Il faut adapter les opérations de maintien de la paix au service des civils- 17 juin 2015 [en]

Maintien de la paix - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 17 juin 2015

Je remercie le Secrétaire général adjoint chargé des Opérations de maintien de la paix, Hervé Ladsous, et les Commandants de Force de la MINUSMA, de la MINUSS et de l’ONUST pour leurs interventions et bien sur leur action.

Monsieur le Président, je reviendrai rapidement sur les trois sujets qui nous ont été présentés :

Le premier concerne la « protection des civils »

La protection des civils est, de plus en plus, nous le savons, placée au cœur des mandats. Cette évolution n’allait pas de soi, mais après les drames qu’a connus la communauté internationale en Afrique et dans les Balkans notamment, elle s’est imposée comme une nécessité, au nom du principe d’Humanité qui est au cœur de la Charte. Le Panel pour la revue des Opérations de paix vient de le reconnaître, tout en veillant à ne pas créer d’attentes impossibles. Nous nous en félicitions et rendons hommage aux casques bleus qui, au quotidien, mettent en œuvre cette évolution exigeante.

Nous ne sous-estimons pas la difficulté de ces mandats dans des situations de crise, sur des territoires vastes, souvent dépourvus d’infrastructures, où les populations sont confrontées à la violence de groupes armés sans scrupules. Cette mise en œuvre implique une action globale, qui passe par des efforts de règlement politique de la crise, la prévention, l’appui au rétablissement de l’autorité de l’Etat et, parfois, lorsque cela est nécessaire, l’emploi de la force. Notre défi aujourd’hui est d’adapter les opérations de maintien de la paix dans toutes leurs dimensions à la mise en œuvre de ces mandats, pour faire mieux, au service des populations civiles qui sont les premières victimes des conflits armés.

A cet égard, l’aspect humain est d’importance capitale. Les missions doivent être capables de tisser des liens étroits avec les populations qu’elles doivent protéger. De ce point de vue, la francophonie doit être pleinement prise en compte, et je voudrais rappeler à nouveau que nous avons besoin de plus de francophones dans les opérations en cours, de l’homme de troupe au RSSG, ainsi qu’à New York. Il s’agit d’une condition d’efficacité opérationnelle.

Enfin la protection des civils ne saurait se limiter à assurer la sécurité physique. Le respect des droits de l’Homme, la protection des femmes et des enfants sont évidemment au cœur de nos priorités. Nous aurons l’occasion d’y revenir demain lors du débat public sur les enfants dans les conflits armés, il est absolument claire à cet égard que l’attitude des casques bleu doit être irréprochable et qu’une tolérance zéro doit s’appliquer à tout acte de nature à entacher la réputation des Nations unies.

Le second sujet concerne les « actions dans un environnement asymétrique ».

Les Casques bleus sont confrontés à de nouvelles menaces qui, parfois, les visent directement.

Dans ce contexte, nous devons répondre avec des troupes entraînées et des équipements adaptés, notamment en fournissant aux missions les « multiplicateurs d’effets » nécessaires : des moyens aériens mais aussi le soutien sanitaire, les unités logistiques et de génie combat et travaux qui leur font souvent défaut. Nous encourageons les Etats-membres qui disposent de telles capacités à combler ces lacunes et nous encourageons les échanges de formation et d’entraînement entre les Etats membres. Le commandant de la MINUSMA pourrait détailler l’état de la force sur ces différents aspects et les leçons à retenir pour d’autres théâtres comme la RDC ou le Liban où des défis comparables se posent.

Il nous faut également ouvrir les opérations de maintien de la paix à la technologie moderne comme le propose le rapport sur les nouvelles technologies de février 2015. En accroissant les capacités d’observation, de traitement de l’information et de protection des Casques bleus, la technologie permet de mieux comprendre l’environnement, d’anticiper et d’agir en amont des pics de violence pour, là encore, protéger les populations dans les meilleures conditions possibles de sécurité.

Le nouveau type de menaces auquel nous sommes confrontés exige une mobilisation optimale des moyens opérationnels et logistiques mis à disposition. La marge de manœuvre opérationnelle de la force ne peut pas être entravée par une organisation logistique de théâtre inappropriée. Elle doit en revanche pouvoir s’appuyer sur un schéma de déploiement rapide de capacités de soutien et notamment de mesures d’urgence nécessaires aux travaux d’infrastructures.

En conséquence, et cela rejoint le troisième sujet relatif aux « caveats », nous avons le devoir de veiller à ce que nos opérations disposent des moyens de leur succès et les utilisent dans une optique d’efficience.

Cela signifie notamment deux exigences :

— adapter les modes opératoires des opérations de maintien de la paix à leurs mandats. Des forces mobiles, dynamiques, réactives, au contact des populations sont nécessaires face à ceux qui veulent faire dérailler les processus de paix et qui s’en prennent aux populations comme aux soldats du maintien de la paix. Une attitude proactive constitue la meilleure façon de répondre à ce double objectif de protection des civils et de protection de la force. Il serait utile d’entendre les trois commandants partager leur expérience sur les contraintes liées aux « caveats ».

— éviter ensuite toute ambiguïté lors de la génération de la force conduite par le Département des Opérations de maintien de la paix. Au risque de constituer un danger pour la Force et les populations civiles, nous ne pouvons pas nous permettre que des contingents, pour des raisons nationales, n’effectuent pas les tâches demandées par le commandement. Un processus de consultation efficace en amont est essentiel pour permettre de lever ces ambiguïtés.

Monsieur le Président,

Le rapport du panel d’experts sur la Revue des opérations paix remis au Secrétaire général hier relève ces problématiques auxquelles sont confrontées les Opérations de maintien de la paix. La France continuera à être mobilisée sur ces questions et examinera avec attention les nombreuses recommandations contenues dans le rapport.

En conclusion, je tiens à redire l’attachement profond de la France au maintien de la paix des Nations unies, auquel notre pays contribue pleinement : sous Casques bleus comme par exemple au sein de la FINUL au Liban ; à titre national ou sous la bannière européenne, en soutien des opérations de maintien de la paix comme c’est le cas au Mali, en RCA et en Côte d’Ivoire. Aujourd’hui 7 800 soldats français sont engagés en opérations extérieures, dont près de 1 000 au service direct des Nations unies et 6 000 sous mandat des Nations unies. Depuis janvier 2013, 13 de nos compatriotes ont payé cet engagement de leur vie, dont le dernier, M. Damien DUSTRIT, en 2014 au Liban. Je salue ici leur mémoire, ainsi que celle de tous leurs camarades casques bleus tombés au Champ d’honneur pour faire vivre les idéaux que portent les Nations unies.

Je vous remercie.

Dernière modification : 20/06/2016

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