"La prolifération constitue une menace grave pour la paix" [en]

Non-prolifération des armes de destruction massive - Intervention de M. Alexis Lamek, représentant permanent adjoint de la France auprès des Nations unies, chargé d’Affaires a.i. - Conseil de sécurité - 23 août 2016

Merci M. le Président,

J’aimerais tout d’abord remercier la présidence malaisienne pour l’organisation de ce débat public autour d’un sujet essentiel, celui de la non-prolifération des armes de destruction massive.

Je remercie le Secrétaire général ainsi que les différents intervenants, M. Roux, M. Koblentz et M. Kim Won-soo pour leurs différentes interventions.

La prolifération des armes de destruction massive et de leurs vecteurs constitue toujours une menace grave pour la paix et la sécurité internationales.

La Corée du Nord poursuit à marche forcée ses programmes nucléaire et balistique. Pyongyang a procédé à son quatrième essai nucléaire le 6 janvier dernier, et effectué un nombre sans précédent de tirs de missiles balistiques ces derniers mois – perfectionnant, à chaque provocation, les technologies nécessaires pour se doter d’une arme nucléaire vectorisée.

Comme le vice-ministre du Japon vient de le rappeler, ces actions déstabilisatrices, en violation des résolutions du Conseil de sécurité, constituent un défi manifeste au régime de non-prolifération, qui est la pierre angulaire de notre sécurité collective.

En Syrie, les allégations d’utilisation d’armes chimiques par le régime se poursuivent depuis le début du conflit – en dépit des résolutions de ce Conseil et des condamnations unanimes.

Les récentes attaques chimiques du 1er août à Saraqeb et puis du 10 août à Alep, par largage depuis hélicoptère, ont à nouveau tué une femme et deux enfants. Les conclusions du rapport du JIM qui doit nous parvenir cette semaine seront par conséquent très attendues, et le Conseil de Sécurité devra alors prendre ses responsabilités et les mesures nécessaires, comme il s’y est engagé dans la résolution 2118.
Les auteurs de ces attaques devront être poursuivis, l’interdit pesant sur l’emploi de ces armes inhumaines devra être rétabli.

Aux allégations d’usage s’ajoutent les incertitudes qui demeurent concernant la déclaration du gouvernement syrien sur son programme chimique à l’OIAC : l’existence potentielle de capacités résiduelles sur le territoire syrien ne fait qu’augmenter le risque de prolifération de ces armes au profit de groupes terroristes. La mise en œuvre intégrale de la résolution 2118 du Conseil nous impose de maintenir notre vigilance sur ce dossier. Le défaut de transparence d’un Etat partie à la convention pour l’interdiction des armes chimiques fragilise de surcroit le régime global de non-prolifération.

Dans le contexte que je viens de décrire, le risque de prolifération de matières nucléaires, radiologiques, biologiques et chimiques au profit de groupes terroristes n’est, hélas, plus à envisager comme un risque lointain, mais bien comme un danger imminent.

Les informations qui nous parviennent d’Irak et de Syrie sur l’emploi d’armes chimiques par Daech soulignent la réalité de la menace. La sécurité des sources radioactives dans les territoires contrôlés par ce groupe terroriste est également un sujet de grande préoccupation.

M. le Président,

Il y a douze ans, la communauté internationale et le Conseil de sécurité ont apporté une réponse à ce risque avec l’adoption de la résolution 1540.

Cette résolution, avec le Comité qui veille à sa mise en œuvre, ont marqué une étape décisive pour prévenir le risque que ces armes de destruction massive ne tombent entre les mains d’acteurs non-étatiques.

La résolution 1540 constitue désormais un des outils essentiels des Etats membres dans la lutte contre cette menace, et les progrès dans sa mise en œuvre sont indéniables :

- aujourd’hui, la majorité des Etats dans le monde a adopté des mesures visant à transcrire les dispositions de cette résolution dans leur droit national. Qu’il s’agisse de la protection physique des matières sensibles, d’un renforcement des contrôles aux frontières ou de l’établissement de mécanismes de contrôle aux exportations, la communauté internationale veille à éviter que des matières Nucléaire Radiologique Biologique et Chimique (NRBC) ne tombent entre les mains de terroristes ;
- par ailleurs, les principales organisations internationales, régionales et sous-régionales ont adopté des stratégies pour mettre en œuvre et promouvoir les mesures de cette résolution ;
- la France prend, elle aussi, ses responsabilités. Au sein du Comité 1540, nous assurons la coordination du groupe de travail sur l’assistance, qui constitue un volet essentiel du travail du Comité notamment en direction des pays en développement.

La France soutient activement, y compris par des financements importants, des Etats partenaires pour les aider à rapatrier vers la France des sources susceptibles de devenir autrement orphelines.
Aujourd’hui, les analyses indépendantes du groupe d’experts du Comité 1540 démontrent que la mise en œuvre de la résolution a progressé dans toutes les régions du monde, et dans tous les domaines.

Mais, comme l’a évoqué le professeur Koblentz, la menace évolue aussi, et de nouveaux défis nous attendent. La revue globale de la mise en œuvre de la résolution 1540 qui est en cours sous le leadership de l’Espagne doit ainsi être l’occasion pour nous tous d’adapter et de renforcer nos outils pour mieux lutter contre la prolifération des armes de destruction massive et le risque qu’elles tombent entre les mains de terroristes. La France soutient un renforcement du rôle opérationnel du Comité 1540, de ses capacités d’expertise et de la mise en relation des demandes et des offres d’assistance.

La France estime en outre que la sécurité des sources radioactives devrait être renforcée partout dans le monde – notamment s’agissant des sources scellées de haute activité. C’est l’objet de la déclaration commune, proposée par la France cette année lors du Sommet sur la Sécurité Nucléaire à Washington et qui a été soutenue par 28 Etats, et c’est l’objectif aussi du projet de résolution qui sera déposé à la 1ère commission de l’AGNU. En effet, des vols de ces matières, peu fréquents mais très inquiétants, pourraient avoir de graves conséquences si elles devaient être acquises par des terroristes.

M. le Président, je voudrais conclure sur une note d’espoir :

La revue globale de la mise en œuvre de la résolution 1540 nous offre en effet une occasion unique de renforcer notre sécurité collective, de mieux prévenir les risques de prolifération d’armes de destruction massive et de leurs vecteurs, ainsi que de renforcer la protection des matières et des biens les plus sensibles.
A la fin de cette année, nous espérons donc aboutir à une mise en œuvre plus rigoureuse, plus efficace de la résolution 1540, et je souhaite encore une fois vous assurer de l’engagement de la France sur ce sujet.

Je vous remercie.

Dernière modification : 23/08/2016

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