La lutte contre Boko Haram est loin d’être terminée [en]

Situation dans la région du Bassin du lac Tchad - Intervention de M. Alexis Lamek, représentant permanent adjoint de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 27 juillet 2016

Je remercie M. O’Brien, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence, et M. Feltman, Secrétaire général adjoint pour les affaires politiques, pour leurs exposés sur cette question qui est si importante pour nous tous.

Les témoignages de M. O’Brien sur la situation dans la région du lac Tchad dans les zones affectées par Boko Haram sont effrayants. Les populations vulnérables, dont les enfants, les jeunes filles, les femmes sont particulièrement visées par ces actes abjects.

Evidemment nous restons très préoccupés par la dégradation de la situation humanitaire dans ces pays. Il nous faut répondre à la détresse des populations en mettant tout en œuvre pour que l’aide humanitaire leur parvienne. Les besoins sont immenses alors que les conditions de travail des acteurs humanitaires demeurent particulièrement difficiles, et que Boko Haram, malgré les progrès réalisés, très loin d’être vaincu. J’en profite pour saluer le courage et l’engagement des acteurs humanitaires qui travaillent dans ces conditions.

Les conséquences humanitaires de l’action de Boko Haram sont significatives et ont été rappelées tout à l’heure par Steven O’Brien. Les chiffres sont alarmants, puisque la menace touche près de 20 millions de personnes. Il y a aujourd’hui trois fois plus de personnes déplacées qu’il y a deux ans. Il s’agit de la crise de déplacement des populations en plus forte croissance en Afrique.

Les populations touchées par cette crise ont besoin d’une aide urgente en nourriture, en eau potable, abris, soins de santé, protection et éducation. Steven O’Brien nous a dit tout à l’heure que 5 millions de personnes étaient en situation d’insécurité alimentaire. Rien que dans l’Etat de Borno, presqu’un demi-million sont considérées comme étant en phase d’urgence, c’est-à-dire proche de la famine. Selon l’UNICEF, 50 000 enfants seraient susceptibles de mourir de malnutrition s’ils ne reçoivent pas de traitement. Nous avons donc bien sûr le devoir de les aider.

Mais cela veut dire aussi que Boko Haram doit être combattu et avec la plus grande fermeté. Les pays de la région du lac Tchad ont pris l’initiative d’unir leurs efforts dans le cadre d’une Force multinationale conjointe, et nous saluons cette approche. Nous soutenons cet effort, à la fois militairement et financièrement.

La France soutient activement les opérations de lutte contre Boko Haram menées par les pays de la région. Nous apportons du renseignement au profit des pays engagés, un appui logistique au Tchad et au Niger, nous fournissons des équipements ainsi que des formations à destination des forces camerounaises. Nous sommes tous alliés dans la lutte contre le terrorisme, contre tous ces criminels quelle que soit la forme qu’il prend, et où qu’il frappe.

Les opérations militaires en cours contre Boko Haram ont déjà fait la preuve de leur efficacité. Boko Haram ne contrôle plus, aujourd’hui, de territoire, et s’est replié sur ses zones refuges. Il s’agit de succès importants qui doivent beaucoup à l’action des forces militaires du Tchad et du Nigéria. De nombreux soldats de ces armées ont déjà payé le prix du sang dans cette offensive régionale : et la France leur rend un respectueux hommage.

La lutte contre Boko Haram est loin d’être terminée. L’offensive des pays de la région va se poursuivre, et il est de notre devoir de la soutenir. Il est aussi essentiel que la lutte contre Boko Haram s’accompagne, sans attendre, de politiques de développement des régions affectées. Sans cela, ce mouvement criminel continuera à prospérer sur la pauvreté et le sentiment d’exclusion dont il se nourrit. La France, là aussi, est engagée, et le président de la République a lancé une « initiative Lac Tchad », mise en place par l’AFD, à l’échelle de la région.

Je voudrais enfin, pour terminer, rappeler que le droit international humanitaire s’applique à toutes les parties. Les Nations unies et leurs partenaires doivent pouvoir accéder à toutes les personnes dans le besoin, y compris aux personnes déplacées. Et nous appelons à un accès immédiat, sécurisé et sans conditions aux populations dans le besoin.

Je vous remercie Monsieur le Président.

Dernière modification : 27/07/2016

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