Les crises actuelles requièrent une action concertée de l’ONU et des organisations régionales - 18 août 2015 [en]

Organisations régionales et sécurité mondiale - Intervention de M. Alexis Lamek, représentant permanent adjoint, chargé d’Affaires a.i. de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 18 août 2015

Merci Madame la Présidente et merci pour l’organisation de ce débat toujours utile sur les relations entre les Nations unies et les organisations régionales.

Et je voudrais moi aussi remercier le Secrétaire général pour son intervention tout à l’heure.

La complexité des crises actuelles requiert de plus en plus une action concertée des Nations Unies et des organisations régionales, dans le cadre prévu par la Charte des Nations Unies, et notamment son chapitre VIII. Cela appelle de ma part trois observations.

La première c’est que les organisations jouent un rôle primordial croissant dans la gestion des crises.

Leur connaissance précise du contexte local et les réseaux qu’elles développent constituent un atout dans la compréhension des conflits. Leur proximité géographique permet un déploiement plus rapide. Le rapport privilégié qu’elles entretiennent avec les Etats en crise peut contribuer à la consolidation de situations fragiles.

La France veut encourager l’implication, déjà forte, des organisations régionales dans la prévention des conflits, dans le maintien de la paix, et la consolidation de la paix. Aujourd’hui, les organisations africaines, dont les actions ont vocation à s’intégrer à l’Architecture africaine de paix et de sécurité (APSA), prennent de plus en plus leurs responsabilités. Elles déploient davantage d’opérations pour répondre aux crises. Outre leur engagement militaire, leur rôle politique de médiateur et de soutien s’est accru, et cette évolution est bien sûr importante.

La deuxième remarque que je voudrais faire c’est que cette mobilisation des organisations régionales est d’autant plus efficace qu’elle se fait en concertation active avec les différents autres acteurs : les autres organisations régionales, les Etats, la société civile, et bien sûr en premier lieu les Nations Unies.

Deux illustrations en témoignent : le renforcement des liens entre l’Union africaine et les Nations Unies d’une part, et la coopération accrue entre les organisations africaines et l’Union européenne d’autre part.

La France se félicite du renforcement des liens entre l’Union africaine et les Nations Unies par la création d’un Bureau des Nations Unies auprès de l’Union africaine en 2010, l’établissement de bureaux de liaison à New York et à Addis-Abeba ou encore l’institutionnalisation d’échanges annuels entre le Conseil de sécurité et le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine.

Les organisations régionales sont également appelées à travailler ensemble et à se soutenir mutuellement. Ainsi, comme l’a soulevé tout à l’heure l’Ambassadeur du Tchad l’Union européenne finance plusieurs opérations de maintien de la paix comme l’AMISOM et différents éléments de l’Architecture africaine de paix et de sécurité : la force africaine en attente, le système continental d’alerte précoce. A ce jour, l’engagement pris par l’UE de contribuer à hauteur de 450 millions d’euros à la mise en œuvre de la Facilité de soutien à la paix en Afrique (APF) pour la période 2014-2016 a quasiment été atteint.

Mais au-delà du soutien financier, l’Union européenne fournit une aide civile et militaire : en Lybie (EUBAM), au Niger (EUCAP-Sahel), en République Centrafricaine (EUMAM), en République démocratique du Congo (EUSEC), en Somalie (EUTM et EUNAVFOR), ou au Mali. L’engagement au Mali montre l’étendue de ses actions : dans le cadre de la mission civile EUCAP Sahel Mali et de sa mission militaire EUTM, l’Union européenne assiste le gouvernement malien dans la réforme et la restructuration de ses Forces de Sécurité maliennes. L’opération EUCAP Nestor assiste, quant à elle, plusieurs pays africains de la Corne de l’Afrique pour la protection des surfaces et des frontières maritimes afin de lutter contre la piraterie maritime.

Ma troisième remarque c’est que dans ce contexte d’implication croissante des organisations régionales, la France souscrit aux recommandations du Secrétaire général issues de son rapport du 2 janvier 2015 et appuie les recommandations du Panel pour la Revue stratégique des Opérations de paix.

Concernant les opérations africaines au Mali et en République Centrafricaine, le Secrétaire général a mis en lumière la complémentarité de l’ONU et de l’Union africaine. Le passage de la MISMA à la MINUSMA au Mali et de la MISCA à la MINUSCA en République Centrafricaine a montré les avantages comparatifs des deux modèles d’intervention : d’un côté pour l’Union africaine, un déploiement rapide de forces armées capables d’opérations offensives, et de l’autre pour les Nations Unies, l’établissement d’une force de maintien de la paix, équipée pour une opération de plus long terme et avec un mandat différent.

S’agissant de la Revue stratégique des opérations de paix, les exemples du Mali et de la République Centrafricaine ont confirmé qu’il est essentiel pour les Nations Unies de s’investir pleinement en amont, dans la définition d’un cadre global et concerté de gestion de crise, tant du point de vue politique que sécuritaire. Ce cadre doit être établi en étroite coopération avec les autres acteurs régionaux, pour faciliter la mise aux normes onusiennes et la formation des contingents régionaux et permettre une meilleure sensibilisation aux questions des droits de l’Homme.

Enfin, la durabilité et la soutenabilité financière des opérations militaires demeurent une préoccupation majeure. Aujourd’hui, l’Union Africaine est fortement tributaire des contributions extérieures pour le financement de ses opérations mais il convient que les organisations africaines puissent progressivement, comme elles en ont exprimé l’intention, prendre en charge une part croissante de la charge financière de leur action.

La France est déterminée à poursuivre ses efforts et sa coopération avec les Nations Unies et l’ensemble des organisations régionales dans cette direction.

Je vous remercie

Dernière modification : 04/08/2016

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