La politique de colonisation d’Israel attise les tensions sur le terrain

Colonisations illégales israéliennes : obstacles à la paix et à la solution à deux Etats - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies - Réunion du Conseil de sécurité en format Arria – 14 octobre 2016

Je voudrais commencer par remercier la Malaisie, l’Egypte, le Sénégal, l’Angola et le Venezuela pour l’organisation de cette importante réunion en format “Arria”. Je remercie également chaleureusement Mme Lara Friedman, M. Hagai el-Ad et le Professeur François Dubuisson pour leurs présentations fortes et particulièrement éclairantes.

1/ Vos présentations ont permis de nous rappeler combien l’évolution récente de la politique de colonisation était préoccupante. L’annonce, le 28 septembre dernier, de la construction de 98 nouveaux logements près de Shilo en Cisjordanie - ce qui revient en réalité à la création d’une nouvelle colonie - n’a fait qu’attiser les tensions sur le terrain et l’exaspération de la communauté internationale, à un moment de l’année particulièrement sensible au Proche-Orient.

2/ Votre présentation a également mis en lumière le fait que la colonisation, illicite au regard du droit international, procède d’une politique délibérée. Cette politique vise à mettre les populations comme la communauté internationale devant un fait accompli, en Cisjordanie comme à Jérusalem-Est. L’entreprise de colonisation se décline sous de multiples facettes : expansion des colonies au-delà de la ligne verte, y compris à Jérusalem-Est, quasi-annexion de la zone C, transferts forcés de populations, démolitions d’habitations et de structures palestiniennes, restrictions aux accès et mouvements, construction du mur au-delà de la ligne de 1967. Comme vous l’avez dit, l’Etat d’Israël appuie cette politique de grignotage des Territoires palestiniens, en mettant à la disposition de la population des services publics, en encourageant les activités économiques, le tourisme, en appuyant des initiatives individuelles, et en approuvant rétroactivement des constructions non-autorisées. Cette politique met en péril la perspective d’un Etat palestinien viable, qui est le meilleur gage de la sécurité d’Israël et d’une solution juste et durable à ce conflit.

3/. Nous savons que la colonisation n’est malheureusement pas la seule menace à la solution à deux Etats. Les actes de violence, l’incitation à la violence et le terrorisme minent, eux aussi, la perspective de voir coexister deux Etats, un Etat d’Israël et un Etat de Palestine, vivant côte à côte en paix et en sécurité. La France a condamné avec la plus grande fermeté le lâche attentat qui a coûté la vie, le 9 octobre dernier, à deux civils israéliens à Jérusalem. Elle réitère sans équivoque sa condamnation de tout acte de terrorisme et de toute attaque délibérée de population civile, et nous appelons bien sûr l’Autorité, comme nous l’avons toujours fait, à faire preuve de responsabilité en s’abstenant de tout acte ou déclaration de nature à aggraver les tensions. Enfin, des progrès vers la réconciliation inter-palestinienne sont indispensables.

4/ Mais l’ennemi de la solution à deux Etats, c’est aussi, en plus de tout ce que je viens de recenser, l’absence de dialogue politique. La France souligne depuis de nombreux mois, sinon de nombreuses années, que l’impasse politique actuelle est littéralement intenable et dangereuse. Le statu quo actuel est en réalité une régression, une régression quotidienne, dont les populations concernées, de vexations en vexations, sont les premières victimes ; une régression quotidienne qui éloigne chaque jour davantage des populations pourtant destinées à coexister, qui les éloigne entre elles. Nous ne pouvons laisser l’évolution de la réalité de terrain miner la perspective de voir se concrétiser la solution des deux Etats. Or c’est bien ce qui se passe aujourd’hui.

5/ C’est donc pour faire face aux menaces qui pèsent sur cette solution que la France a présenté, vous le savez, aux Israéliens et aux Palestiniens, ainsi qu’à nos principaux partenaires, une initiative visant à recréer une dynamique politique crédible permettant de relancer un processus de paix au Proche-Orient, avec le soutien réel et collectif de la communauté internationale. L’objectif de notre initiative est de rappeler aux deux parties combien elles ont, toutes deux, intérêt à la paix ; il est de réaffirmer fortement l’objectif de la solution des deux Etats ; il est de créer les conditions, notamment politiques, permettant de relancer des négociations crédibles en ce sens avec le soutien effectif de la communauté internationale.

La conférence de Paris du 3 juin et le communiqué qui en a résulté ont marqué une étape importante en ce sens. La France est déterminée à poursuivre les travaux engagés avec les différents acteurs concernés en vue de préparer une conférence internationale d’ici la fin de l’année qui aura pour objectif de créer les conditions d’une reprise du dialogue entre les parties et de mettre en place une dynamique politique crédible. C’est notre responsabilité à tous. Soyez assurés de la détermination de la France en ce sens. Je vous remercie.

Dernière modification : 14/10/2016

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