La situation dramatique des droits de l’Homme en Corée du Nord n’a pas évolué - 10 décembre 2015 [en]

Situation en Corée du Nord - Intervention prononcée par M. Alexis Lamek, représentant permanent adjoint de la France auprès des Nations Unies, Chargé d’affaires a.i. - Conseil de sécurité - 10 décembre 2015

Je remercie le Secrétaire général adjoint et le Haut-commissaire pour leurs présentations respectives. Elles sont choquantes. Elles montrent que la situation dramatique des droits de l’Homme en Corée du Nord n’a pas évolué.

Nous parlons ici de la poursuite de violations systématiques et de crimes d’un autre âge : détentions arbitraires, travail forcé, trafics d’êtres humains, exécutions extrajudiciaires. Alors que l’existence de camps de travail pour les prisonniers d’opinion est déjà en soi intolérable à la conscience humaine, on apprend que la pratique de la torture est systématique dans plusieurs de ces camps. Le simple exercice de la liberté d’opinion ou d’expression peut conduire à la mort, y compris chez les dignitaires d’un régime qui s’entre-dévore : selon le rapport publié le 20 octobre dernier par le rapporteur spécial, entre 2010 et 2014, 1382 personnes ont été exécutées publiquement, sous les motifs les plus contestables, sans le moindre respect des règles les plus élémentaires du procès équitable.

Madame la Présidente,

Je pense aujourd’hui, alors que nous célébrons la journée des droits de l’Homme, aux victimes directes de ces violations et à leurs familles ; à ces familles, victimes des disparitions forcées, qui vivent dans l’incertitude du sort de leurs proches. Les disparitions forcées sont innombrables dans un territoire qui ne permet pas leur recensement. Elles s’étendent aussi à des citoyens d’autres pays ; ainsi plusieurs dizaines de ressortissants japonais ont été enlevés, peut-être plus encore. Les autorités nord-coréennes ont reconnu leur responsabilité pour une partie des cas de disparitions. Il leur revient de répondre à l’inquiétude des familles et de permettre le retour des personnes enlevées. La France apporte tout son soutien à la stratégie du rapporteur spécial et à son approche internationale dans cette perspective. La France est d’ailleurs historiquement à l’initiative sur la question des disparitions forcées. Elle est un des pays à l’origine de la convention sur les disparations forcées. Elle salue à cet égard le travail effectué par le groupe de travail au sujet des disparitions forcées dont la Corée du Nord pourrait être responsable.

Les violations en Corée du Nord touchent tous les individus : les dissidents et les défenseurs des droits en premier lieu, mais aussi les femmes, les enfants, les populations vulnérables. Tous ceux qui ont pu témoigner, notamment auprès de la commission d’enquête, décrivent la même terreur d’un régime qui commet ces crimes dans le cadre d’une politique d’Etat, afin d’assurer un contrôle sans limite sur une population asservie, « piégée dans son propre pays » pour reprendre un titre du rapport.

Madame la Présidente,

Comme vous le savez, la France est particulièrement attachée à la lutte contre l’impunité. Au-delà de l’indignation, c’est la seule réponse qui permette la justice et le retour durable de l’Etat de droit. Les responsables des crimes commis en Corée du Nord devront rendre des comptes devant la justice. Certains des crimes commis et décrits par la Commission d’enquête pourraient être constitutifs - par leur ampleur et leur gravité - de crimes contre l’humanité, au sens du Statut de Rome de la Cour pénale internationale. En ce sens, la recommandation adressée par la Commission d’enquête internationale dans son rapport visant à déférer la situation à la Cour, mérite toute l’attention du Conseil.

La République populaire de Corée du Nord a ratifié quelques instruments internationaux, notamment relatifs aux droits de l’enfant. Elle a accepté près de la moitié des recommandations qui lui ont été adressées durant l’examen périodique universel auquel elle a été soumise en 2014 à Genève au Conseil des droits de l’Homme. Nous veillerons à ce que ces engagements soient effectivement mis en œuvre. D’ici là, il faut continuer à documenter les violations et à faire la lumière sur les crimes. C’est pourquoi la France salue le travail de la Commission d’enquête. En documentant les crimes, elle prépare le travail de la justice. La France espère également que le bureau du Haut-commissariat pour les droits de l’Homme à Séoul pourra jouer tout son rôle. Toute menace à son encontre ou à l’encontre du personnel est inacceptable.

La France se félicite que, depuis l’organisation de l’arria à ce sujet et de la première réunion organisée au Conseil de sécurité il y a un an, la question des droits de l’Homme en Corée du Nord figure régulièrement à l’agenda international : non seulement au Conseil des droits de l’Homme, à l’Assemblée générale, mais aussi désormais au Conseil de sécurité. L’ampleur des violations, à l’échelle d’un système gouvernemental, qui est sans équivalent dans le monde contemporain comme le dit le rapport de la Commission d’enquête internationale, constitue en soi une menace à la paix et à la sécurité internationales. Un régime qui se place dans une position de déni, un régime qui ignore toute règle de droit, y compris en matière de non-prolifération des armes de destruction massive, alors qu’il continue de développer des programmes nucléaires et balistiques, en violation patente de toutes nos résolutions, un tel régime ne peut continuer de sévir en toute impunité.

C’est pourquoi il importe que le Conseil de sécurité, saisi de cette situation, continue d’être mobilisé ; pour que ce régime entende la voix de la communauté internationale, mette fin à ses violations, libère les prisonniers d’opinion, libère toutes les personnes enlevées, et s’engage résolument sur la voie de l’ouverture et du respect des droits de sa population. Nous y veillerons et nous ne relâcherons pas nos efforts.

Je vous remercie.

Dernière modification : 04/08/2016

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