Le débat sur les minorités persécutées au Moyen-Orient : une mobilisation internationale (30/03/2015) [en]

Bilan mensuel des travaux du Conseil - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 30 mars 2015

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, chers collègues,

Alors que nous approchons du terme de la Présidence française du Conseil de sécurité, il est utile de nous arrêter un moment pour prendre un peu de recul et mesurer le chemin parcouru.

Ce mois, vous le savez, a été particulièrement chargé et dense. Au cours de ce mois de mars, nous avons en effet tenu 28 réunions, adopté 9 résolutions, 3 déclarations présidentielles et 8 déclarations à la presse.

Pour mieux mesurer ce que recouvrent ces statistiques, qu’on se dise simplement qu’elles sont comparables, compte tenu de l’absence pendant une semaine de New York du Conseil, à celles du mois de mars dernier qui avait, vous vous en souvenez, battu des records d’intensité. Aujourd’hui personne ne peut nier que le Conseil, comme le veut la formule d’usage, est « activement saisi » …

Nous avions fixé trois axes pour notre Présidence, le Moyen Orient, la problématique des enfants dans les conflits armés, et enfin l’Afrique. Permettes-moi brosser ici à grands traits ce que nous avons accompli ensemble.

Sur le Moyen Orient, le débat de haut niveau présidé par le Ministre Laurent Fabius, consacré aux victimes d’attaques et d’exactions ethniques ou religieuses au Moyen Orient, aura été un moment clé de mobilisation de la communauté internationale.

Les discours très forts des intervenants, les annonces du Secrétaire général, ont permis, lors de cette première réunion sur cette thématique, d’alerter et de mobiliser l’ensemble des Nations unies mais aussi et surtout que la réponse s’organise. Le Ministre Laurent Fabius et le Secrétaire général des Nations unies ont ainsi tracé la perspective d’une Charte d’action qu’il appartiendra à un groupe de Sages d’élaborer. Comme l’a annoncé M. Fabius, la France est prête à accueillir une conférence internationale qui serait consacrée à la présentation des conclusions de ce groupe de Sages. Nous veillerons ainsi au suivi de cette initiative pour que l’important élan politique se traduise en actions concrètes sur ce sujet crucial pour permettre le retour des populations menacées.

Sur la Libye, le Conseil a voté trois résolutions au cours du mois, qui portent sur les volets politique et sécuritaire de la crise et soulignent l’importance de la médiation des Nations unies. Face à la crise au Yémen, le Conseil s’est réuni en urgence le dimanche 22 mars et a adopté une déclaration présidentielle renouvelant son soutien au Président légitime et aux efforts déployés par le Conseiller spécial. Naturellement, compte tenu de l’accélération des évènements, le Conseil devra rester mobilisé pour encourager et appuyer toute sortie de crise viable. Nous avons aussi adopté une résolution sur l’emploi des armes chimiques en Syrie, qui avertit que toute future violation fera l’objet de mesures sous chapitre VII. Nous espérons que les enquêtes de l’OIAC aboutiront au plus vite.

J’en viens enfin au processus de paix. Le Conseil a tenu une très riche réunion autour du Coordinateur spécial Robert Serry, qui lui a livré en quelque sorte son testament sur ce sujet qu’il a suivi pendant sept ans. J’en retiens un consensus au sein du Conseil sur le fait que la solution à deux Etats reste plus que jamais la boussole de notre action. La France voit dans ce consensus un encouragement pour reprendre les discussions au Conseil sur un projet de résolution permettant de fixer les grands paramètres, bien connus, d’une solution, tout en rénovant le cadre des négociations pour faire en sorte que la communauté internationale mette tout son poids dans la balance. Comme le Ministre Laurent Fabius l’a annoncé, nous comptons aller de l’avant prochainement.

Enfin, le Conseil a adopté une importante déclaration présidentielle sur le Liban, qui balaye toutes les dimensions de la situation du pays, et qui marque la grande unité du Conseil en appui du Liban.

