La communauté internationale doit accompagner l’Afghanistan - 21 décembre 2015 [en]

Conseil de sécurité - Situation en Aghanistan - Intervention de M. Philippe Bertoux -Premier Conseiller à la Mission permanente de la France auprès des Nations unies - 21 décembre 2015

Madame la Présidente,

Je remercie le Représentant spécial du Secrétaire général pour sa présentation. Et je remercie également l’ambassadeur d’Afghanistan, pour sa première et importante intervention devant ce conseil. Je m’associe par avance au discours qui sera prononcé au nom de l’Union européenne.
L’année 2015 a constitué, pour l’Afghanistan, une année de progrès mais aussi celle de nombreux défis.

Au plan politique d’abord, la transition entamée en septembre 2014 et la consolidation progressive du gouvernement d’union nationale ont créé de fortes attentes, de la part de la population afghane, des pays voisins mais aussi de la communauté internationale. Le gouvernement afghan a démontré sa volonté d’aller de l’avant, dans des circonstances parfois difficiles. Je voudrais ici réitérer le soutien de mon pays au gouvernement afghan et l’encourager à poursuivre les efforts engagés depuis plus d’un an et demi maintenant. La France tient également à saluer l’annonce, faite lors de la réunion ministérielle du « cœur de l’Asie » à Islamabad les 7 et 8 décembre, de la reprise des initiatives de paix et de réconciliation. Ce processus est crucial pour la réconciliation nationale et la stabilisation durable du pays.

Au plan sécuritaire ensuite, le conflit a continué à s’étendre et le degré de violence demeure malheureusement élevé, faisant de nombreuses victimes, y compris, en nombre croissant, parmi les populations civiles. Les forces de sécurité afghanes ont réalisé des progrès notables et maintiennent leur contrôle sur les principaux centres urbains d’Afghanistan. Pour autant, les efforts du gouvernement afghan et de ses partenaires internationaux pour renforcer les capacités de ces dernières ne doivent pas être relâchés, car la situation reste fragile dans de nombreuses provinces. L’occupation temporaire de la ville de Kunduz par les taliban au mois d’octobre a révélé les vulnérabilités des forces afghanes et dans le même temps, les capacités nouvelles acquises par l’insurrection.

Sur le plan des droits de l’Homme, la situation des femmes et des enfants reste précaire, comme l’illustre, hélas, la tragique lapidation récente de la jeune Rokhshana accusée d’adultère. Il est essentiel que la société civile afghane et les autorités continuent de se mobiliser pour mettre pleinement en œuvre le plan d’action national « Femmes, paix et sécurité » adopté dans le prolongement de la résolution 1325. La communauté internationale doit aussi continuer à soutenir les autorités afghanes dans la mise en œuvre de leurs engagements en matière de protection des enfants dans les conflits armés.

La lutte contre les stupéfiants et contre l’économie illicite font également partie de ces défis et préoccupent vivement mon pays. La production et l’exportation massives de stupéfiants en Afghanistan portent gravement atteinte à la sécurité, la stabilité et le développement du pays : elles financent l’insurrection, elles déstabilisent l’économie, affaiblissent le gouvernement. Elles créent une menace à la santé publique qui touche au premier chef l’Afghanistan, mais s’étend bien au-delà, affectant la région et de nombreux pays dans le monde. Nous saluons l’adoption, le 15 octobre dernier, du plan national d’action 2015-2019 de lutte contre les stupéfiants. Ce plan traduit la détermination de l’Afghanistan à poursuivre une approche globale, en concertation étroite avec l’ONUDC, pour lutter contre ce fléau. La France est attachée à ce que les Nations unies assument un rôle accru face à ce défi majeur, en particulier en matière de coordination des programmes des agences des Nations unies impliquées dans la lutte contre les stupéfiants.

Madame la présidente, dans ce contexte difficile, la communauté internationale ne doit pas cesser de se mobiliser afin d’accompagner l’Afghanistan vers plus de stabilité, de prospérité et de démocratie.

Alors que l’Afghanistan poursuit sa transition politique et sécuritaire, le rôle des Nations unies, plus important que jamais, doit être adapté. Le soutien au gouvernement reste essentiel, notamment pour permettre à la population de bénéficier des programmes gouvernementaux et de l’assistance internationale. A cet égard, nous soulignons l’importance des réflexions conjointes sur l’évolution souhaitable de l’appui que la MANUA et les Nations Unies peuvent fournir au pays. Nous espérons que ces réflexions pourront utilement orienter le renouvellement du mandat de la MANUA en mars prochain. Dans cette perspective la France rappelle son soutien aux propositions du rapport final de la revue tripartite visant à formuler un mandat resserré, confiant des attributions renforcées à la MANUA en matière de bons offices, de protection des droits de l’Homme, de coordination des activités humanitaires et de lutte contre la production et le commerce de stupéfiants.

La France se tient prête à contribuer à cette réflexion. Elle continuera de se tenir aux côtés de l’Afghanistan, en particulier dans le cadre du traité d’amitié et de coopération franco-afghan.

Pour conclure, permettez-moi de saluer l’action de l’ensemble du personnel des Nations unies en Afghanistan, qui travaillent, nous le savons, dans des conditions particulièrement difficiles.
Je vous remercie.

Dernière modification : 04/08/2016

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