Traite d’êtres humains : un des trafics les plus rentables [en]

Débat public sur la traite d’êtres humains en situation de conflits - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies -
Conseil de sécurité - 20 décembre 2016

Monsieur le Président,

Je voudrais commencer par exprimer au nom de la France mes plus sincères condoléances et ma profonde sympathie à tous ceux qui ont été frappés par les terribles attaques terroristes de ces derniers jours.

Permettez-moi de remercier chaleureusement la présidence espagnole pour l’organisation de ce débat particulièrement important et de la féliciter pour ses efforts sans relâche qui ont permis l’adoption de la résolution 2331. C’est une belle illustration, Monsieur le Président, de la remarquable Présidence espagnole et du travail exceptionnel effectué par votre Ambassadeur à l’ONU et par son équipe. J’adresse également mes remerciements au Secrétaire général pour sa présence et son engagement sur ce sujet ainsi qu’à Mme Bangura et M. Fedotov pour leurs présentations toujours aussi éclairantes. Enfin, je souhaiterais rendre un hommage plus particulier encore à Ameena Saeed Hasan et Nadia Murad Basee Taha pour leurs témoignages poignants, pour leur appel que nous devons entendre et pour leur combat, qui est aussi le nôtre.
La France s’associe enfin au discours qui sera prononcé par la coordinatrice pour la lutte contre la traite d’êtres humains de l’Union Européenne.

Monsieur le Président,

La traite des êtres humains est hélas l’un des trafics les plus rentables et les plus répandus au monde. Les actions commises par Daech ou Boko Haram illustrent, de manière dramatique, les liens qui existent aujourd’hui entre la traite des êtres humains, fréquemment associée à des violences sexuelles, et le terrorisme.

Pour ces groupes terroristes, dont les premières victimes sont généralement les femmes et les enfants, la traite des êtres humains n’est pas seulement un moyen de semer la terreur parmi les populations civiles, elle est également utilisée comme une source de financement, voire un outil de recrutement. En Syrie, ce sont les femmes qui subissent les pires atrocités : les viols, les mariages forcés, la prostitution sont le quotidien des personnes habitant dans les régions contrôlées par Daech. En Irak, Daech a mis en place un véritable marché où des femmes et des filles issues de minorités, comme les yézidis ou les chrétiens, sont vendues pour servir d’esclaves sexuelles. La commission d’enquête internationale indépendante des Nations Unies sur la situation des droits de l’Homme en Syrie a fait état, dans son rapport de juin 2016 au Conseil des droits de l’Homme, de crimes contre l’Humanité et de crimes de génocide commis par Daech à l’encontre des jeunes femmes yézidies. En Afrique de l’Ouest, et plus particulièrement au Nigéria, Boko Haram torture, viole, retient prisonniers des centaines de femmes et d’enfants.

Ces actes ne sont pas seulement insupportables d’un point de vue moral. Ils sont constitutifs de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et, pour une partie d’entre eux, de crimes de génocide. Les groupes terroristes qui commettent de telles atrocités repoussent les frontières de l’humanité, et les auteurs de ces crimes devront rendre des comptes devant la justice. Face à de tels crimes, nous avons aussi le devoir d’agir dans le sens de la protection. Protection des civils à l’évidence, notamment des femmes et des enfants, mais aussi protection du droit international humanitaire et des principes qui sont au fondement de notre organisation.

Monsieur le Président,

Pour la France, la lutte contre la traite d’êtres humains, en particulier des femmes et des enfants, et contre les violences sexuelles commises à leur encontre en situations de conflits est une priorité de tout premier plan.
Cette priorité se traduit dans les actions conduites par la France sur l’ensemble des fronts de ce combat crucial. Ainsi la France mène-t-elle de nombreuses actions de coopération bilatérale et régionale afin d’aider les Etats les plus vulnérables à faire face à ce fléau. Elle participe également activement aux programmes de renforcement des capacités de l’ONUDC, notamment en Afrique de l’Ouest, et mon pays est le premier contributeur au Fonds de l’ONUDC pour la traite d’êtres humains depuis sa création en 2010.

La France ne ménage par ailleurs aucun effort, et ne ménagera aucun effort, pour mobiliser la communauté internationale dans ce combat. Après la conférence qui s’est tenue septembre 2015 à Paris sur les victimes de violences ethniques ou religieuses au Moyen Orient, la France avait organisé, lors de sa présidence du Conseil en juin dernier, un débat sur la traite d’êtres humains et les violences sexuelles en situations de conflit. Nous saluons le fait que certaines des recommandations formulées lors de ce débat aient été reprises dans la résolution présentée par l’Espagne. Enfin, l’ONUDC présentera demain, avec le soutien de la France, son rapport mondial bisannuel sur la traite d’êtres humains.

Monsieur le Président,

Le Conseil de sécurité porte une responsabilité collective dans le combat contre la traite d’êtres humains en situations de conflits. Nous disposons du cadre juridique international pertinent, avec la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée et ses protocoles, dont celui consacré à la lutte contre la traite des êtres humains. C’est dans ce cadre que nous devons renforcer notre engagement.

La traite d’êtres humains et les violences sexuelles commises en situation de conflits sont trop souvent considérées comme distinctes des menaces à la paix et à la sécurité internationales qui sont examinées par le Conseil. En réalité, ces pratiques font désormais partie intégrante de la stratégie des groupes terroristes tels que Daech et Boko Haram et constituent bien une menace à la paix et la sécurité internationales. Lorsque la menace terroriste évolue, nous devons évoluer avec elle.

Je souhaite donc conclure en faisant écho à l’un des principaux messages de la résolution : la nécessité de mieux prendre en compte le lien entre traite des êtres humains, violences sexuelles et terrorisme – pour la première fois reconnu comme une menace à la paix et à la sécurité internationale. Il s’agit là d’une percée potentiellement décisive. Après la déclaration présidentielle de décembre 2015, le Conseil fait aujourd’hui un grand pas en avant. Sur cette base, un travail plus approfondi d’analyse de la menace et d’identification des individus et entités qui, par leurs actions, sont impliqués dans la traite d’êtres humains, est nécessaire. Ce travail doit être mené conjointement par les entités en charge de la lutte contre le terrorisme aux Nations Unies, l’ONUDC ainsi que le bureau de la Représentante spéciale en charge des violences sexuelles en situations de conflits.

Monsieur le Président,

Face à des crimes aussi effroyables, qui défient la conscience humaine, nous avons la responsabilité collective d’agir pour y mettre un terme et poursuivre de manière implacable les responsables de tels actes. La résolution que nous avons adoptée aujourd’hui nous donne des armes supplémentaires, les armes du droit, pour avancer en ce sens. Sachons conjuguer nos efforts pour en faire ensemble le meilleur usage.

Je vous remercie.

Dernière modification : 20/12/2016

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