Le maintien de la paix nécessite plus de femmes - 13 octobre 2015 [en]

Femmes, Paix et Sécurité - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 13 octobre 2015

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Madame la Directrice générale,
Mesdames,
Chers collègues,

Je remercie le Secrétaire général ainsi que le Premier ministre espagnol, M. Mariano Rajoy, pour leur mobilisation exceptionnelle en faveur de l’agenda « Femmes, Paix et Sécurité » du Conseil de sécurité, qui a permis de célébrer aujourd’hui les quinze ans de la résolution 1325, une résolution qui est au cœur de tant d’autres résolutions adoptées par le Conseil et qui est au cœur des priorités de la France.

Je souhaite saluer aussi le travail remarquable de la Directrice générale d’ONU Femmes, Mme Phumzile Mlambo-Ngcuka, dont le rôle de coordination au sein des Nations unies pour promouvoir cet agenda et l’égalité femmes-hommes est essentiel.

Je souhaite enfin remercier Madame Lusenge, Madame Mohammed et Madame Murabit pour leurs témoignages poignants et leur engagement sans relâche pour donner aux femmes congolaises, irakiennes et libyennes notamment une voix, une place, une chance dans leurs sociétés respectives. Votre engagement est une source d’admiration mais aussi d’inspiration pour nous tous.

Monsieur le Président,

Cette réunion de haut niveau de l’agenda « Femmes, Paix et Sécurité » ne marque pas seulement l’anniversaire de la résolution 1325 adoptée il y a quinze ans. Il ne s’agit pas non plus d’une simple revue du chemin parcouru depuis 2000. Elle représente un nouveau départ de l’agenda « Femmes, paix et sécurité », un nouveau départ pour plus d’égalité.

Je salue à cet effet l’adoption à l’unanimité de la résolution 2242 qui permet justement de poser les jalons d’une relance de l’agenda « Femmes, paix et sécurité » pour les années à venir.

Je souhaite insister sur deux dimensions de cette relance :

D’abord, il s’agit d’une relance politique, dans le meilleur sens du terme.

En effet, l’agenda « Femmes, Paix et Sécurité » est un agenda politique et doit être traité comme tel par les Etats et par les Nations unies. Les Etats ont la responsabilité d’assurer une participation plus active des femmes dans les processus politiques, les négociations de paix et les mécanismes de résolution et de prévention des conflits. Les Etats ont la responsabilité d’associer les organisations de femmes aux discussions politiques, non seulement afin d’entendre leurs voix, mais surtout leur permettre de contribuer aux décisions. C’est aussi la responsabilité des Etats de nommer plus de femmes à des postes clés, y compris relatifs à la prévention ou la résolution de conflits. Les Nations unies aussi portent cette responsabilité politique : la nomination de plus de femmes à des postes d’Envoyés spéciaux ou d’experts genre de haut niveau auprès des Représentants spéciaux du Secrétaire général, ce qui va dans le bon sens. Ces décisions politiques doivent se multiplier. Il ne s’agit pas de symboles mais d’une plus-value cruciale pour notre organisation.

Ensuite, la revue de l’agenda « Femmes, Paix et Sécurité » représente une réforme opérationnelle.

En particulier, le maintien et la consolidation de la paix nécessitent plus de femmes : non seulement en nombre dans les opérations de paix, mais aussi à travers l’ensemble des problématiques liées au maintien et à la consolidation de la paix. La planification des opérations et mandats doit prendre en compte ces problématiques à tous les stades de la crise : en amont pour prévenir les risques, pendant la crise pour protéger les femmes de violences, après la crise pour aider les victimes à se reconstruire. Pour cela, la bonne coopération entre les Départements des opérations de maintien de la paix et de l’Appui aux missions avec ONU Femmes est indispensable. Je salue à cet égard les efforts de ces départements pour mieux en compte la situation des femmes dans les Opérations de maintien de la paix.

