Le développement inclusif, condition de la paix et de la sécurité (19/01/2015)

Conseil de sécurité - Un développement inclusif pour le maintien de la paix et la sécurité internationales - Intervention de M. Alexis Lamek, représentant permanent adjoint de la France auprès des Nations unies, Chargé d’Affaires a.i.

Madame la Présidente,
Monsieur le Secrétaire général,
Mesdames Messieurs les Ambassadeurs, chers collègues,

Je remercie le Chili d’avoir proposé ce débat et d’avoir mis à l’ordre du jour du Conseil de sécurité la question du développement inclusif et des liens entre développement et « paix et sécurité ». Il s’agit là en effet d’un sujet crucial pour nous tous, et qui n’avait pas été discuté au Conseil depuis 2011. Je salue votre présence, Madame la Présidente, qui atteste de l’engagement de votre pays sur ce sujet. Je remercie également le Secrétaire général des Nations unies, M. Ban Ki-moon et l’Ambassadeur du Brésil, Président de la Commission de consolidation de la paix, M. Antonio Patriota, ainsi que Mme Leymah Gbowee, présidente de la Fondation Gbowee pour la paix en Afrique.

La France s’associe à la déclaration qui sera prononcée par l’Union européenne.

Madame la Présidente,

Le développement inclusif est une des conditions de la sécurité. Les révoltes et les conflits se nourrissent souvent d’un sentiment d’exclusion et d’injustice, à l’égard d’un groupe social ou d’une communauté ethnique ou religieuse. Parmi les conflits à l’ordre du jour de ce Conseil nombreux sont ceux qui trouvent naissance dans des violations des droits de l’Homme et dans un processus politique insuffisamment inclusif.

En même temps, il doit être dit clairement que c’est avant tout aux Etats qu’il appartient de mener ces processus inclusifs pour prévenir l’apparition des conflits. De ce point de vue, le Conseil de sécurité ne peut qu’encourager les Etats à se saisir pleinement de cette question et à mener des politiques de développement inclusives pour prévenir l’apparition des conflits.

La prévention des conflits passe aussi naturellement par le respect des droits de tous les citoyens, y compris de leurs droits économiques, sociaux et culturels. Des institutions représentant les aspirations légitimes des citoyens, la transparence dans la gestion des fonds publics, une chaine pénale indépendante et des forces de sécurité respectueuses du droit sont seules à même d’assurer la durabilité du développement. La stabilité d’un Etat dépend ainsi du respect de l’état de droit.

Ces politiques doivent en particulier axer leurs efforts sur l’égalité entre les genres et la participation des femmes aux processus décisionnels. L’égalité de genre n’est pas seulement un des droits humains les plus fondamentaux ; la lutte contre toute forme de discrimination entre hommes et femmes constitue aussi un facteur de développement, de stabilisation des pays en transition et de paix.

Je salue à cet égard l’action fondatrice que vous avez menée ces dernières années à New York, Madame la Présidente, comme première Directrice exécutive d’ONU Femmes. La France conduit aujourd’hui de nombreux programmes de coopération avec ONU Femmes pour renforcer la participation des femmes au développement. Je pense par exemple au programme « Genre et cohésion sociale » pour l’emploi des jeunes et des jeunes femmes au Maroc, en Tunisie et en Egypte. A titre national, nous avons aussi mis en place avec des ONG congolaises un programme de réinsertion socio-économique des femmes fragilisées par les violences à l’Est de la République démocratique du Congo

Je souhaiterais également insister sur la nécessité d’une approche inclusive dans la préparation des sorties de crise. Bien souvent, la réconciliation passe par un partage équitable des différents leviers de pouvoir entre les communautés belligérantes. Dans ce contexte, les femmes peuvent jouer un rôle décisif. Je salue à cet égard l’engagement de Mme Gbowee et le rôle des femmes dans la transition vers la paix au Libéria. De la même manière, il est essentiel d’associer, dès maintenant, les femmes aux négociations de paix au Mali, afin de prévenir leur exclusion d’un accord de paix, de garantir leur inclusion dans la période de transition post-conflit.

Je souhaiterai enfin dire quelques mots sur le rôle de la Commission de consolidation de la paix, en écho au débat que nous avons eu sur ce sujet la semaine dernière.

Dix ans après l’établissement de l’architecture de consolidation de la paix, dont le rôle et les réalisations ont été rappelés par l’Ambassadeur Patriota, des progrès indéniables ont été accomplis, d’une part dans le sens d’une meilleure compréhension des défis spécifiques des pays émergeant de conflits et, d’autre part, dans le sens d’une meilleure coordination des efforts des diverses interventions internationales dans les pays concernés. L’ambassadeur Patriota a cité des exemples dans lesquels l’architecture de consolidation de la paix a effectivement permis d’améliorer les situations. Nous devons poursuivre ces efforts.

A cet égard, la France appuie la revue de l’architecture de consolidation de la paix qui sera menée au cours de l’année 2015. Cette revue sera conduite conjointement avec la revue stratégique des Opérations de paix. Ces deux exercices sont bienvenus.

Madame la Présidente,

Je souhaiterais conclure en rappelant que l’Assemblée générale adoptera, en septembre 2015, un programme de développement ambitieux et rénové pour les 15 années à venir qui orientera l’ensemble de nos actions en faveur du développement durable, avec une approche globale.

Ce programme inclura des objectifs ambitieux sur la lutte contre les inégalités, sur l’égalité homme femmes, et sur des sociétés pacifiques et inclusives pour le développement durable, l’accès à la justice pour tous et des institutions transparentes, responsables et inclusives. Il s’agira d’autant de leviers qui peuvent contribuer à la prévention des conflits.

2015 verra également les 70 ans de la création de l’ONU. Dans ce contexte, les différents organes de l’ONU, y compris le Conseil de sécurité, doivent plus que jamais renforcer la cohérence de leurs actions respectives, en vue d’une approche davantage préventive et plus inclusive dans la gestion des crises. La paix et la sécurité ne pourront s’établir tant qu’il existera des discriminations à l’égard de certains groupes ou individus.

Je vous remercie.

Dernière modification : 19/01/2016

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