Le Conseil ne doit pas céder à la routine des cycles et l’illusion du productivisme [en]

Méthodes de travail - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 19 juillet 2016

Monsieur le Président,

Permettez-moi de souligner pour vous en remercier l’apport toujours apprécié du Japon aux méthodes du travail de ce Conseil, qui fait écho à votre rigueur et professionnalisme.

Je vais me concentrer sur quelques points comme vous le recommandez dans votre stimulante note de concept.

Mon premier point sera pour reconnaître avant tout la profonde évolution de ce Conseil vers plus de transparence, ce dont la France se félicite car les grands débats d’intérêt général sont l’affaire de tous. Or, cette évolution s’est faite à un moment d’accroissement sans précédent de l’activité du Conseil. Si j’insiste sur ce point, c’est pour souligner sur la nécessité de stabiliser les procédures pour qu’elles soient appropriées, et évaluées. Ainsi, il n’apparaît pas nécessaire à la France de modifier trop profondément la note 507/2010, pour ne pas risquer de porter atteinte à la qualité et à la continuité du travail du Conseil, dans une période pleine de défis et de dangers qui doivent mobiliser toute notre énergie diplomatique. La France privilégie une codification à droit constant dans la note 507, en intégrant les 13 nouvelles notes depuis 2010, plus celle adoptée la semaine dernière, ainsi que les déclarations présidentielles dont celles d’octobre 2015 et de février 2016, adoptées respectivement sous présidences espagnole et vénézuélienne.

Mon second point sera pour insister sur la nécessité pour le Conseil de veiller à rendre compte de son action à l’ensemble des Etats membres des Nations-Unies, dans l’esprit de l’article 24 de la Charte. A ce titre, la France estime nécessaire de bien roder le nouveau cycle d’élections des membres des non-permanents en juin et d’en tirer toutes les conséquences : examen du rapport du Conseil à l’Assemblée générale, temps de préparation accru des membres nouvellement élus à l’activité du Conseil et de ses organes subsidiaires. Nous saluons la récente adoption de la note du Président à ce sujet, et félicitons la délégation du Japon pour ses efforts depuis janvier. Dans le même esprit, nous sommes favorables à des séances de bilan mensuel du Conseil dans un format ouvert, en salle du Conseil ou en format interactif dit « Tolède », comme l’avait instauré la présidence espagnole en octobre 2015. Enfin, les évolutions récentes en ce qui concerne le processus de désignation du Secrétaire général des Nations Unies et du lien entre l’Assemblée générale et le Conseil de sécurité doivent être saluées.
Mon troisième point sera consacré aux thèmes du continuum de paix et de la prévention des conflits. Le Conseil ne peut que s’enrichir de la variété des interlocuteurs dans les Dialogues interactifs informels et les réunions dites Arria. Ceci lui permet d’élargir ses sources, d’enrichir sa réflexion, de mieux anticiper grâce à des formats informels de pré-alerte pour agir le plus en amont possible. Il y a là un changement culturel très important. Je veux en donner un exemple récent : avant l’adoption de la résolution 2295 sur la situation au Mali en juin sous Présidence française du Conseil, un Dialogue interactif informel a eu lieu à la place de consultations en présence du premier ministre malien, permettant aux membres du Conseil de bien saisir les enjeux, pour les Maliens, de cette importante négociation. Ce type de format aura inévitablement un effet d’entraînement sur l’interaction au sein du Conseil de manière plus générale, en encourageant des interventions plus courtes, informatives, et qui ne soient pas une juxtaposition de déclarations figées. Le Conseil y trouvera une source considérable d’amélioration de son efficacité. Une revue du cycle de rapports et de leur calendrier de publication pourrait contribuer également à cette efficience, car le Conseil comporte encore trop de figures imposées, qui encombrent l’agenda au détriment d’un traitement efficace et créatif des crises chaudes.

Monsieur le Président,

En d’autres termes, et malgré les urgences qui demeureront, le Conseil ne doit pas céder à la routine des cycles et l’illusion du productivisme. Habitude doit être prise de ne pas nécessairement conclure toute réunion par un texte longuement négocié, à la valeur ajoutée parfois limitée.

Privilégions des formats innovants. Lors de notre présidence de mars 2015, nous avions organisé un débat ouvert permettant d’approfondir la question des enfants dans les conflits armés. Nous nous étions limités à faire un relevé des idées échangées, sous notre seule responsabilité nationale. Ce relevé avait utilement nourri la réflexion de la Malaisie – présidence du groupe de travail – en vue de l’adoption de la résolution 2225 en juin 2015. Il en est de même pour ce débat avec le résumé du débat ouvert espagnol d’octobre 2015 fourni par la délégation espagnole. Enfin, le mois dernier, sous notre présidence, nous avons organisé un débat ministériel interactif et utile sur la protection des civils et pour lequel il n’y avait pas besoin d’adopter un texte. Sachons varier les formats en visant avant tout l’efficacité collective, et non les statistiques.

Dernier point pour conclure : l’inclusivité est une promesse vaine si elle ne s’accompagne pas d’un engagement en faveur du multilinguisme. Celui-ci est à la fois une richesse pour la pensée, et la condition d’un travail réellement participatif. Aussi, la France estime que la dématérialisation du travail et de la gestion ne doit pas entraîner, voir servir de prétexte à une régression de la place faite à chacune des langues officielles et des langues de travail.

Monsieur le Président,

C’est mon pays, la France, qui en décembre 1994 avait organisé le premier débat du Conseil sur ses méthodes de travail. Que de chemin parcouru depuis lors, mais que de chemin encore à parcourir. Nous sommes confiants sur le fait que, sous la conduite avisée du Japon, nous progresserons ensemble pour faire du Conseil un organe à la fois plus efficace et plus transparent, au service de tous.

Je vous remercie.

Dernière modification : 25/07/2016

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