La promotion des femmes n’est pas une opération marketing [en]

Femmes, Paix et Sécurité - Intervention de M. François Delattre, Représentant permanent de la France auprès des Nations Unies - Conseil de sécurité - 25 octobre 2016

Monsieur le Président,

Je remercie le Secrétaire général pour son intervention et la Présidence russe pour l’organisation de ce débat sur un thème qui est, depuis l’adoption de la Résolution 1325 il y a seize ans, une priorité de tout premier plan pour la France au Conseil de sécurité. Je souhaite également saluer l’intervention et l’engagement exemplaire de Mme Phumzile Mlambo-Ngcuka ainsi que le témoignage de Madame Rita Lopidia et le travail remarquable qu’elle conduit à la tête de l’organisation EVE pour le Développement des Femmes au Sud-Soudan.

Monsieur le Président,

La promotion des femmes aux Nations unies n’est pas une opération de marketing ou de relation publique. C’est un sujet fondamental en soi et c’est aussi, ne nous y trompons pas, une condition du succès et de l’efficacité des Nations unies. C’est vrai en particulier pour l’agenda Femmes, Paix et Sécurité où il s’agit de compléter mais plus encore d’opérationnaliser nos engagements.

Depuis l’adoption fondatrice de la résolution 1325, 7 autres résolutions ont été adoptées par le Conseil de sécurité dans le cadre de l’agenda Femmes, Paix et Sécurité. Ce sujet s’est imposé dans les travaux du Conseil, dans les institutions des Nations unies et dans les Opérations de maintien de la paix. Nous avons collectivement œuvré à une meilleure prise en compte de la situation des femmes dans les conflits, tant pour répondre aux menaces spécifiques à leur encontre et les protéger que pour assurer leur pleine participation dans la consolidation de la paix. L’adoption à l’unanimité du Conseil, voilà un an, de la résolution 2242 marquait une refondation de cet agenda et un renouvellement de notre engagement commun.

La réforme engagée en 2015 est d’abord une réforme de portée politique.
La résolution 2242 met l’accent sur la nécessité pour les Etats d’assurer une participation plus importante des femmes dans les processus politiques, les négociations de paix et les mécanismes de résolution et de prévention des conflits. Les Etats ont la responsabilité d’associer les organisations de femmes aux discussions relatives à la paix et à la sécurité internationales, non seulement pour entendre leurs voix, mais aussi et surtout pour leur permettre de contribuer aux décisions. Il revient aussi aux Etats de nommer plus de femmes à des postes de décision, notamment dans les structures compétentes en matière de prévention et de résolution de conflits. Une même responsabilité incombe aux Nations unies : la nomination d’un plus grand nombre de femmes à des postes d’Envoyés spéciaux ou d’experts genre de haut niveau auprès des Représentants spéciaux du Secrétaire général est un signe encourageant, mais doit encore se généraliser. Au cours des premières années de mise en œuvre de l’agenda Femmes, Paix et Sécurité, certains ont peut-être vu dans ces nominations des symboles : nous devons désormais y voir une condition d’efficacité de notre action en faveur de la paix et de la sécurité internationales.

- Ceci me conduit au deuxième aspect de la réforme engagée en 2015, qui concerne son caractère opérationnel.

Une participation accrue des femmes au maintien et à la consolidation de la paix est indispensable. Cette exigence concerne bien sûr le nombre de femmes engagées dans les opérations de maintien de la paix, mais aussi le degré de participation des femmes à l’ensemble des activités liées au maintien et à la consolidation de la paix. La planification des opérations et la conception des mandats doivent prendre en compte ces enjeux à tous les stades de la crise : en amont, pour prévenir les risques, notamment en associant les femmes à la prise de décision et aux politiques de prévention des conflits ; pendant la crise, pour protéger les femmes des violences, en particulier des violences sexuelles ; après la crise, pour aider les victimes à se reconstruire, mais aussi pour permettre la pleine participation des femmes à la reconstruction de leur pays. Pour cela, une coopération étroite entre, d’une part, les Départements des opérations de maintien de la paix, de l’Appui aux missions et des Affaires politiques, et ONU Femmes d’autre part, est indispensable.

