L’Afghanistan est entré dans la décennie de la transformation [en]

Débat public sur l’Afghanistan - Intervention de M. Alexis Lamek, représentant permanent adjoint de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 15 mars 2016

Monsieur le Président,

Je remercie le Représentant spécial du Secrétaire général, Monsieur Nicholas Haysom, pour sa présentation. Je remercie également l’Ambassadeur d’Afghanistan, M. Saikal. Je m’associe d’avance au discours qui sera prononcé au nom de l’Union européenne.

1/- Un an et demi après le début de la transition, l’Afghanistan est désormais pleinement entré dans la « décennie de la transformation ». Le gouvernement a démontré sa volonté d’aller de l’avant, dans des circonstances souvent difficiles. Je voudrais ici réitérer le soutien de la France au gouvernement afghan et l’encourager à poursuivre les efforts engagés depuis septembre 2014. La France continue de se tenir aux côtés de l’Afghanistan, en particulier dans le cadre du traité d’amitié et de coopération franco-afghan.

L’année 2016 a débuté par des signaux positifs, qu’il s’agisse d’initiatives pouvant conduire à un processus de paix ou encore des récentes nominations au sein du Haut conseil pour la paix et du Ministère de l’Intérieur.

2/- Pour autant, les défis auxquels le gouvernement afghan doit faire face aujourd’hui restent nombreux et conséquents :

(i) au plan sécuritaire, le conflit continue à s’étendre et le degré de violence demeure malheureusement très élevé, avec pour premières victimes les populations civiles. Les forces de sécurité afghanes sont parvenues dans l’ensemble à conserver le contrôle de la situation sur le terrain et à contrer une partie des actes de terreur dans les grandes villes, en dépit de sévères difficultés d’ordre tactique, logistiques et organisationnel. Dans ce contexte, les efforts du gouvernement afghan, avec le soutien de ses partenaires internationaux, pour renforcer leurs capacités ne doivent pas être relâchés ;

(ii) au plan politique, il est essentiel de maintenir l’unité du gouvernement, dans un contexte propice aux tensions. La relance effective du processus de paix, par l’offre faite aux talibans de tenir des discussions directes, mais aussi la poursuite de la réforme électorale, une lutte plus active contre la corruption et la relance de l’économie, touchée par une crise aigüe qui pousse des centaines de milliers d’Afghans à l’émigration illégale vers l’Europe, sont autant de domaines dans lesquels les attentes sont particulièrement fortes ;

(iii) l’économie illicite, et en particulier le trafic de stupéfiants, sont des entraves majeures à la sécurité et au développement de l’Afghanistan. Ce trafic est, avec l’exploitation illégale des ressources minières, la principale ressource de l’insurrection armée. Il entretient un haut niveau de corruption et étouffe le développement des activités économiques licites, tout en constituant un enjeu majeur de santé publique. D’importantes mesures ont été prises depuis l’entrée en fonction du gouvernement, avec notamment l’adoption d’un plan d’action national : elles doivent être poursuivies et renforcées, avec l’aide des Nations Unies. Dans ce contexte, nous saluons l’appel de la résolution adoptée aujourd’hui à revoir, en étroite consultation avec le gouvernement afghan, le rôle des Nations Unies dans leur appui à lutter contre l’économie illicite, y compris contre les stupéfiants, et dans leur encouragement de la coopération internationale ;

(iv) enfin, la situation des femmes et des enfants reste encore préoccupante. Il est essentiel que les autorités et la société civile afghanes continuent de se mobiliser pour mettre pleinement en œuvre le plan d’action national « Femmes, paix et sécurité » adopté en 2015 dans le prolongement de la résolution 1325, notamment en instaurant les mécanismes de financement appropriés. Il est également indispensable que le gouvernement afghan poursuive la mise en œuvre de ses engagements en matière de protection des enfants dans les conflits armés issus des plans d’actions de 2011 et 2014. Les récentes conclusions du groupe de travail du Conseil constitueront une feuille de route utile pour l’Afghanistan et les Nations Unies dans ce domaine.

La réponse apportée à ces défis sera un élément important pour créer les conditions du retour volontaire et durable des citoyens afghans réfugiés à l’extérieur du pays, dont le gouvernement a fait l’une de ses priorités.

3/- Dans ce contexte fragile, la communauté internationale doit continuer à accompagner l’Afghanistan vers plus de stabilité, de prospérité et de démocratie. Les conférences de Bruxelles et de Varsovie plus tard cette année seront autant d’occasions de réaffirmer ce message.

Alors que l’Afghanistan poursuit sa transition politique et sécuritaire, le soutien des Nations Unies en particulier au gouvernement reste essentiel, notamment pour permettre à la population de bénéficier des programmes gouvernementaux et de l’assistance internationale. La résolution que nous venons d’adopter ce matin réaffirme ce rôle central de la MANUA, qui incarne la volonté de la communauté internationale de continuer à soutenir l’Afghanistan. Nous attachons une grande importance à ce que les Nations Unies continuent de disposer des moyens nécessaires pour atteindre cet objectif.

Monsieur le Président,

Permettez-moi, pour conclure, de saluer l’action de l’ensemble du personnel des Nations Unies en Afghanistan, qui travaillent dans des conditions particulièrement difficiles.

Je vous remercie.

Dernière modification : 15/03/2016

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