La liberté d’informer est au cœur de l’ADN et des priorités de la France - 27 mai 2015 [en]

Protection des journalistes en situation de conflit - Intervention de M. François Delattre, Représentant permanent de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 27 mai 2015


Monsieur le Président,

Je vous remercie d’avoir organisé ce débat, plus que jamais nécessaire.

Je remercie également le Vice-Secrétaire général pour son intervention ainsi que Mme Pearl et M. Deloire pour leurs importants témoignages, qui nous permettent de mieux comprendre les défis rencontrés par les journalistes sur le terrain et d’identifier des pistes d’action concrètes pour mieux les protéger. Nous n’oublierons jamais D. Pearl, comme nous n’oublierons jamais chacun des journalistes qui ont payé de leur vie leur engagement pour la liberté de l’information. La tragédie qu’ils ont vécue nous oblige, tous. Chère madame, si vous le permettez, chère Marianne, votre engagement est une source d’inspiration pour nous tous ; et bienvenu à votre cher fils qui fêtera demain son anniversaire. Je voudrais aussi saluer le travail inlassable et remarquable accompli, depuis des années, par Reporters sans Frontières pour attirer l’attention sur la situation des journalistes menacés et trouver, encore une fois, les pistes concrètes pour améliorer la situation.

Monsieur le Président,

Le 7 janvier dernier, au cœur de Paris, deux terroristes ont attaqué à l’arme lourde le siège du journal Charlie Hebdo. Ils ont assassiné douze personnes et en ont blessés onze autres.

En s’attaquant à cette rédaction, les terroristes n’ont pas seulement tué des personnes. Quand un journaliste est assassiné, c’est la liberté d’expression qui est visée. Comme le souligne la résolution adoptée par ce Conseil aujourd’hui, une presse libre et indépendante constitue l’un des fondements essentiels de nos sociétés démocratiques.

Bien avant la folie meurtrière qui s’est abattue sur la rédaction de Charlie Hebdo, les journalistes ont été, partout, victimes de violences et ont payé de leur vie le prix de la liberté d’expression. En 2014, cela a été rappelé, ce sont 66 journalistes, 11 collaborateurs, 19 citoyens-journalistes qui ont été tués, plus de 350 placés en détention, des milliers d’entre eux victimes de harcèlement, d’arrestations arbitraires, de législations liberticides. Et cette tendance se poursuit en 2015, où 25 d’entre eux, et parmi eux de nombreux journalistes locaux, ont déjà perdu la vie.

Partout, les journalistes subissent les persécutions de régimes autoritaires qui cherchent à les museler. C’est ainsi qu’une centaine de journalistes, professionnels ou non, ont été tués en Syrie depuis le début du conflit, dont quatre Français. Ils ont payé de leur vie leur détermination à montrer au monde la réalité de la répression aveugle qui frappe le peuple syrien.

Aux persécutions du régime s’ajoutent désormais la barbarie de Daech. Ce groupe terroriste n’hésite pas à médiatiser des exécutions de journalistes, dans des mises en scène macabres qui choquent profondément la conscience humaine.

Si les terroristes s’attaquent à eux, c’est que les journalistes représentent tout ce que Daech déteste, tout ce que Daech cherche à éradiquer : la liberté, le pluralisme, la culture, la démocratie. En Irak comme en Syrie, ils cherchent à créer un trou noir, d’où l’information ne peut plus sortir, où l’obscurantisme règne sans partage et sans lumière. Que ces terroristes sachent que leurs actions barbares ne font que renforcer notre détermination collective à les combattre.

Monsieur le Président,

Tous le constatent aujourd’hui, le défi de la protection des journalistes reste largement à relever.

Il est de la responsabilité première des gouvernements de protéger les journalistes, et de leur permettre d’accomplir leur travail sans entrave et de façon indépendante. Cela passe notamment par la lutte contre l’impunité pour les auteurs de violences. Les Etats doivent systématiquement enquêter, appréhender et juger les responsables. Actuellement, 90 % des meurtres de journalistes restent impunis, ce qui favorise de nouvelles violences. Cette situation n’est pas acceptable.

La Cour pénale internationale peut aussi jouer un rôle. Au titre des conventions de Genève, les journalistes sont des civils. Leur assassinat peut donc constituer un crime de guerre en vertu du Statut de Rome. Les textes sont là, il faut les appliquer.

Il revient également à la communauté internationale, et notamment au Conseil de sécurité, de réfléchir et d’agir pour protéger les journalistes. Nous devons reconnaitre la vulnérabilité des journalistes en situation de conflits et faire en sorte, de manière plus méthodique, plus systématique, que les opérations de maintien de la paix assurent la protection des journalistes, en tant que civils menacés. Elles doivent également faire rapport au Conseil sur les violations des droits de l’Homme commises contre les journalistes.

Comme nous l’a rappelé éloquemment M. Deloire, les violences contre les journalistes ne se limitent pas cependant aux situations de conflits armés.

La majorité des persécutions se produisent dans des pays en paix, bien souvent lorsque les journalistes enquêtent sur des cas de corruption ou de crime organisé. A cet égard, le Plan d’action des Nations Unies pour la sécurité des journalistes, élaboré sous l’égide de l’UNESCO en 2012, est une excellente initiative. Il doit maintenant être pleinement mise en œuvre par l’ensemble du système des Nations-Unies, en coopération avec les Etats membres et la société civile. Il convient également, comme nous y encourage là aussi M. Deloire, d’examiner les voies pour améliorer la cohérence, l’efficacité et la visibilité de l’action des Nations unies en matière de protection des journalistes.

Monsieur le Président,

La liberté d’informer est au cœur de toute démocratie. Elle est au cœur de l’ADN et des priorités de la France, à l’intérieur comme à l’extérieur.

Qu’ils soient journalistes, blogueurs, reporters de guerre ou personnels associés, ce sont eux qui chaque jour nous aident à mieux comprendre le monde et son évolution. Chacun voit que le premier réflexe des ennemis de la liberté, c’est de bâillonner la presse, que les premiers alliés de la démocratie, ce sont des medias indépendants. La liberté d’expression, doit être respectée partout. Il est de notre responsabilité à tous d’œuvrer pour assurer le plein exercice de cette liberté, et y compris ici au Conseil de sécurité. Faisons en notre combat commun.

Merci.

Dernière modification : 20/06/2016

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