La lutte contre la traite des êtres humains, une priorité pour la France - 16 décembre 2015

Conseil de sécurité - Traite des êtres humains en situations de conflit - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies - 16 décembre 2015.

Madame la Présidente,
Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi tout d’abord de remercier chaleureusement nos intervenants, dont les présentations et les témoignages bouleversants démontrent tout l’intérêt pour ce Conseil d’aborder la question de la traite des êtres humains en situations de conflits. Le témoignage poignant de Mme Nadia Murad Basee Taha, elle-même victime d’atrocités commises par Daech, nous interpelle avec une force particulière et restera très présent dans nos mémoires.

Les actions commises par Daech au Moyen-Orient ou Boko Haram en Afrique illustrent, de manière dramatique, les liens qui existent aujourd’hui entre la paix et la sécurité internationales et la traite des êtres humains.

Au niveau mondial, la traite des êtres humains est, avec le trafic de drogue et la contrefaçon, l’un des trafics les plus rentables – avec un « chiffre d’affaires » annuel estimé à 32 milliards de dollars, si les chiffres ont un sens- et aussi l’un des trafics les plus répandus. Travail forcé, servitude sexuelle, enlèvements à des fins de prostitution forcée, viols, la liste des atrocités commises, par les groupes terroristes en particulier, en situation de conflits armés est malheureusement très longue. Pourtant, alors que la communauté internationale s’est investie fortement sur cette problématique depuis le début de notre siècle, des efforts supplémentaires sont indispensables pour faire reculer ce fléau. Je souhaite donc saluer l’initiative de la présidence américaine et la remercier de nous donner l’occasion d’échanger sur ce sujet.

Pour ces groupes terroristes, dont les premières victimes sont généralement les femmes et les enfants, la traite des êtres humains n’est pas seulement un moyen de semer la terreur parmi les populations civiles, elle est également utilisée comme une source de financement. En Syrie, ce sont les femmes qui subissent les pires atrocités : les viols, les mariages forcés, la prostitution sont le quotidien des régions contrôlées notamment par Daech. En Irak, Daech a mis en place un véritable marché où des femmes issues de groupes minoritaires, comme les yézidis ou les chrétiens, sont vendues pour servir d’esclaves sexuelles. La commission d’enquête internationale sur les droits de l’Homme en Irak décrit un système qui dépasse les frontières, où l’on retrouve des femmes et même des filles yézidies, une étiquette de prix au front, en vente sur les marchés de Raqqa en Syrie. Au Nigéria, Boko Haram torture, viole, retient prisonniers des centaines de femmes et d’enfants.

Ces actes ne sont pas seulement insupportables d’un point de vue moral, ils peuvent constituer des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité, voire des crimes de génocide s’agissant de certaines communautés. De tels crimes ne sauraient rester impunis. Les groupes terroristes qui commettent de telles atrocités repoussent les frontières de l’inhumanité, et c’est face à cela que nous sommes appelés à agir, et agir dans le sens de la protection. Protection des civils à l’évidence, mais aussi protection du droit et de ses principes.

Ce Conseil a, à plusieurs reprises, débattu de sujets en lien étroit avec le phénomène de la traite des êtres humains, à l’occasion de l’adoption de la résolution 2195 par exemple (s’agissant des liens entre terrorisme et criminalité organisée) ou plus récemment encore de la résolution 2242 sur Femmes, paix et sécurité. Mais nos paroles doivent désormais être traduites en actes : la prévention, la protection des victimes et la lutte contre l’impunité doivent être nos priorités.

Madame la Présidente,

La lutte contre la traite des êtres humains est une priorité de premier plan pour la France. Ces trois axes que je viens de rappeler sont ceux qui guident le plan d’action national dont la France s’est doté en 2014 pour tenter d’endiguer ce fléau.

Au plan international, nous disposons d’instruments internationaux pertinents, tels que la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée, dite « Convention de Palerme », et ses protocoles, dont celui consacré spécifiquement à la lutte contre la traite des êtres humains. Mais nous devons les renforcer et veiller à leur pleine mise en œuvre par l’ensemble de la communauté internationale. C’est dans cet objectif que la France plaide notamment pour la mise en place d’un mécanisme d’examen permettant de vérifier et de faciliter la mise en œuvre de ces instruments.

Nous contribuons également au programme global contre la traite des êtres humains de l’ONUDC, dont je tiens ici à saluer le travail remarquable.

Enfin, comme elle l’a fait lors de la conférence du 8 septembre dernier sur les victimes de violences ethniques et religieuses au Moyen-Orient, la France continuera à mobiliser la communauté internationale chaque fois qu’elle en aura l’occasion et le pouvoir.

Madame la présidente,

Lorsque nous assistons à des crimes aussi effroyables que ceux dont nous sommes aujourd’hui les témoins, nous avons la responsabilité collective d’agir pour y mettre fin et poursuivre les responsables de tels actes. Soyez assurée de la mobilisation totale de la France en ce sens.

Merci

Dernière modification : 04/08/2016

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