Le conflit Israël/Palestine doit rester une priorité internationale - 22 octobre 2015 [en]

Situation au Moyen Orient - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 22 octobre 2015

Monsieur le Président, Monsieur le Ministre,

Je tiens à remercier la présidence espagnole pour l’organisation de cette réunion ministérielle sur la situation au Moyen-Orient et remercier le Vice-Secrétaire général pour sa présentation. Cette réunion, après le débat public de la semaine dernière, les échanges de ce Conseil hier avec le Secrétaire général en direct d’Amman, et les nombreuses démarches diplomatiques que nous menons tous, démontrent à la fois combien la situation est grave en Israël et dans les Territoires palestiniens, et combien notre mobilisation est nécessaire.

Nous sommes confrontés à une escalade de violence particulièrement préoccupante au Proche Orient, qui hélas ne fait que s’aggraver jour après jour sur le terrain. La France, je tiens à le souligner, a fermement condamné les violences de ces dernières semaines – quels qu’en soient les auteurs. Le bilan en termes de victimes, en termes de blessés, en termes de souffrances et de frustrations, est particulièrement lourd.

Cette spirale meurtrière est la traduction concrète de l’impasse du processus de paix. En particulier, la menace que fait peser la poursuite de la colonisation, illégale au regard du droit international, sur la viabilité de la solution des deux Etats, nourrit le désespoir et la violence. Elle constitue un obstacle aux aspirations des deux parties : la création d’un Etat palestinien, et le droit d’Israël à vivre en sécurité.

Alors que certains nous appellent à renoncer ou à sursoir à toute initiative fasse à l’accumulation des crises qui remplissent l’agenda international, nous n’avons eu de cesse de travailler ces derniers mois à proposer des solutions pour sortir du cycle infernal de violence au Proche-Orient. La situation actuelle souligne la validité de ces propositions et la nécessité d’en maintenir le cap. Le moment n’est certainement pas de baisser les bras. Nous devons assumer notre responsabilité collective et la France, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité, en tant qu’amie du peuple israélien comme du peuple palestinien, entend assumer les siennes.

Dans cet esprit, nous insistons depuis longtemps sur l’urgence d’une mobilisation collective, en vue d’apporter une solution politique durable au conflit. En dépit de la multiplication des crises dans la région, nous sommes restés fidèles à cette conviction : le conflit israélo-palestinien doit rester une priorité internationale. Non seulement les paramètres de la solution au conflit sont connus, mais en plus son absence de règlement demeure un argument de recrutement puissant du terrorisme et, à terme, un facteur de déstabilisation régionale. Nous ne pouvons pas courir le risque que Daech s’empare de la cause palestinienne avec toutes les conséquences qui en résulteraient et que l’on peut aisément imaginer.

C’est donc la responsabilité de la communauté internationale et celle du Conseil de sécurité que d’apporter une réponse à ce conflit.

En priorité, nous appelons fermement à ce que les parties redoublent d’efforts pour favoriser l’apaisement, en s’abstenant de tout acte ou propos pouvant alimenter les violences. Le maintien du statu quo de 1967 sur les Lieux saints de Jérusalem constitue un impératif, comme l’a souligné le Secrétaire général des Nations unis hier. La France souhaite que le Conseil de sécurité puisse faire entendre sa voix unanime pour préserver le statu quo et revenir au calme. Encore une fois, c’est notre responsabilité.

Il nous faut parallèlement nous remobiliser pour faire émerger un horizon politique. Nous devons travailler ensemble pour soutenir la reprise d’un processus politique crédible au service de la solution des deux Etats. C’est tout le sens de notre initiative en faveur de la mise en place, aux côtés du Quartet, d’un accompagnement international renouvelé au processus de paix. Cet élan vise à impliquer pleinement les partenaires arabes et européens dans l’appui au règlement du conflit. Nous comptons poursuivre dans cette voie.

L’absence de perspective politique n’est dans l’intérêt de personne. La solution à deux Etats constitue la seule réponse à ce conflit. La France demeure mobilisée et disposée à travailler en ce sens avec ses partenaires et à soutenir l’action des Nations unies.