Monsieur le Président,

J’ai insisté sur la responsabilité des Etats-membres et des Nations unies dans la mise en œuvre des problématiques « Femmes, Paix et Sécurité ». Je souhaite terminer mon intervention par ce que fait la France. Depuis 2010, le gouvernement français a adopté deux plans d’actions nationaux pour la mise en œuvre de l’agenda « Femmes, Paix et Sécurité ». Ces plans d’action nationaux font l’objet d’une évaluation de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme et de notre Parlement. A cet effet, la France a mobilisé plusieurs millions d’euros pour soutenir une cinquantaine de projets dédiés au renforcement des capacités des femmes dans les pays en conflits, comme au Mali, en République démocratique du Congo ou encore pour les femmes syriennes réfugiées dans les camps des pays voisins avec l’appui d’ONU Femmes et de plusieurs ONG.

Monsieur le Président,

Vous avez demandé à ce que cette revue de haut niveau soit l’occasion pour les Etats d’annoncer des engagements concrets. Je souhaite vous faire part aujourd’hui de trois types d’engagements de la France :

A un niveau politique, la France s’engage à renforcer sa mobilisation pour promouvoir l’agenda « Femmes, Paix et Sécurité » sur les scènes nationale, internationale et régionale. Au niveau national, nous allons chercher à accroître la visibilité de nos plans d’actions nationaux. La France, dont plus de 20% des Ambassadeurs sont des femmes, s’engage à atteindre l’objectif de 40% de femmes nommées à des postes de responsabilité dans la diplomatie d’ici 2018. Et le mouvement est bien engagé. Sur un plan international, nous poursuivrons nos efforts au Conseil de sécurité pour que les dispositions des résolutions « Femmes, Paix et Sécurité » soient bien présentes dans les mandats des opérations de maintien de la paix comme pour la MONUSCO, la MINUSMA et la MINUSCA. Au sein de l’Union européenne, nous continuerons à plaider en faveur de la prise en compte des femmes dans la politique de sécurité et de défense commune et à soutenir la protection des femmes dans les situations de conflit et dans la sortie de crise.

Sur un plan opérationnel, la France qui contribue, à travers le déploiement de plus 900 personnels militaires et policiers, à six opérations de maintien de la paix, s’engage à la plus grande vigilance et fermeté pour veiller au respect des règles édictées par les Nations unies en termes de lutte contre les abus sexuels et de respect des droits de l’Homme. Le recrutement, la formation et le déploiement de nos personnels en opération se poursuivront selon un processus national qui garantit le respect de ces règles. Dans le cas des récentes allégations d’abus sexuels, nos autorités politiques se sont engagées à la plus grande fermeté pour adopter les sanctions les plus strictes, en complément de la réponse judiciaire, si ces cas se révèlent avérés.

Enfin, sur un plan financier, je suis heureux d’annoncer que la France contribuera à hauteur de 50 000€ au Fonds d’affectation spéciale des Nations unies pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. La dernière résolution biennale que la France mène depuis 2006 avec les Pays-Bas à l’Assemblée générale sur la lutte contre les violences contre les femmes appelle les Etats à contribuer à ce fonds. Nous espérons que d’autres Etats suivront. Cette contribution vient compléter un soutien financier à hauteur de 100 000 € que la France apportera à ONU Femmes en vue de renforcer l’accès des femmes à la justice.

Monsieur le Président,

Cette réunion de haut niveau ne marque pas la fin, mais bien le début d’une réforme ambitieuse de l’agenda « Femmes, Paix et Sécurité ». La France est déterminée à accompagner cette réforme pour plus d’égalité afin de permettre le changement dans la perception et dans le traitement des questions liées aux femmes aux Nations unies. Comme le disait le poète français Louis Aragon « la femme est l’avenir de l’homme », et bien la femme est aussi l’avenir de la paix.

Je vous remercie.

Dernière modification : 04/08/2016

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