La paix et la stabilité du Moyen-Orient sont indissociables de celles de l’Europe (15/01/2015)

15 janvier 2015 - Conseil de sécurité - Moyen Orient - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

Ce débat public étant la première réunion publique de cette nature du Conseil de sécurité depuis les attaques terroristes perpétrées en France la semaine dernière, permettez-moi de dire quelques mots à ce sujet.

Au nom de la France, je veux vous dire combien nous avons été bouleversés et fortifiés par le soutien massif qui nous a été apporté de l’ensemble des parties du monde. Au nom de la France, je veux remercier les Nations unies pour leur soutien exemplaire à travers la déclaration du Conseil de sécurité qui a été adoptée dès le 7 janvier, à travers la minute de silence observée par ce Conseil, à travers l’engagement du Secrétaire général des Nations unies qui est venu nous apporter son soutien à la Mission française ici à New York, tout comme les représentants de tant de vos pays. Autant de marques de solidarités exceptionnelles.

Au nom de la France, je souhaite souligner la dimension historique de la marche qui a eu lieu, dans mon pays, le 11 janvier. Quatre millions de citoyens de toutes origines qui s’engagent dans les rues de mon pays pour combattre le terrorisme et défendre les valeurs qui sont au cœur de ce que nous sommes, marquant le plus large rassemblement depuis la libération de la France en 1944. Quatre millions de personnes qui marchent côte à côte, avec un nombre de leaders mondiaux sans précédent pour une telle marche publique depuis les funérailles du président Kennedy à Washington il y a un demi-siècle.

Mesdames Messieurs, quel extraordinaire message d’unité. C’est donc une France debout, mobilisée, plus déterminée que jamais qui vous parle aujourd’hui.

Oui, la marche de Paris et de toute la France fut la meilleure des réponses au terrorisme. Oui, la France, que l’on voulait mettre à terre, se tient debout. Avec ses amis et alliés. Autour de trois principes :

— la protection et la défense de la liberté d’expression, et de son corollaire, la liberté de la presse, dès lors qu’elle ne fait l’apologie ni de la haine ni du terrorisme ;

— l’affirmation d’une réponse au terrorisme qui allie la plus grande fermeté à l’extérieur comme à l’intérieur de nos frontières avec le strict respect des droits fondamentaux sans lequel une démocratie se renie. Cette réponse ne vise aucune communauté religieuse, elle cible les individus qui pratiquent la violence ou en font l’apologie ; nous sommes bien sur solidaire de tous les pays frappés par le terrorisme, comme tout récemment encore, le Nigéria.

— la tolérance, qui passe par une lutte implacable contre toutes formes d’antisémitisme, d’islamophobie, de racisme, contre toutes les discriminations envers les personnes. Nous n’accepterons pas que des hommes, des femmes ou des enfants puissent en France être attaquées ou tuées parce qu’ils sont juifs, comme vendredi dernier à l’Hypercacher, parce qu’ils sont musulmans ou parce qu’ils sont d’autres religions ou athées. La France protège tous ses citoyens, quelle que soient leur croyance, ou leur absence de croyance.

Ces attaques soulignent combien, dans un monde interdépendant, notre sécurité à tous est un bien commun. Plus que jamais, . Plus que jamais, la France est engagée pour l’avenir du Moyen-Orient.

Monsieur le Président,

Le Moyen-Orient est aujourd’hui une zone d’instabilité majeure marquée par les rivalités régionales et le fléau du terrorisme. Avec un coût humain immense que ne reflète que partiellement le nombre de morts, de réfugiés ou de déplacés. Pour y rétablir durablement la paix et la stabilité, nous devons avoir un cap unique : celui d’apporter une réponse juste aux aspirations légitimes des peuples ; celui de préserver la coexistence pacifique des populations dans une zone qui a vu le sectarisme gagner du terrain. C’est le sens de la politique que la France cherche à conduire. Et qu’elle décline sur l’ensemble des crises du moment. Nous garderons ce cap avec une détermination renforcée qu’il s’agisse du conflit israélo-palestinien, de l’Irak, de la Syrie ou encore du Liban.

