La gravité de la situation au Soudan du Sud nécessite une mobilisation du CSNU [en]

Soudan du Sud - Intervention de M. Alexis Lamek, représentant permanent adjoint de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité – 19 décembre 2016

La France s’associe aux condoléances exprimées à la Fédération de Russie fasse à l’attaque criminelle dont a été l’objet son ambassadeur en Turquie.

Je n’avais pas prévu de m’exprimer en public aujourd’hui, je pensais n’intervenir qu’en consultations mais cela n’arrive pas tous les jours que le Secrétaire général et le Secrétaire général adjoint, en public, devant nous, adressent un message aussi fort, un message de mise en garde, un message de mise devant nos responsabilité collective, un appel à l’action.

La gravité de la situation au Soudan du Sud nécessite une mobilisation de nature collective, mobilisation du Conseil de sécurité, de l’ensemble su système des Nations unies, de la région, à commencer par l’IGAD mais aussi l’Union africaine et bien sûr en premier une action résolue de la part du gouvernement du Soudan du sud.
Pour nous, il y a collectivement 6 axes sur lesquels il est impératif d’agir et il est impératif d’agir vite.

Le premier, le Secrétaire général l’a dit très clairement, c’est l’embargo sur les armes. Nous regrettons que cela fait des mois, presque des années, que nous en parlons, que le Secrétaire général le recommande, que nous-même le demandons, et qu’il ne soit toujours pas en place. Que les choses soient bien claires, pour nous l’embargo sur les armes n’est pas une mesure de nature punitive, ce n’est pas un levier pour obtenir un gain politique, c’est une mesure de bon sens dans un pays qui est déchiré par un conflit dans lequel, nous le savons tous, les armes circulent à flot. C’est une mesure de bon sens que de fermer ce flot et d’entraver le commerce des armes à destination de ce pays déchiré par un conflit. Il ne faut plus que nous attendions. Cet embargo sur les armes doit être décidé le plus rapidement possible.

Deuxième élément, c’est le processus politique. Là-dessus, on connait le rôle de la région et de la sous-région, de l’IGAD et de l’Union africaine. Nous avons vu effectivement des éléments plutôt encourageants, comme les éléments qui portent sur le dialogue national. Ce que nous voudrons voir bien sûr c’est que ces éléments plutôt encourageants se traduisent en actes. Ce qui est certain, c’est que face à des obstacles que certaines des parties pourraient mettre au processus de paix, face à des discours de haine qui viennent eux aussi entraver aussi le processus de paix, le Conseil de sécurité pourra avoir un rôle à jouer et il a pour cela un instrument, il s’agit des sanctions ciblées par lesquelles il peut intervenir en appui à un processus de paix que nous voulons tous.

Le troisième élément, c’est la question centrale de la protection des civils dont nous avons fait le cœur du mandat de la MINUSS. Nous avons décidé en août dernier du déploiement de la Force de protection régionale pour renforcer les capacités de la MINUSS. Depuis lors, le gouvernement de transition et d’union nationale au Soudan du Sud a donné son accord formel au déploiement. Mais les choses trainent et il est maintenant urgent que les terrains en particulier soient alloués qui permettent le déploiement des unités de cette force. C’est un test de la bonne volonté du Soudan du Sud que le déploiement effectif de cette force sur lequel il est important que Juba fasse la preuve de sa bonne volonté.

Sur un sujet, c’est le quatrième point mais qui est tout aussi important pour la mise en œuvre du mandat par la MINUSS, celle-ci a besoin de sa pleine liberté de mouvement et d’action. Toutes les entraves qui peuvent être mises à ses déplacements doivent être levées. C’était un des éléments au centre de la Mission que le Conseil de sécurité a effectuée au Soudan du Sud au mois de septembre. Ces violations du SOFA, les entraves posées à l’action de la MINUSS doivent être levées. Et là encore, le Conseil de sécurité bénéficie d’instruments pour cela : des sanctions ciblées sont là également en cas d’entrave avérée pour obtenir que l’opération de maintien de la paix que nous avons déployée puisse utiliser pleinement les ressources dont elles disposent.

L’avant-dernier point que je voulais faire a trait aux questions humanitaires. Après avoir entendu le point fait par le Secrétaire général adjoint, après avoir entendu les difficultés et les entraves qui sont posées, le prix d’ailleurs intolérable payé par le personnel humanitaire sur ce dossier, il est clair qu’l est impératif de voir un accès intégral et une coopération pleine et entière accordée à l’ensemble de la communauté humanitaire alors que la situation est aussi désastreuse.

Enfin dernier point, les questions de reddition de compte et d’impunité. L’accord de transition adopté plus tôt cette année prévoyait une cour hybride. C’est absolument indispensable de la mettre en place ; le Soudan du Sud a besoin d’un mécanisme juridictionnel à la hauteur de la gravité des exactions qui sont commises. L’Union africaine a un rôle important à jouer, elle saura bénéficier du soutien du Conseil de sécurité en ce sens mais avancer dans la mise en place de cette cour est un impératif.

Tous ces messages figuraient peu ou prou dans la résolution 2127 que nous avons adoptée il y a quelques jours mais nous devons les rendre plus concret, nous devons les rendre opérationnels. Tout d’abord en votant la résolution qui prévoit l’embargo sur les armes et en restant nous, Conseil de sécurité, mobilisé et disposé à utiliser nos leviers, à commencer par les sanctions ciblées pour enrayer une spirale de violence qui sinon risque de nous mener à la situation catastrophique que décrivait il y a quelques jours encore Adama Dieng. Je vous remercie.

Dernière modification : 20/12/2016

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