Les composantes de police des OMP ont un rôle essentiel dans la protection des civils - 13 novembre 2015

Rôle de la police dans la protection des civils au sein des opérations de paix des Nations unies- Intervention de M. Alexis Lamek, représentant permanent adjoint de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 13 novembre 2015

Monsieur le Président,

Je remercie Monsieur Hervé Ladsous, Secrétaire général adjoint du Département des opérations de maintien de la paix et les trois chefs de composante police présents avec nous aujourd’hui pour leurs exposés.

Je vous remercie également Monsieur le Président d’avoir réuni un après la première rencontre dans ce format pour évoquer la question de la protection des civils.

Évidemment quand on parle de la protection des civiles, c’est toujours bon de se rappeler la responsabilité principale en matière de protection des civils revient à l’Etat hôte. C’est bon de le garder à l’esprit et rien naturellement de ce que nous disons ici ne retire la moindre responsabilité à l’Etat hôte concerné.

Cela dit, les Nations unies et plus particulièrement les composantes de police et gendarmerie des Opérations de maintien de la paix peuvent avoir un rôle essentiel à jouer, notamment quand il s’agit de mettre en œuvre quand il le faut, avec toutes les mesures nécessaires.

Monsieur le Président,

On a beaucoup parlé des moyens et des capacités qui sont nécessaires pour que la police onusienne mette en œuvre ces missions. Il y a bien sûr, beaucoup l’ont dit, un enjeu de formation. Mais au-delà il y a sans doute aussi un enjeu d’harmonisation, un enjeu de cohérence. Il faut éviter que les normes et les pratiques que les contingents des pays contributeurs de police transmettent au pays hôte varient trop d’un contributeur à l’autre. Je voudrais ici saluer les travaux conduits par la division police du DOMP depuis quelques années sur le développement de directives et de standards opérationnels. C’est important, je crois même que c’est essentiel pour garantir la performance de la dimension police des opérations de maintien de la paix.

Un autre enjeu est central, beaucoup l’ont dit, c’est l’enjeu linguistique. C’est essentiel pour garantir la performance d’une opération de maintien de la paix. Il faut déployer des policiers et des gendarmes qui parlent la langue du pays dans lequel on les déploie, et tant qu’à faire aussi qui en connaissent la culture. C’est absolument essentiel pour faciliter et fluidifier les relations avec la population. Comme je le disais c’est un élément essentiel pour garantir la performance, en particulier la performance des opérations de formation que conduisent ces policiers.

Enfin, il y a un enjeu de genre. Nous devons veiller à déployer davantage de femmes policières qui peuvent faciliter les relations avec les populations, en particulier les populations les plus exposées aux violations des droits de l’Homme : les femmes, les enfants. Elles apportent également une plus-value certaine dans les enquêtes conduites dans le cadre de violences sexuelles.

Je voudrais terminer avec une série de rapides remarques et questions. D’abord pour souligner qu’au même titre de la composante militaire, la police des Nations unies ne doit pas attendre que des exactions soient commises pour intervenir. Elle doit être prête à agir par anticipation en mettant en place des outils de prévention et de réponse rapide aux situations dans lesquelles les populations civiles sont menacées.

Deuxième remarque, l’importance de la prise en compte de la chaine pénale. Le Conseil de sécurité qui s’est rendu en mission en Haïti en janvier dernier avait était choqué de constater à quel point la dimension judiciaire et la dimension pénitentiaire en Haïti étaient en ruine. Le contraste était frappant entre l’effort important qui avait été engagé et avec efficacité sous le volet policier et l’absence totale d’engagement, en particulier du pays hôte sur les questions judiciaires et pénitentiaires. Il est essentiel d’avoir une vision de l’ensemble de la chaine pénale pour garantir son efficacité. Ce n’est pas uniquement une mission bien entendu pour les opérations de maintien de la paix, ce n’est pas uniquement la responsabilité des Nations unies bien sûr mais je crois que l’ensemble des parties prenantes doivent avoir une vision de la chaine pénale pour éviter des situations comme celles que nous avons constatées en Haïti.

Enfin, la question a été posée sur les technologies modernes. Elles peuvent jouer un rôle important en termes d’alerte et de recherche d’éléments de preuve. Là encore, je serais intéressé de voir de quelle manière vous avez recours à ces technologies. Certains d’entre vous, je crois que c’est le Général Champion, avaient dit que vous n’aviez plus recours, vous aviez utilisé mais vous n’aviez plus utilisé. Pourquoi ? De quoi avez-vous besoin pour en avoir davantage recours ?

Dernière question rapide pour le Général CHAMPION : une partie très concrètes de votre exposé a porté sur la Stratégie de lutte contre l’insécurité que vous avez mis en place à Béni et vous avez très clairement fait ressortir la nécessité de cette approche intégrée de la protection des civils, en montrant que cette approche intégrée était le seul moyen que ça soit efficace et que ça fonctionne. Cela dit nous savons que vos ressources et vos équipements sont limités. D’un côté, la police est dotée de mandats de plus en plus multidimensionnels dans les opérations de maintien de la paix ; on vous donne énormes de missions : protéger les communautés, assurer la formation de vos policiers, la formation des policiers locaux, développer les capacités. J’imagine que vous avez à faire des choix. Ce serait intéressant que vous nous disiez sur quels critères vous répartissez vos ressources.

Je vous remercie.

Dernière modification : 04/08/2016

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