"La solution à deux Etats est menacée de disparition." [en]

Intervention prononcée par M. François Delattre
Représentant permanent de la France auprès des Nations Unies

Monsieur le Président,

1/. La France a fait depuis plusieurs mois un constat qui se confirme malheureusement jour après jour : le statut quo n’existe pas. Il n’est qu’une illusion, qui masque une régression quotidienne que nous ne pouvons pas accepter. Face aux conséquences humanitaires de la situation sur les civils palestiniens et israéliens, nous devons regarder la dure réalité du terrain : si rien n’est fait, l’horizon fragile de la solution à deux Etats est voué à disparaître et le risque d’un embrasement généralisé à s’accroître.

Le rapport du Quartette présenté au Conseil de sécurité sous présidence française a renforcé notre lecture de la situation, fondée sur deux éléments :

- le premier, c’est que la solution à deux Etats est bel et bien menacée de disparition. Il faut avoir le courage de le dire. Si les responsabilités en sont partagées, il ressort incontestablement du rapport du Quartette que la colonisation israélienne est l’une des principales menaces à la viabilité même d’un futur Etat palestinien. Les actes de violence, l’incitation à la violence et le terrorisme minent, eux aussi, la perspective de voir coexister deux Etats, un Etat d’Israël et un Etat de Palestine, vivant côte à côte en paix et en sécurité. Enfin, des progrès vers la réconciliation inter-palestinienne sont indispensables.

- Le deuxième élément, en miroir du précédent, c’est la nécessité de préserver, par des actions concrètes, la faisabilité de cette solution à deux Etats. Il apparaît inéluctablement qu’en l’absence d’action résolue des parties comme de la communauté internationale, cette solution laisserait la place à d’autres scénarios qui ne garantiraient aucunement un règlement juste et durable du conflit et risqueraient au contraire de précipiter des affrontements armés.

2/. Face à ce constat implacable, notre message des derniers mois a été constant autour de l’impératif de recréer un horizon politique pour sauver la solution à deux Etats. Elle est la seule à même de répondre aux aspirations légitimes des Palestiniens et des Israéliens à l’indépendance et à la sécurité.

La réunion ministérielle qui s’est tenue à Paris le 3 juin dernier a marqué la première étape d’une mobilisation internationale pour sauver la solution à deux Etats. Cette réunion importante a permis notamment trois avancées complémentaires :

- La première avancée, c’est la mobilisation politique en faveur du processus de paix. Pour la première fois depuis la conférence d’Annapolis en 2007, une réunion internationale sur le conflit israélo-palestinien s’est tenue. Cette première réunion a rassemblé 29 partenaires attachés à la paix. Alors que le processus de paix est partiellement éclipsé par les graves crises qui secouent le Moyen-Orient, notre objectif premier était de remettre ce conflit au cœur de nos priorités collectives. La réunion de Paris y a largement contribué.

- La deuxième avancée, c’est la réaffirmation collective du soutien à la solution à deux Etats. Dans un contexte où la situation ne cesse de se dégrader, notre souhait était de rappeler que cette solution reste la seule issue possible au conflit et de recréer ainsi un horizon politique capable d’arrêter et d’inverser la spirale négative que nous connaissons sur le terrain. Les conclusions de la réunion de Paris sont particulièrement claires sur ce point.

- La troisième avancée obtenue à Paris, c’est de promouvoir un engagement international en faveur de la reprise et de l’aboutissement du dialogue entre les parties. Chacun sait que seuls les Israéliens et les Palestiniens seront en mesure de faire la paix, mais il est nécessaire en revanche de reconnaître que les conditions ne sont pas aujourd’hui réunies pour une reprise des négociations directes. Notre initiative vise ainsi à construire un consensus et à favoriser une convergence des initiatives, afin de recréer un climat propice au dialogue et à son succès.

3/. C’est dire combien l’action de la France et celle du Quartette sont complémentaires. Elles ont pour objectif commun de rechercher la reprise de négociations crédibles susceptibles d’arriver à une solution sur le statut final. Le rapport du Quartette constitue un élément important pour contribuer à la remobilisation de la communauté internationale sur le processus de paix. C’est donc en ayant à l’esprit le rôle éminent du Quartette que la France, avec l’ensemble de ses partenaires, va poursuivre ses efforts de façon souple et inclusive.

4/. La réunion de Paris n’est en effet que le début d’un processus qui nécessitera encore beaucoup d’efforts collectifs, dans trois directions notamment :

- dans l’immédiat, nous allons lancer le travail de préparation d’un paquet d’incitations qui pourront être proposées aux parties en cas d’accord de paix et pour lequel la France assurera un rôle de coordination souple. Ce travail permettra, c’est notre souhait, d’associer des pays qui n’étaient pas présents à la réunion de Paris. Toutes les contributions et bonnes volontés sont naturellement les bienvenues. Plusieurs axes de travail ont été évoqués, notamment s’agissant des incitations économiques, du renforcement des institutions palestiniennes et des liens entre les sociétés civiles israélienne et palestinienne.

- Il s’agit aussi de bâtir sur les autres efforts en cours. En premier lieu, la mise en œuvre des recommandations du rapport du Quartette sera essentielle pour favoriser une amélioration rapide sur le terrain. D’autre part, les réflexions sur l’Initiative arabe de paix, dont le communiqué de Paris du 3 juin rappelle la centralité, devront être poursuivie.

- Il s’agit enfin de poursuivre notre dialogue avec les parties pour préparer la tenue, d’ici la fin de l’année, d’une conférence internationale avec leur participation.

Monsieur le Président,

5/. La France a conscience de la difficulté de la tâche bien sûr s’agissant d’un conflit sur lequel tant d’efforts, tant de bonnes volontés ont échoué. Nous estimons pourtant qu’il est de notre responsabilité collective de ne pas renoncer et de ne jamais baisser les bras. Notre ambition est réaliste. Elle n’est pas de prétendre pouvoir, seule, réussir là où d’autres ont buté. Elle est d’être un trait d’union, de mettre à profit notre expérience et nos liens avec les parties et la région pour faire émerger une méthode consensuelle, construire des convergences sur le fond et progresser ainsi vers la paix.

Je vous remercie.

Dernière modification : 13/07/2016

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