Le Soudan du Sud face au risque de génocide [en]

Réunion du Conseil de sécurité sur le Soudan du Sud

Explication de vote de François Delattre,
Représentant permanent de la France aux Nations unies

Vendredi 23 décembre 2016

Monsieur le Président,

Il y a trois ans presque jour pour jour se déclenchait le conflit au Soudan du Sud. Au cours de ces trois années, les civils y ont été la cible de violences et d’exactions innommables, abondamment documentées par les Nations Unies, l’Union africaine et les organisations de la société civile. La situation au Soudan du sud reste aujourd’hui l’une des plus graves que nous connaissons. Les conséquences humanitaires sont dramatiques et les besoins immenses. La situation sécuritaire reste très volatile, et ce Conseil a été averti au cours des dernières semaines des risques de reprise et d’aggravation d’un cycle de violences accompagné d’atrocités de masse. La session spéciale du Conseil des droits de l’Homme organisée la semaine passée à Genève a souligné notre préoccupation collective face à ce grave constat.

Dans ce contexte, la France regrette vivement que le projet de résolution présenté par les Etats-Unis n’ait pas pu recueillir les soutiens nécessaires au sein de ce Conseil pour être adopté.

Comme vous le savez, et comme nous l’avons exprimé à plusieurs reprises dans cette enceinte, la France soutient depuis longtemps la mise en place d’un embargo sur les armes au Soudan du Sud. Nous regrettons que cette mesure n’ait pas été proposée plus tôt, à des moments où elle aurait pu bénéficier d’un large soutien au sein du Conseil.

A nos yeux, une telle mesure est pleinement justifiée par l’impératif de protection des civils. L’afflux continu d’armes au Soudan du Sud nourrit les violences en entretenant l’illusion d’une solution militaire au conflit. Aux mains des adversaires de la paix, ces armements facilitent la commission des pires exactions à l’encontre des civils. Or, il est de la responsabilité de ce Conseil de tout faire pour diminuer ce risque. L’embargo sur les armes y aurait certainement contribué.

Cet embargo aurait également pu être un instrument au service du processus politique. En altérant les calculs de ceux qui privilégient encore la solution militaire, l’embargo aurait pu favoriser le camp de la paix. Son influence positive sur le niveau de violence aurait pu permettre de créer un environnement propice à un dialogue politique apaisé. Comme ce Conseil l’a affirmé à plusieurs reprises, la solution durable aux violences que connaît le Soudan du Sud ne saurait être que politique. Et là encore, cet embargo aurait pu y contribuer.

Monsieur le président,

Il y a quelques jours, ce Conseil a su faire preuve d’unanimité pour renouveler le mandat de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud, la MINUSS. Alors que les populations du Soudan du Sud restent à la merci de la violence et des exactions, nous espérons que ce Conseil saura retrouver une telle unanimité pour leur venir en aide. Soyons-en bien conscients en effet : notre responsabilité collective est d’éviter un nouveau cycle d’atrocités de masses au Soudan du Sud, sur lequel le Secrétaire général des Nations unies nous a mis en garde, et d’y créer les conditions pour enclencher une dynamique positive.

Le vote de ce jour n’en souligne que davantage la nécessité que ce Conseil reste pleinement mobilisé en faveur de la paix et de la sécurité au Soudan du Sud.

Je vous remercie.

Dernière modification : 23/12/2016

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