Monsieur le Président,

Le 30 décembre dernier, ce Conseil a connu un nouvel échec pour relancer les négociations de paix entre Israël et la Palestine. Une nouvelle fois, le Conseil a été dans l’incapacité de s’unir, de trouver un consensus pour avancer dans le sens d’une solution à deux Etats, la seule en mesure d’apporter une réponse juste aux aspirations des deux peuples. Pour les Palestiniens, l’aspiration à un Etat souverain et indépendant ; pour les Israéliens, la garantie d’une sécurité durable. Ces deux revendications légitimes ne pourront être satisfaites qu’en avançant vers la solution connue de tous sur la base de paramètres internationalement reconnus. La situation actuelle, il faut le rappeler, reste dangereuse, le processus est dans l’impasse, Gaza s’enfonce dans la misère, le blocage par Israël des droits et taxes qui reviennent de droit à l’autorité palestinienne menace la stabilité de la zone, nous appelons en priorité à tout faire pour éviter l’escalade, elle n’est dans l’intérêt de personne.

Dans ce contexte la France reste déterminée à œuvrer en faveur d’un changement de méthode dans le processus de paix, sans lequel, nous en sommes convaincus, la solution des deux Etats restera un vœu pieu. Cet effort collectif devra s’appuyer sur un fondement incontestable que le Conseil de sécurité peut et doit offrir, par l’adoption d’une résolution sur les paramètres du statut final. La France continuera ses efforts en vue d’une résolution constructive, raisonnable et consensuelle, permettant à ce Conseil de devenir un acteur pleinement engagé pour la paix. Au-delà, nous continuons de penser qu’un mécanisme international où les pays de la région ont un rôle à jouer, devrait aider les parties à sortir d’une impasse qui a trop durée.

En Irak comme en Syrie, Daech a prospéré sur le fondement de déficiences de gouvernance, de la répression et de la marginalisation des populations sunnites. Notre lutte contre Daech doit porter sur tous les fronts (politique, militaire, combattants terroristes étrangers, financements), sans jamais perdre de vue qu’en Irak et en Syrie, toute solution durable ne pourra être que politique.

En Irak, l’intervention militaire de la Coalition internationale vise à dégrader les capacités offensives de Daech et à soutenir les forces irakiennes au sol. La communauté internationale doit continuer d’apporter son plein soutien au Premier ministre Haïder al Abadi qui s’est engagé avec courage sur la voie de la réconciliation et du rassemblement. Nous devons l’encourager à poursuivre ses efforts en matière de redressement et de bonne gouvernance.

En Syrie, nous faisons face à une situation diamétralement opposée. C’est le régime de Bachar al-Assad, par sa brutalité et sa réponse répressive, qui a favorisé le développement de Daech. La lutte contre le terrorisme en Syrie ne passera jamais par une compromission avec un régime responsable de 200 000 morts. La Syrie, dont la moitié de la population a été contrainte de fuir son foyer, n’a pas à choisir entre les fléaux du terrorisme et de la dictature. La lutte contre Daech est indissociable d’une transition politique répondant aux aspirations légitimes du peuple syrien, sur la base du Communiqué de Genève. Le Conseil de sécurité devra par ailleurs demeurer pleinement mobilisé en faveur du démantèlement complet et définitif de l’arsenal chimique syrien. La poursuite avérée des usages de gaz de chlore par le régime montre que la communauté internationale ne peut avoir foi dans la sincérité de l’engagement syrien envers la Convention sur l’interdiction des armes chimiques (CIAC). Enfin, face à l’ampleur des violations, il ne faut pas négliger l’impératif de lutte contre l’impunité.

Enfin, la situation au Liban reste extrêmement précaire, comme nous avons pu une nouvelle fois le constater avec l’attaque terroriste de Tripoli le 10 janvier, que ce Conseil a condamnée. Ces évènements démontrent combien le Liban subit les contrecoups directs de la crise en Syrie. Nous devons tout mettre en œuvre pour que la politique de dissociation et les principes de la déclaration de Baabda de 2012 soient respectés. Parallèlement, nous devons encourager les Libanais à élire, de manière urgente, leur Président. La poursuite de la vacance à la tête de l’Etat prive en effet le Liban, qui fait face à l’afflux de plus de 1,2 millions de réfugiés syriens sur son territoire, de sa capacité à répondre efficacement aux défis humanitaires, politiques, sécuritaires et économiques auxquels il est confronté.

Monsieur le Président,

La France est consciente de la gravité de la situation au Proche-Orient. Elle est plus que jamais déterminée à s’impliquer autant que nécessaire pour œuvrer à un règlement des conflits qui minent la région. Face au chantage terroriste, la France réaffirme qu’elle garde un cap clair et assumera pleinement ses responsabilités internationales.
Je vous remercie.

Dernière modification : 19/01/2016

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