La protection des enfants exige un engagement total

Les enfants dans les conflits armés - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 2 août 2016.

Monsieur le Président,

Je remercie la Malaisie pour l’organisation de ce débat qui nous réunit autour d’un enjeu essentiel : la protection des enfants dans les conflits armés constitue en effet une obligation morale universelle. Je remercie également le Secrétaire général pour sa présence aujourd’hui, son intervention et son engagement sur cet enjeu crucial.
Comme cela a été souligné, des avancées importantes ont été réalisées depuis l’appel à l’action de Mme Graça Machel. Ces progrès n’auraient pas été possibles sans l’immense travail réalisé depuis plusieurs années par la Représentante spéciale pour les Enfants et les conflits armés, Mme Leïla Zerrougui, ainsi que par le Directeur exécutif d’UNICEF, M. Anthony Lake. Au nom de la France, je souhaite remercier chaleureusement Mme Zerrougui et M. Lake ainsi que leurs équipes pour leur action exemplaire et pour leurs interventions aujourd’hui, comme je souhaite remercier les acteurs de la société civile dont le rôle est si important pour accompagner l’action des Nations Unies.
En dépit de ces efforts et progrès, les enfants continuent d’être recrutés, séparés de leur famille, privés d’éducation et de soins, et sont victimes de meurtres, mutilations, viols et autres formes de violence sexuelle. Comme en témoigne la « liste noire », les groupes armés non-étatiques sont responsables de la majorité de ces violations. Parmi eux, les groupes terroristes comme Daech ou Boko Haram constituent une menace particulière. Ils ajoutent en effet l’horreur à l’horreur en faisant des enfants à la fois les cibles et les outils directs de la terreur, à travers les attaques suicides, les exécutions ou encore la traite des personnes. Au-delà des enfants recrutés et enlevés, nous devons aussi nous préoccuper du sort des enfants nés au sein de ces groupes, qui risquent de perpétuer la violence extrémiste au quotidien, en l’inscrivant dans l’ADN de ces enfants.
La communauté internationale, Monsieur le Président, a la responsabilité morale et politique de se mobiliser pour ce combat vital et existentiel, existentiel pour ces enfants et pour nous tous. Cette mobilisation nécessaire passe non seulement par l’action militaire, mais aussi par le traitement des causes profondes de ce drame. C’est le sens du plan d’action du Secrétaire général sur la prévention de l’extrémisme violent, auquel la France souscrit pleinement. Parmi ces causes profondes, l’éducation joue un rôle majeur. En Syrie, près de 4 millions d’enfants sont privés d’accès au système scolaire. La France condamne fermement les attaques contre les écoles et appelle les Etats à respecter le droit international, notamment le droit international humanitaire, et à tout mettre en œuvre pour empêcher une « génération perdue » d’enfants privés d’éducation, notamment s’agissant des jeunes syriens réfugiés au Liban, en Jordanie ou encore en Turquie.

Monsieur le Président,
Si la lutte contre le terrorisme est une nécessité, elle ne doit pas devenir une justification pour les détentions arbitraires. C’est pourtant le cas sur plusieurs théâtres de conflit, où des milliers d’enfants sont détenus pour leur affiliation avec des groupes armés, ou de façon totalement arbitraire. C’est le cas en Syrie, où de nombreux enfants - sans doute plusieurs milliers - ont été battus et torturés dans les prisons du régime, y laissant souvent leur vie, sans même mentionner ici les bombardements massifs contre les civils et parmi eux les enfants que le régime de Damas poursuit inlassablement à Alep et ailleurs. Il faut rappeler constamment qu’il est de la responsabilité des gouvernements de protéger leur population et de de prendre en charge les enfants associés à des groupes armés de la façon la plus adaptée en fonction de leur âge et de leur vécu, et cela, dans le respect des normes internationales de justice applicables aux mineurs.

Monsieur le Président,
Face à ces lourds défis, je souhaite insister sur trois pistes d’action :
-  D’abord, une action au niveau institutionnel. Il existe aux Nations Unies des mécanismes efficaces sur la protection des enfants dans les conflits armés. Au Conseil de sécurité, le Groupe de travail sur les enfants et les conflits armés, aujourd’hui présidé par la Malaisie, doit continuer à faciliter le dialogue avec les gouvernements à New York comme sur le terrain. En outre, le mécanisme de rapport et de vérification est un instrument particulièrement utile car il contribue à identifier toutes les violations graves commises sur le terrain afin d’alimenter la « liste noire » du rapport annuel du Secrétaire général. Il est primordial pour les Nations Unies et tous les Etats de veiller à l’impartialité de ces mécanismes pour préserver leur efficacité.

-  Ensuite, nous devons structurer notre action à un niveau opérationnel. Il est essentiel que les Nations Unies continuent de déployer des conseillers de protection de l’enfant pour signaler mais aussi prévenir les violations de droits, et pour que la protection de l’enfant soit pleinement intégrée dans la planification stratégique des OMP.

-  Enfin, nous devons diversifier nos actions à un niveau politique. En mars 2016, le premier objectif de la campagne « Enfants, pas soldats », lancée par Mme Zerrougui et l’UNICEF, a été atteint : les huit Etats concernés ont signé un plan d’action national pour cesser le recrutement des enfants dans les forces de sécurité nationales. Il faut à présent œuvrer à la mise en œuvre complète de ces plans pour atteindre un nouvel objectif : un monde libre d’enfants soldats. Tel doit être notre objectif partagé. Nous pouvons y arriver, si nous soutenons et renforçons le mandat de la Représentante spéciale, en appelant à une application de la campagne « Enfants, pas soldats » aux groupes armés non-étatiques, afin de multiplier les engagements concrets sur le terrain.

Monsieur le Président,
Avant de conclure, je voudrais saluer l’engagement et la détermination du Secrétaire général dans la lutte contre les abus sexuels au sein des Nations Unies et à l’égard des forces nationales sous mandat des Nations Unies. La France, vous le savez, reste pleinement mobilisée tant en matière de prévention que de formation des personnels et de traitement de toutes les allégations.
Monsieur le Président,
La protection des enfants dans les conflits armés exige un comportement exemplaire de la part de tous et nécessite un engagement résolu, un engagement total. La France s’est engagée sur cette voie depuis plusieurs années. Depuis les résolutions 1539 et 1612 de 2004 et 2005, dont mon pays avait pris l’initiative et qui forment le bloc de granit sur lequel s’appuient nos efforts communs, la France n’a cessé de jouer un rôle moteur sur ce sujet. C’est dans cet esprit que nous organiserons, en février 2017 à Paris, en partenariat avec l’UNICEF, une conférence internationale sur la protection des enfants dans les conflits armés à l’occasion des dix ans des Principes et Engagement de Paris pour mettre un terme au recrutement d’enfants soldats, qui ont été signés par 105 pays à ce jour. J’appelle tous les Etats à y participer et à endosser les Principes et Engagements de Paris à cette occasion, afin de marquer leur engagement pour la cause universelle de la protection des enfants dans les conflits armés.

Je vous remercie.

Dernière modification : 02/08/2016

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