La difficulté de cette réforme ne doit pas en faire diminuer l’impérieuse nécessité

Question de la représentation équitable au Conseil de sécurité et de l’augmentation du nombre de ses membres et questions connexes (point 122) - Intervention de M. Alexis Lamek, représentant permanent adjoint de la France auprès des Nations unies - Assemblée générale - 7 novembre 2016

Monsieur le Président,

Permettez-moi tout d’abord de saluer la nomination de l’Ambassadeur Ion Jinga et de l’Ambassadeur Khaled Khiari en tant que co-facilitateurs des négociations intergouvernementales sur la réforme du Conseil de sécurité. Nous savons que nous pourrons compter sur leur expérience et sur leurs grandes qualités personnelles pour avancer concrètement sur la voie d’une réforme ambitieuse du Conseil de sécurité. La France leur apportera tout son soutien pour le succès de leur mission.

Les discussions sur la réforme du Conseil de sécurité au sein de l’Assemblée générale durent depuis près de deux décennies et force est de constater que nous n’avons pas encore abouti sur le sujet.

Pourtant, sous la conduite de l’Ambassadeur Courtenay Rattray, les travaux menés lors de la 69ème session de l’Assemblée générale ont permis d’aboutir à un premier résultat, avec l’élaboration d’un document-cadre susceptible de préfigurer une négociation globale, un document qui a reçu le soutien d’une très grande majorité d’Etat membres.

Par ailleurs, les travaux menés au cours de la 70ème session, sous la conduite de Sylvie Lucas, ont permis de dégager des éléments de convergence sur des points clés de la réforme.

La récente constitution du groupe des amis de la réforme démontre également le soutien d’une grande majorité d’Etats membres à un véritable démarrage des négociations.

La France souhaite que le résultat de l’ensemble de ces travaux serve de base au prochain cycle de négociations intergouvernementales qui va s’ouvrir lors de cette session. Il nous faut maintenant démarrer sur cette base et dès que possible, la négociation d’un texte. Nous comptons sur les nouveaux co-facilitateurs pour œuvrer en ce sens.

La France est confiante dans la capacité des Etats membres à se mettre d’accord sur un projet de réforme ambitieux, comme ils ont su le faire l’année dernière en ce qui concerne les deux accords historiques qu’ont constitués l’agenda 2030 pour le développement durable et l’Accord de Paris sur le climat. Il s’agit désormais d’une nouvelle occasion de montrer que l’Organisation des Nations unies est capable de se réformer en profondeur.

Cette réforme est fondamentale : le Conseil de sécurité doit davantage refléter les réalités du monde d’aujourd’hui, tout en renforçant sa capacité à assumer pleinement ses responsabilités en matière de maintien de la paix et de la sécurité internationales.

La position de la France est constante et elle est connue à cet égard. Nous souhaitons que le Conseil tienne compte de l’émergence des nouvelles puissances qui ont la volonté et qui ont la capacité d’assumer la responsabilité d’une présence permanente au Conseil de sécurité et qui sont, conformément à la Charte, en mesure d’apporter une contribution importante à l’action du Conseil. A cet égard, comme vous le savez la France apporte son appui à la candidature de l’Allemagne, du Brésil, de l’Inde et du Japon comme membres permanents du Conseil de sécurité, ainsi qu’à une présence renforcée des pays Africains, parmi les membres permanents et non-permanents.

Monsieur le Président,

C’est dans le même esprit de responsabilité que la France a proposé que les cinq membres permanents du Conseil suspendent volontairement et collectivement l’usage du veto en cas d’atrocités de masse. Cette démarche volontaire n’exige pas une révision de la Charte mais un engagement politique. En ce qui la concerne, la France a pris cet engagement au plus haut niveau, par la voix du président de la République, lors de la 70ème Assemblée générale. Il s’agit d’une décision extrêmement importante au service de la sécurité internationale, au service de la paix, au service d’un multilatéralisme rénové et re-légitimé.

Aujourd’hui, cette initiative, que nous portons conjointement avec le Mexique est soutenue par près de 100 pays. Dans le même esprit, le code de conduite élaboré par le groupe ACT, que la France soutient, a également recueilli un très grand nombre de soutiens. Forts de cette dynamique, nous espérons que nous pourrons convaincre les autres Etats membres de nous rejoindre. Il est dans l’intérêt commun de tous les Etats membres que le Conseil de sécurité puisse accomplir son mandat et puisse jouer tout son rôle, en particulier face aux situations d’atrocités de masse.

Ces initiatives sur l’encadrement du droit de veto, qui vont dans le sens d’un Conseil plus juste, d’un Conseil plus responsable, sont complémentaires à la réforme globale du Conseil, réforme pour laquelle la France continuera de plaider.

Il nous appartient collectivement de prendre la mesure des responsabilités qui nous incombent, pour faire évoluer le statu quo, dans l’intérêt de l’Organisation des Nations unies. La difficulté de cette réforme ne doit pas en faire diminuer l’impérieuse nécessité.

Je vous remercie.

Dernière modification : 07/11/2016

Haut de page