Kosovo - Dialogue politique doit être un nouvel élan pour les relations avec la Serbie (06/02/2015)

Kosovo : Intervention de M. Philippe Bertoux, conseiller politique de la Mission de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 6 février 2015

Je tiens à remercier le Représentant spécial du Secrétaire général, M. Farid Zarif, pour son exposé ainsi que les ministres des affaires étrangères du Kosovo, Monsieur Hashim Thaçi et de Serbie, Monsieur Ivica Dacic, pour leurs interventions.

Monsieur le Président,

Deux mois tout juste après notre dernier débat au Conseil de sécurité sur la situation au Kosovo, nous prenons aujourd’hui acte du renouveau du paysage politique général avec la formation le 9 décembre dernier d’un gouvernement de coalition à Pristina, et la reprise imminente du dialogue politique entre la Serbie et le Kosovo. Le bon déroulement des élections du 8 juin avait globalement répondu aux attentes de ce Conseil. Nous nous félicitons aujourd’hui que les partis aient finalement su prendre leurs responsabilités pour trouver une solution, dans le respect de la constitution et des principes démocratiques, au blocage politique constaté entre juin et décembre.

Monsieur le Président,

Nous resterons particulièrement attentifs, maintenant que les incertitudes liées aux élections sont levées, à la reprise rapide du dialogue politique entre Belgrade et Pristina. Les nouveaux chefs de gouvernement, qui se rencontreront pour la première fois à Bruxelles lundi prochain, devront donner un nouvel élan au processus de normalisation des relations entre ces deux pays.

Aujourd’hui, nous tenons à encourager les parties dans la voie du dialogue, et à leur rappeler que le temps n’est pas leur allié. Il faut, dans tout processus politique, des avancées régulières témoignant de l’engagement sans cesse renouvelé de chacun. Nous espérons à ce titre que l’accord sur la justice pourra être entériné dès lundi.

En outre, nous continuerons de porter une attention particulière sur la mise en place de l’association des municipalités à majorité serbe au Nord du Kosovo. Celle-ci doit être dotée de véritables compétences et doit être adoptée à droit kosovar constant. Il s’agit là d’un jalon essentiel de la mise en œuvre de l’accord du 19 avril 2013.

De la même manière, nous attendons du Kosovo qu’il prenne les mesures nécessaires à l’établissement d’un tribunal chargé de donner suite aux travaux menés, dans le cadre d’EULEX, par l’équipe spéciale d’investigation sur les allégations de crimes commis il y a près de 15 ans. Nous adressons tous nos vœux de succès au successeur du procureur Williamson, M. David Schwendiman, à la tête de cette équipe d’enquête.

Nous n’avons aucun doute sur la volonté des Kosovars de s’engager dans un processus judiciaire, essentiel à la lutte contre l’impunité, qui permettra d’affronter tous les aspects des heures difficiles qu’a connues le Kosovo à la fin des années 1990. Nous relevons d’ailleurs que des progrès ont été accomplis concernant l’établissement des chambres criminelles compétentes. Nous comptons là aussi sur l’engagement des partis politiques à Pristina pour mener ce processus à son terme, et lutter de manière générale en faveur du renforcement de l’Etat de droit.

C’est à l’aune des progrès réalisés dans ces deux champs notamment, que le Conseil pourra juger de l’évolution positive de la situation au Kosovo.

Monsieur le Président,

Je souhaite aujourd’hui revenir sur la situation des Kosovars, qui sont de plus en plus nombreux à choisir l’exil face aux difficultés qu’ils rencontrent dans leur vie quotidienne. Et je pense notamment aux problèmes économiques liés à l’emploi.

L’ensemble de la classe politique kosovare doit se montrer à l’écoute de ceux qui, ainsi, « votent avec leurs pieds » mais également lutter contre les filières du crime organisé qui contribue à l’essor de l’immigration illégale. Il en va de la viabilité de la société kosovare mais également de la stabilité des Balkans et de l’Union européenne.

Nous resterons ainsi particulièrement vigilants vis-à-vis des conditions générales de vie des populations au Kosovo et nous encourageons les parties à assurer le respect des droits des personnes appartenant à des minorités. La restauration d’une relation de confiance entre les communautés demeure l’unique chemin pour permettre au Kosovo et à la Serbie d’ouvrir une nouvelle page de leur histoire. Et il ne saurait à ce titre être toléré que des manifestations dégénèrent en affrontements violents. Toute rhétorique extrémiste doit être bannie de l’espace public.

Monsieur le Président,

Je conclurai en saluant la marche conjointe du Kosovo et de la Serbie vers l’Union européenne. Des étapes importantes ont été franchies dans cette voie. La Serbie a réalisé des transformations institutionnelles conséquentes, et nous saluons les efforts déjà accomplis. Le processus technique de négociations d’adhésion à l’Union européenne, formellement lancées le 21 janvier 2014, se poursuit. Nous espérons désormais que les efforts fournis par la Serbie seront reconnus et qu’un premier chapitre de négociation pourra être ouvert prochainement.

La Commission européenne a de son côté salué l’engagement de Pristina en vue de la conclusion de l’accord de stabilisation et d’association. Nous espérons que cet accord pourra être finalisé très prochainement.

Il est important que les progrès de chacune des deux parties se fassent d’un même pas, afin d’éviter que tout retard de l’une ne ralentisse la marche de l’autre. Nous reprenons aujourd’hui espoir que la Serbie et le Kosovo se soient, une fois encore, un peu plus rapprochés de leur avenir commun.

Je vous remercie.

Dernière modification : 20/01/2016

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