Paris, échéance majeure pour notre planète, et je reviens moi-même de la Pré-COP – qui était une consultation ministérielle informelle. Le constat que nous retirons de ces trois jours de réunion est très positif, même si bien-sûr il faut encore beaucoup travailler ensemble. Comme l’a dit le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius au lendemain de cet événement : « nous avons franchi une étape importante, mais nous restons plus que jamais mobilisés et la tâche qui nous reste est considérable ».

Il est très encourageant de ce point de vue de voir qu’il y a une volonté très largement partagée d’avancer et d’arriver à un accord ambitieux, universel et juridiquement contraignant en décembre à Paris. Des progrès réels ont été enregistrés, par exemple sur le principe d’une révision à la hausse régulière des engagements des Etats ou sur le financement des politiques climatiques.

Mais il est clair qu’un important travail reste à accomplir en vue de parvenir à un accord universel légalement contraignant à la hauteur du défi climatique à Paris. L’occasion est unique ; nous avons le devoir collectif de réussir : comme le dit fréquemment à très juste titre, le Secrétaire général des Nations unies : « il n’y aura pas de plan B, parce qu’il n’y a pas de planète B ».

Je souhaiterais donc profiter de la présence de nombreux ministres aujourd’hui pour les remercier pour leur engagement pour le climat, mais aussi pour les appeler à se mobiliser en vue de favoriser le meilleur accord possible à Paris afin de garantir l’avenir des générations futures.
Je vous remercie.

Dernière modification : 04/08/2016

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