J’en viens au deuxième axe de notre Présidence, celui de la protection des enfants dans les conflits armés, qui correspond à une priorité de premier plan et de longue date de la France. Nous avons voulu préparer, en liaison étroite avec la Malaisie, l’échéance du dixième anniversaire de la résolution 1612, en tenant un débat ouvert sur les enfants victimes de groupes armés non étatiques. Un débat marqué par les discours du Secrétaire général, de la Représentante spéciale, de l’UNICEF, et les témoignages bouleversants de Julie Bodin, et surtout de Junior Nzita, ancien enfant-soldat de RDC. Ce dernier nous aura donné une véritable leçon de vie en apportant aux discussions une épaisseur humaine poignante et incomparable. Je veux aussi souligner que la Présidence française a voulu innover pour ce débat sur le plan des méthodes de travail du Conseil. Au lieu de voter un texte pré-négocié, puis d’écouter les discours des Etats participants, nous avons décidé de renverser la logique. D’abord nous vous écoutons, ensuite nous proposons. Nous remercions ainsi les plus de 80 participants pour leurs très nombreuses et riches propositions. La France en fera prochainement la synthèse, que je diffuserai sous ma responsabilité à tous les membres de notre Organisation. Ce sera une contribution utile aux débats et négociations que la Malaisie organisera d’ici l’été, en relai de nos efforts et dont je la remercie. J’y vois un beau travail d’équipe entre nos deux délégations, qui va se poursuivre, ainsi qu’avec l’UNICEF, avec qui nous défendons, depuis leur adoption en 2007, les engagements de Paris en vue de protéger les enfants contre une utilisation ou un recrutement illégaux par des groupes ou des forces armés.

Enfin, troisième et dernier axe de notre Présidence, les crises africaines. Je commencerai par mentionner l’importante mission du Conseil en Afrique, successivement en République centrafricaine, auprès de l’Union africaine puis au Burundi, et que j’ai eu l’honneur et le plaisir de diriger avec mon collègue angolais, et, pour l’étape de Bujumbura, avec ma collègue américaine également. Je n’y reviens pas puisque nous avons eu l’occasion ici même d’en rendre compte. La grande négociation du mois aura porté sur la République démocratique du Congo. Le mandat que nous avons adopté jeudi dernier engage la mise en place d’un dialogue régulier et structuré avec le gouvernement congolais sur l’avenir de la mission. Avec des effectifs justement dimensionnés, la mission est appelée à se concentrer sur un nombre réduit de tâches, au premier rang desquelles se trouve la protection des civils. Le Conseil a aussi, le même jour, rehaussé les effectifs de la MINUSCA en République centrafricaine pour répondre à la demande du Secrétaire général. Je veux aussi mentionner, et souligner, le vote de la première résolution du Conseil mettant en place un régime de sanctions au Soudan du Sud, suivi d’une déclaration présidentielle après l’échec des pourparlers d’Addis Abeba. Enfin, sujet qui n’est pas des moindres, on retiendra que c’est sous Présidence française que le Conseil aura tenu sa première réunion publique sur Boko Haram, et que les négociations auront été lancées en vue du vote d’une résolution pour soutenir les efforts engagés dans le cadre de la force mixte multinationale par les soldats des pays de la région contre ce groupe barbare.

J’ajoute que cette Présidence aura été l’occasion de nourrir le dialogue entre ce Conseil et les organisations régionales, dans l’esprit du Chapitre VIII de notre Charte. En effet, nous avons reçu pour la première fois la Haute Représentante de l’UE Mme Mogherini, nous nous sommes réunis à Addis Abeba avec le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, et j’ai reçu en ma qualité de Président du Conseil Mme Michaëlle Jean, Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la francophonie.

J’aurais pu aussi mentionner les importantes réunions que nous avons organisées sur l’Ukraine, Haïti, les relations entre le Soudan et le Soudan du Sud, le Darfour, l’Afghanistan, le volet humanitaire en Syrie et bien d’autres sujets encore.

Je conclus en remerciant vous remerciant tous pour votre coopération au cours de ce mois particulièrement dense et productif. J’ai une pensée particulière et pleine de gratitude pour les équipes du Secrétariat du Conseil, des services de conférence, de sécurité, les ingénieurs du son et nos précieux interprètes.

Je souhaite plein succès à la Jordanie pour le mois d’avril et suis pour ma part assuré qu’avec Dina et son équipe, le Conseil sera en bonnes mains.

Je vous remercie.

Dernière modification : 20/01/2016

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