Monsieur le Président,

Permettez-moi également de dire un mot sur la Syrie.

Le 17 août dernier, l’adoption d’une déclaration présidentielle du Conseil de sécurité avait représenté, après quatre années d’impasse, une lueur d’espoir en vue d’un règlement de la crise syrienne. Nous avons pensé que le Conseil de sécurité était enfin prêt à traiter la source des maux qui ravagent ce pays et avancer selon les trois priorités indissociables qui doivent être les nôtres : lutter plus efficacement contre le terrorisme, et contre Daech en particulier. C’est Daech qu’il faut frapper et non l’opposition modérée ; mettre en œuvre une vraie transition politique ; et apporter une réponse au calvaire que vivent les populations civiles en Syrie.

Les dernières semaines, c’est un euphémisme, n’ont pas permis de concrétiser cet espoir et ont apporté de nouveaux motifs d’inquiétude. La France et ses partenaires n’ont eu de cesse de le répéter : soutenir Bachar al Assad pour faire refluer les terroristes est une fausse solution, qui ne fera que renforcer Daech et prolonger le drame. Cette équation ne pourra jamais fonctionner, car elle interdit tout rassemblement des Syriens contre les terroristes, alimente la propagande de Daech, et finira par renforcer son pouvoir d’attraction. Il s’agirait non seulement d’une faute morale, mais aussi d’une erreur de stratégie, dont le peuple syrien, l’ensemble du Moyen-Orient et au-delà auraient à payer, durablement, les conséquences.

Le destin du peuple syrien ne peut pas se limiter à une alternative de la terreur : ou bien une dictature assise sur la répression sanglante, ou bien le terrorisme barbare. La tragédie syrienne doit être traitée à la racine, ce qui implique une véritable transition politique, capable de porter une réconciliation nationale. Ce que nous devons rechercher figure dans le communiqué de Genève de juin 2012 : un gouvernement doté des pleins pouvoirs exécutifs, rassemblant à la fois des éléments du régime et des éléments de l’opposition qui refusent le terrorisme. Nous connaissons l’essentiel des objectifs, des paramètres et des acteurs d’une telle transition. Nous ne devons pas nous résigner au blocage actuel du dialogue, mais bien plutôt continuer de soutenir les efforts de l’Envoyé spécial pour la Syrie, M. Staffan de Mistura, pour engager des discussions avec toutes les parties et définir les contours d’une solution ordonnée.

Avec plus de 250 000 morts et 10 millions de réfugiés et de déplacés, la Syrie est le théâtre de la plus grave tragédie humaine de ce début de XXIème siècle. Dans cette situation de chaos, la responsabilité immédiate de ce Conseil doit être de protéger effectivement les populations civiles. C’est aux autorités syriennes qu’il revient en premier lieu de protéger leur population. Or, le régime, désormais appuyé massivement de l’extérieur, utilise ses moyens militaires, notamment aériens, pour terroriser et tuer des civils, en violation permanente de ses obligations au regard du droit international et des résolutions du Conseil de sécurité.

En Syrie, des zones entières sont aujourd’hui sous le feu de bombardements indiscriminés du régime, notamment aux barils d’explosifs. Chacun connaît les caractéristiques effrayantes de ce mode d’action, qui frappe aveuglément et qui constitue, pour reprendre l’expression de Staffan de Mistura, la sinistre « marque de fabrique » du régime de Bachar al Assad. Or les barils d’explosifs ne sont pas des armes de défense, mais bien des armes de terreur, des armes qui alimentent aussi le déplacement des personnes, et ultimement, les flux de réfugiés vers les pays voisins et vers l’Europe.

Il est de la responsabilité immédiate des membres du Conseil de sécurité de prendre des mesures pour faire cesser effectivement l’usage de cette arme effroyable en Syrie.

La France, avec l’Espagne et le Royaume-Uni, fera prochainement des propositions concrètes à ces partenaires à cette fin.

Je vous remercie.

Dernière modification : 04/08/2016

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