La région des Grands Lacs constitue encore aujourd’hui un facteur de préoccupation majeur [en]

Débat sur la prévention et la résolution des conflits dans la région des Grands Lacs - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 21 mars 2016

Monsieur le Président,
Monsieur le ministre des Affaires étrangères de l’Angola,

La région des Grands Lacs fait l’objet de toute l’attention du Conseil de sécurité depuis de longues années. L’engagement des Nations Unies témoigne de l’importance consacrée à la stabilité de cette région au cœur de l’Afrique. Avec plus du tiers des casques bleus déployés à travers le monde, la région des Grands Lacs constitue encore aujourd’hui un facteur de préoccupation et d’attention majeur pour la communauté internationale.

Après des années de guerres, de violences, de méfiance et de rivalités, la signature de l’Accord-Cadre d’Addis Abeba pour la République démocratique du Congo et la région en février 2013 a marqué une étape importante. Celle de la création d’un cadre régional de coopération en vue d’atteindre la stabilité et le développement de tous et de chacun.

Trois ans après la signature de cet accord, nous voulons rappeler ici toute l’importance que nous attachons aux engagements qu’il comporte, et à leur mise en œuvre effective. Ces engagements, tant ceux de la RDC que ceux de la région, sont essentiels pour parvenir à une paix durable. Ils restent plus que jamais pertinents, et pourtant, les progrès sont, hélas, trop limités.

C’est pourquoi, Monsieur le Président, président en exercice à la fois du Conseil de sécurité et de la Conférence internationale pour la Région des Grands Lacs, nous vous remercions d’avoir organisé cette réunion importante. Nos efforts ne doivent pas se relâcher. Nous nous félicitons de la présence du Secrétaire général, de plusieurs ministres des pays de la région, et du Commissaire pour la paix et la sécurité de l’Union africaine, M. Chergui, ainsi que du représentant de la Banque mondiale. Nous les en remercions. Nous remercions votre envoyé spécial, M. Saïd Djinnit, pour son engagement, et soutenons la feuille de route qu’il a mise en avant pour son action.

Monsieur le Président,

Dans son rapport sur la mise en œuvre de l’Accord-cadre, le Secrétaire général rapporte certains développements positifs dans la région, et notamment le déroulement de scrutins électoraux largement pacifiques en Tanzanie, mais aussi en République centrafricaine où les défis étaient pourtant immenses. C’est aujourd’hui une nouvelle page qui s’ouvre dans ce pays. La fin de la transition et l’installation d’autorités élues exigent la poursuite de notre engagement, pour accompagner le pays dans la stabilisation et le développement.

A l’inverse, la crise politique au Burundi, qui s’accompagne d’une crise sécuritaire et humanitaire grave, est un triste rappel que nous ne devons jamais relâcher notre vigilance. Après une décennie d’engagement des Nations Unies, qui avait permis d’accompagner le Burundi sur la voie de la stabilité tracée par les Accords d’Arusha, nous sommes préoccupés par la situation et l’évolution dans ce pays. Il est crucial que l’ensemble des acteurs régionaux et internationaux joignent leurs efforts pour obtenir que les violences cessent et qu’un véritable dialogue se noue sans délai. La France, avec les Nations Unies et l’Union africaine, continuera de se mobiliser pour sortir de cette crise et retrouver la paix et la stabilité, dans le respect des droits de l’Homme.

En République démocratique du Congo, nous sommes à la veille d’une période cruciale pour l’avenir d’un pays où les Nations Unies se sont tant engagées. Si la situation s’est améliorée depuis 1999 quand ce Conseil a décidé de la création de la MONUC, nous restons néanmoins inquiets de sa fragilité persistante. Dans plusieurs régions, la situation sécuritaire s’est stabilisée et la restauration de l’autorité de l’Etat est en marche sur une grande partie de ce territoire immense. Les capacités des Forces armées congolaises, et de la police nationale congolaise, se sont renforcées. Mais l’instabilité à l’Est reste une réalité, avec des dizaines de groupes armés qui continuent d’alimenter une spirale de violences, d’exploiter illégalement les ressources naturelles et de commettre des exactions à l’égard de populations qui ont déjà trop souffert.

Chacun doit jouer sa part pour mettre définitivement fin à la menace posée par ces groupes : les autorités de RDC bien sûr, en coopération avec la MONUSCO, mais aussi les pays de la région.

Les cas allant dans le sens d’une restriction de l’espace politique nous inquiètent à l’aube d’échéances électorales importantes pour l’avenir du pays. Les délais pris dans l’organisation de ces élections, prévues par la Constitution d’ici la fin de cette année, nous préoccupent dès lors, notamment, qu’ils risquent de provoquer une nouvelle période d’instabilité dans le pays. Et le respect des libertés publiques est un enjeu essentiel qui appelle toute notre vigilance. Nous appelons les autorités de la République démocratique du Congo à respecter leurs engagements constitutionnels et leurs engagements internationaux en matière de respect des droits de l’Homme et des libertés fondamentales, et incitons tous les acteurs au dialogue, sous toutes ses formes, et à ne pas recourir à la violence.

Là aussi le Conseil de sécurité sera particulièrement vigilant, à l’heure où nous étudions le renouvellement de la Mission des Nations Unies en RDC.

Monsieur le Président,

La France est une amie de longue date de la République démocratique du Congo, et des pays de la région. Notre souhait le plus cher, en tant que partenaire proche et membre du Conseil de sécurité, est de voir ces pays consolider leur trajectoire sur la voie d’une paix et d’une stabilité durables, qui leur permette enfin de profiter de la richesse de leurs ressources naturelles et de se concentrer sur leur développement et le bien-être des populations. A ce titre, nous saluons la tenue à Kinshasa, les 24 et 25 février 2016, de la Conférence internationale sur l’investissement du secteur privé dans la région des Grands Lacs, porteuse d’espoirs pour l’indispensable développement économique de la région. Une meilleure coopération économique régionale sera en effet cruciale pour susciter des intérêts communs et partagés et pour dépasser les divisions. Le plan stratégique régional présenté aujourd’hui, et l’engagement de la CIRGL, seront essentiels pour continuer d’avancer dans cette direction.

La France, avec l’Union européenne et les Nations Unies, se tient résolument à vos côté pour accompagner l’ensemble de la région sur ce chemin.

Je vous remercie.

Dernière modification : 21/03/2016

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