Beaucoup a déjà été fait pour mieux prendre en compte la dimension de l’égalité entre les femmes et les hommes au sein des OMP : les mandats de la MONUSCO, de la MINUSMA et de la MINUSCA ont intégré les éléments pertinents des résolutions sur les femmes, la paix et la sécurité. Il faut désormais aller plus loin et systématiser cette approche pour l’ensemble des mandats des OMP. La France continuera à se mobiliser autour de cet objectif.
Enfin, la mise en place du groupe informel d’experts sur les Femmes, la paix et la sécurité permet un meilleur suivi de ces objectifs et une approche plus systématique en matière d’égalité entre les femmes et les hommes dans le cadre des questions liées à la paix et à la sécurité internationales. La France y participe activement et continuera à y jouer pleinement son rôle.

Monsieur le Président,

La France s’est elle-même fixé des objectifs ambitieux : au niveau national, nous avons adopté un deuxième plan national d’action pour la période 2015-2018 le 4 mars 2015.

Ce plan sera évalué à mi-parcours par la société civile, dans les prochaines semaines.
Le gouvernement français est, dans ce cadre, déterminé à poursuivre ses efforts sur la base des engagements affichés en 2015 dans le cadre de la revue de haut niveau :
- le gouvernement français continue à agir en vue d’une meilleure visibilité de notre plan d’action national et de l’accès d’un nombre croissant de femmes à des postes de responsabilités liés à la paix et à la sécurité – notamment, pour n’en prendre qu’un exemple, autour de l’objectif de 40% de femmes aux postes d’encadrement de notre réseau diplomatique d’ici 2018.
- sur le plan régional et international, nous continuons à promouvoir très activement l’agenda Femmes, Paix et Sécurité. Au sein de l’UE, nous plaidons avec d’autres Etats membres pour que la politique de sécurité et de défense commune intègre de manière plus systématique la protection des femmes dans les situations de conflit et la promotion de leur rôle dans les sorties de crise. Aux Nations unies, je l’ai dit, nous travaillons à une meilleure prise en compte de cet agenda dans les mandats des OMP. Au sein du G7, nous encourageons, avec nos pays partenaires, une mise en œuvre ambitieuse de l’agenda Femmes, Paix, et Sécurité. Enfin, nous organisons, pas plus tard que demain, à Paris, une conférence de haut niveau sur les OMP en milieu francophone qui rappellera l’importance de cet agenda.

- Parallèlement, nous demeurons engagés sur le terrain avec plus de 900 personnels déployés au sein de 6 opérations de maintien de la paix, qui bénéficient de formations intégrant les dimensions de droits de l’Homme et de l’égalité entre les femmes et les hommes dans le contexte des opérations de maintien de la paix.
- Au-delà du cadre strict de la paix et de la sécurité internationales, la France demeure pleinement mobilisée aux Nations unies sur la question essentielle des violences faites aux femmes. A ce titre, nous présentons avec les Pays-Bas la résolution biannuelle de l’Assemblée générale relative aux violences contre les femmes.

Monsieur le Président,

La tenue de ce débat public et le succès qu’il rencontre témoignent de notre intérêt collectif à promouvoir un agenda essentiel dans tous nos travaux relatifs à la paix et à la sécurité. La France souhaite plus que jamais jouer un rôle d’impulsion en ce domaine à travers ses politiques publiques nationales, au Conseil de sécurité et dans toutes les enceintes internationales où notre pays est présent. La promotion des femmes au sein des Nations unies est notre combat à tous, et c’est un combat de tous les jours. Je vous remercie.

Dernière modification : 25/10/2016

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