La situation humanitaire au Yémen est extrêmement grave [en]

Yémen - Intervention de M. François Delattre, Représentant permanent de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 31 octobre 2016

Monsieur le Président,

Je voudrais commencer en remerciant nos trois intervenants, Ismaël Ould Cheikh Ahmed, notre Envoyé spécial sur le Yémen, dont nous saluons les précieux et continus efforts, Stephen O’Brien, Secrétaire général adjoint pour les affaires humanitaires, et Muhannad Hadi du Programme alimentaire mondial, pour leurs présentations et leur engagement.

Comme nous venons de l’entendre, la situation humanitaire au Yémen est extrêmement grave. Plusieurs points nous inquiètent tout particulièrement :

Les attaques contre les populations civiles d’abord : la France a fermement condamné l’attaque du 8 octobre dont le bilan s’élève selon les Nations unies à 140 morts et de nombreux blessés. Nous ne pourrons jamais assez insister sur le caractère essentiel du respect, par toutes les parties, du droit international humanitaire.

La dégradation très inquiétante de la situation sanitaire ensuite : le système de santé au Yémen est presque complétement détruit et les Yéménites n’ont plus accès aux services de santé de base. Plus de 19 millions de personnes, soit près de 80% de la population, ont à ce jour un accès difficile à l’eau potable et à une hygiène de base.

Dans ces circonstances, la découverte de cas de choléra – avec 6 décès, 61 cas confirmés à ce jour et plus d’un millier de personnes potentiellement contaminées - est particulièrement inquiétante et montre à quel point la situation s’est dégradée.

Le bilan dressé par le Programme alimentaire mondial indique qu’une partie de la population est au bord de la famine. Aucune amélioration significative n’a pu être enregistrée depuis des mois, en particulier dans les régions les plus affectées par le conflit, et aujourd’hui 14 millions de Yéménites - soit plus de la moitié de la population - sont en situation d’insécurité alimentaire et 7 millions d’entre eux sont en situation d’urgence alimentaire. Les taux de malnutrition ont, eux aussi, atteint un seuil alarmant.

La survie de millions de Yéménites dépend aujourd’hui de l’acheminement sans entrave ni délai de l’aide humanitaire et du rétablissement des services indispensables à la vie. Plus que jamais, les parties doivent assurer un accès humanitaire complet, sûr, permanent et sans entrave aux acteurs humanitaires conformément à leurs obligations internationales. Les parties doivent faciliter et garantir, en particulier, le travail sur le terrain du Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies.

Monsieur le Président,

Dans ces circonstances tragiques, les récents développements militaires sont inacceptables et c’est avec une grande préoccupation que nous avons dû constater que la trêve de 72 heures de la semaine dernière n’a non seulement pas été pleinement respectée mais n’a pas non plus été renouvelée.

Les attaques contre des navires en Mer Rouge et contre le territoire saoudien doivent cesser. Il est essentiel par ailleurs de déterminer précisément auprès de quels pays se fournissent en armes les Houthis.

Nous appelons à nouveau les parties à s’engager en vue d’une nouvelle cessation immédiate des hostilités, qui apporte un répit aux populations locales et permette de reprendre le processus de négociation, et à respecter ce cessez-le-feu.

Comme nous avons eu l’occasion de le rappeler à chaque reprise, seule une solution politique permettra de mettre un terme à ce conflit.

Nous déplorons vivement le rejet par les parties du plan de paix proposé par l’Envoyé spécial.

Nous nous tenons prêts au Conseil de sécurité pour examiner comment exercer une pression sur les parties yéménites au conflit pour qu’elles prennent leurs responsabilités. La population yéménite endure des souffrances insupportables. Chaque partie doit faire les concessions nécessaires et mettre ses intérêts particuliers de côté. Chaque partie doit pouvoir s’engager sur une feuille de route pour la paix, et sur sa mise en œuvre. Les principaux paramètres du règlement sont bien connus de tous. Ils ont fait l’objet de consultations approfondies pendant plusieurs mois, à Koweït, à New York et ces derniers jours à Riyad et Sanaa.

Il est essentiel que la communauté internationale, notamment les puissances régionales, soutienne ce processus et n’alimente pas le risque d’escalade. Nous réitérons notre plein soutien aux efforts inlassables de l’Envoyé spécial et à sa feuille de route. Son engagement et sa détermination pour ramener les parties à un accord sont remarquables et doivent être encouragés.

Monsieur le Président,

Plus le conflit s’enlise, plus les conséquences à long terme seront difficiles à surmonter. Plus la situation humanitaire se dégrade, plus les besoins en reconstruction seront importants. Plus l’instabilité persiste dans le pays et empêche le gouvernement légitime d’exercer le contrôle qu’il devrait exercer, plus le risque terroriste augmente, représentant une menace pour le Yémen mais aussi, nous le savons, pour le monde entier.

En conclusion, permettez-moi de souligner une fois de plus notre soutien aux efforts de l’Envoyé spécial, qui ne ménage ni son énergie ni son temps pour obtenir l’engagement des parties pour le rétablissement de la paix et de la stabilité au Yémen. Nous lui accordons notre entière confiance pour trouver les propositions finales qui permettront de parvenir à un accord.

A titre national, nous restons pleinement mobilisés à ses côtés, et saisissons chaque occasion de dialoguer avec nos partenaires dans la région pour plaider la fin des hostilités et un règlement de paix au Yémen.

Monsieur le Président,

Montrons ensemble que l’unité du Conseil est possible pour parvenir à un règlement de cette crise, sous l’égide des Nations unies. Nous en avons la responsabilité et, si nous unissons nos efforts, nous en avons aussi les moyens.

Je vous remercie.

Dernière modification : 04/11/2016

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