Le succès de la COP 21 dépend aussi des entreprises [en]

de Laurent Fabius et Christiana Figueres

Cette semaine, plusieurs grands chefs d’entreprise ont rendez-vous à Paris pour le « Business and Climate Summit ». Cette réunion a lieu près de six mois avant la conférence sur le climat de Paris, la COP 21, dont on connaît l’objectif : parvenir à un accord universel limitant l’élévation de la température moyenne de la planète à 2° C ou 1,5°C, par rapport aux niveaux préindustriels. Lors du sommet de cette semaine, les entreprises auront l’occasion de démontrer leur engagement pour préserver notre planète et favoriser la transition vers un modèle de développement moins consommateur en carbone.

Jusqu’à présent, la lutte contre le dérèglement climatique avait buté sur une sorte de cercle vicieux : beaucoup d’entreprises attendaient des décisions politiques pour agir, tandis que les gouvernements attendaient, eux, une mobilisation du secteur privé.

Désormais, la donne change. D’une part, la plupart des gouvernements s’engagent. A ce jour, près de quarante pays ont communiqué leur « contribution nationale », c’est-à-dire leurs engagements en matière de réduction des émissions de carbone ainsi que d’adaptation au dérèglement climatique. Nous escomptons que tous les pays communiquent leur contribution avant le 30 octobre.

D’autre part, bon nombre d’entreprises intègrent maintenant l’action climatique dans leur stratégie de long terme et dans leurs activités quotidiennes. Récemment, plusieurs très grandes sociétés (General Motors, Google, Amazon, Apple) ont signé des accords importants d’approvisionnement en énergies renouvelables. Il y a quelques semaines, 43 dirigeants d’entreprises de dimension internationale ont affirmé leur responsabilité en faveur du développement durable. Ces entreprises françaises ou étrangères se sont engagées à réduire leur impact sur l’environnement, en se fixant des objectifs de réduction de leurs émissions et de leur consommation d’énergie. Elles se sont aussi engagées à promouvoir des technologies innovantes.

Cette évolution positive s’explique par une prise de conscience d’ordre général et par l’intérêt bien compris des sociétés. Une évidence s’impose peu à peu : l’investissement dans la croissance verte peut être source de profit et d’emplois. Alors que, longtemps, l’action en faveur du climat était perçue comme un coût plutôt que comme une opportunité, aujourd’hui, c’est le coût de l’inaction qui se situe au coeur du débat. Selon certaines estimations, l’inaction face au dérèglement climatique pourrait coûter à la production annuelle mondiale un total de 28.000 milliards de dollars d’ici 2050.

Dans ces conditions, nous attendons des chefs d’entreprise du monde entier qu’ils prennent des mesures concrètes, par exemple en se fixant un objectif de 100 % d’énergies renouvelables ou des objectifs progressifs de réduction des émissions. Le « Business and Climate Summit » de Paris constitue à cet égard un moment important.

En décembre, ces actions du secteur privé s’inscriront dans ce que nous appelons l’ « Agenda des solutions ». Elles prolongeront les initiatives issues du Sommet sur le climat organisé en septembre 2014 par le Secrétaire général des Nations unies, et réunies en décembre dernier dans le cadre du Plan d’action de Lima à Paris. Les efforts des entreprises ne se substitueront évidemment pas aux mesures indispensables qui doivent être prises par les Etats, mais ils les renforceront. L’idée centrale et juste est que les gouvernements ne doivent pas être les seuls à s’engager pour le climat.

L’accord de Paris sur le climat, auquel nous travaillons, n’apportera pas d’un seul coup la solution au problème du dérèglement climatique, mais il peut et il doit ouvrir le chemin. Désormais, nous sommes convaincus qu’un nombre important d’acteurs publics et privés sont prêts à s’engager, de manière précise, pour construire une planète plus durable. Le temps de l’action climatique est donc venu, les entreprises doivent y prendre toute leur part.

Laurent Fabius

Christiana Figueres

Laurent Fabius est ministre des Affaires étrangères et du Développement international, président de la COP 21. Christiana Figueres est secrétaire exécutive de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC).

Dernière modification : 07/12/2016

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