La question palestinienne continue d’alimenter les tensions régionales

Débat sur le Moyen Orient - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 26 janvier 2016

Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire général
Mesdames et Messieurs les ministres,
Chers collègues,

Sur la situation au Proche-Orient, permettez-moi de réitérer ici le message de la France : nous ne devons pas, nous ne pouvons pas baisser les bras. La situation n’est tout simplement plus tenable, comme l’illustre la poursuite des violences en Israël, à Jérusalem et dans les Territoires palestiniens. Depuis le début de l’embrasement, on dénombre au moins 153 morts palestiniens, en majorité des auteurs d’attaques, et 25 morts israéliens. Cette situation très dégradée ne peut pas durer. Nous réitérons à ce titre notre condamnation de toutes les attaques.

Il est de notre responsabilité d’agir. La France reste convaincue que l’absence d’horizon politique est la cause profonde des récents événements, faisant le jeu de la violence, de la radicalisation et de l’extrémisme. La multiplication des mesures sécuritaires mises en place par Israël, les démolitions punitives à répétition et la poursuite de la colonisation, illégale au regard du droit international, alimentent les tensions et le ressentiment mutuel. Les récentes annonces de colonisation, en Cisjordanie et à Jérusalem, sont à cet égard extrêmement préoccupantes et soulèvent de réels doutes sur la volonté israélienne de parvenir à la solution à deux Etats.

Le conflit israélo-palestinien dépasse, par sa portée, le strict champ du territoire qui va de la Méditerranée à la vallée du Jourdain. La "question palestinienne" continue d’alimenter les tensions régionales. Personne ici n’a intérêt à ce que Daech ne s’empare de la cause palestinienne et la dénature à son profit avec un puissant argument de recrutement. Il n’est pas impossible que Daech puisse, le moment venu, venir s’installer à Gaza et en Cisjordanie. Nous devons tout faire pour éviter cette contagion tragique.

L’urgence d’une mobilisation collective et ambitieuse de la communauté internationale ne fait donc que se renforcer jour après jour. La tentation qui peut animer certains de différer la question, de « gérer » le conflit et d’attendre des circonstances favorables pour parler sérieusement de la paix n’est, à nos yeux, pas viable, car vouloir reléguer ce conflit au second rang de nos priorités et le traiter comme un "conflit gelé" risque de conduire à un nouvel embrasement. C’est pourquoi un engagement collectif des membres de ce Conseil, de l’Union européenne et des pays de la région est indispensable.

Pour cela, il nous faut créer un horizon politique concret, crédible au service d’un objectif partagé, celui de la solution des deux Etats, que nous devons sauvegarder. Pour avancer concrètement dans cette direction, la France demeure convaincue de la nécessité d’une évolution de la méthode, dans le sens d’un accompagnement collectif accru et renouvelé :

— les travaux engagés au cours de la réunion du Quartet élargi aux pays arabes et aux partenaires internationaux lors de l’Assemblée générale doivent se poursuivre. C’est un point essentiel ;

— le Conseil de sécurité a également un rôle à jouer, une responsabilité à assumer et doit pleinement s’engager pour faire émerger une solution acceptable pour les deux parties.

La France restera donc pleinement mobilisée sur ce dossier, profondément convaincue que la stabilité de cette région fracturée et accablée par les conflits nécessite une résolution juste et durable de la question israélo-palestinienne.

Monsieur le Président,

S’agissant de la Syrie, il y a urgence aussi : urgence à briser le cycle de la violence et à mettre en place une transition politique. Nous apportons tout notre soutien au processus lancé à Vienne et endossé par le Conseil de de sécurité dans la résolution 2254 du 18 décembre. Il est essentiel que les négociations inter-syriennes, indispensables pour parvenir à la paix, puissent commencer. Nous comprenons que M. de Mistura fait tout ce que est possible pour qu’elles débutent le 29 janvier. Pour réussir ces négociations, trois éléments sont essentiels :

— Premièrement, une amélioration rapide et significative de la situation humanitaire. Il n’y aura pas de processus politique crédible sans amélioration immédiate de la situation sur le terrain pour les Syriens. La réunion publique du Conseil de sécurité que nous avons demandée le 15 février dernier a exposé la pratique persistante et abjecte des sièges comme arme de guerre. Je réitère ici notre appel solennel à la levée immédiate et effective de tous les sièges, à un accès humanitaire permanent et sans aucune restriction à toutes les populations dans le besoin et à l’arrêt des attaques contre les civils. Le régime syrien et ses soutiens doivent respecter le droit international humanitaire, qui n’est pas un objet de négociation mais une obligation et une obligation absolue.

— Deuxièmement, le respect de la désignation par l’opposition de ses propres représentants. Le groupe de l’opposition issu de la conférence de Riyad rassemble pour la première fois un large spectre de responsables politiques et militaires non djihadistes qui se sont engagés autour d’un projet commun pour une Syrie unie, libre, démocratique, respectueuse des droits de tous les citoyennes et citoyens. C’est donc à ce groupe qu’il revient d’être l’interlocuteur du régime dans ces négociations.

Le processus de négociation pourra néanmoins donner lieu également à une consultation de différents acteurs, issus notamment de la société civile.

— Troisièmement, la nécessité que les discussions portent sur la transition politique conformément aux termes agréés dans le communiqué de Genève. Il ne s’agit pas de construire un pseudo gouvernement d’union nationale, mais de s’entendre sur la création d’un organe de transition gouvernemental (TGB), doté des pleins pouvoirs exécutifs pour donner à la Syrie une perspective de réconciliation.

Seule une solution politique permettra de mettre fin aux souffrances et à l’exode continu des populations civiles et de réduire la menace terroriste à laquelle nous faisons face. Soyez assuré, Monsieur le Président, de l’engagement résolu de la France en ce sens. Je vous remercie.

Dernière modification : 26/01/2016

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