Les défis du Sahel sont immenses en termes de sécurité et de développement [en]

Débat public "Paix et sécurité en Afrique : défis pour la région du Sahel" - Intervention de M. Alexis Lamek, représentant permanent adjoint de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 26 mai 2016

Merci Monsieur le Président,

Je voudrais moi aussi commencer par remercier la présidence égyptienne et l’Espagne d’avoir pris l’initiative de l’organisation de ce débat important et haut combien opportun ; et remercier également l’ensemble des intervenants pour la grande qualité de leurs interventions : Monsieur Chambas, Monsieur Laborde, Madame Barbut et Madame Hindou Oumarou Ibrahim. Les perspectives que vous avez partagées avec nous sont particulièrement utiles pour guider nos travaux.

Je souscris dans une très large mesure à tout ce qui a été dit et je vais limiter mon intervention à trois idées principales.

La première c’est que les défis du Sahel sont effectivement immenses à la fois en termes de sécurité et de développement. Les effets du dérèglement climatique frappent particulièrement la région et ce alors que la démographie est très dynamique puisqu’entre 2015 et 2050 la population passera de 85 à plus de 200 millions d’habitants. Alors ça peut être un atout, mais ça peut constituer également une grande faiblesse si la croissance de la population ne s’accompagne pas d’un développement suffisant, parce qu’alors des tragédies pourraient se produire : migrations forcées, instabilité politique, insécurité et tentation de l’extrémisme.

Le Sahel se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. Mais il n’y a pas de fatalité mais un engagement conjoint des pays du Sahel et de leurs partenaires peut permettre de relever ces défis. D’ores et déjà nous voyons au Mali comment la mobilisation de la communauté internationale peut porter ses fruits, avec une situation qui est aujourd’hui bien meilleure qu’en 2012.

Deuxième réflexion, sur la stratégie à adopter pour relever les multiples défis au Sahel, parce que notre approche pour être efficace, doit intégrer ces complexités.
Il s’agit de répondre à des défis qui relèvent de domaines d’intervention différents. En ce sens il est essentiel de souligner le lien qui est fait aujourd’hui dans cette enceinte entre climat, sécurité et développement.

Au Sahel, l’enchevêtrement des problématiques est manifeste : l’insécurité alimentaire est liée à la dégradation des terres, qui elle-même est aggravée par la croissance démographique et le réchauffement climatique. Dans ce cadre, toutes les initiatives doivent être encouragées. Le projet de revue pour la stratégie intégrée des Nations unies pour le Sahel doit être mené à bien rapidement, et d’ores et déjà nous saluons la rationalisation du dispositif de prévention et de gestion des crises dans le cadre du bureau des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest au Sahel.

Par ailleurs, les initiatives régionales doivent être promues. Le cadre du G5 Sahel, comme nous avons pu le souligner à de nombreuses reprises, apparait aujourd’hui très pertinent pour relever les défis. Et je veux mentionner également la Grande Muraille Verte pour le Sahara et le Sahel ainsi que les projets de développement durable autour du Lac Tchad.
Au-delà, les actions de la CDAO et de l’Union Africaine sont aussi à encourager comme celles de l’Union Européenne qui, comme vous le savez, est très engagée au Sahel.
Enfin une dimension plus globale, l’approche universelle et intégrée du développement qui est celle de l’agenda 2030 et de l’accord de Paris fixent un cap. Leur mise en œuvre - surtout au Sahel et dans les autres grandes zones de vulnérabilité du monde - est la grande affaire de notre génération. Mais elle ne pourra changer la donne au Sahel que si nous parvenons à avancer avec détermination et collectivement, avec tous les acteurs pertinents : les Etats, les Nations unies, les institutions financières internationales, la société civile, les entreprises, en transcendant les cloisonnements traditionnels.

En tout état de cause, et ce sera le dernier point que je vais aborder, je puis vous confirmer le plein appui de la France dans la durée pour aider à répondre à ce défi du Sahel.
Je voudrais d’abord rappeler l’implication sans précédent de la France au plan sécuritaire pour faire face à court terme aux défis du terrorisme et de l’instabilité qu’il génère. L’insécurité au Sahel ne concerne pas que le Sahel, puisque le terrorisme comme vous le savez, a lui aussi connu sa mondialisation. La démarche française avec l’opération Serval puis avec Barkhane s’inscrit dans une logique de partenariat durable avec les armées du Sahel afin de les rendre plus à même de lutter efficacement et de manière autonome et dans la durée contre le terrorisme. Et je voudrais renouveler auprès de nos partenaires africains comme internationaux, tout notre engagement à leurs côtés dans la lutte contre l’extrémisme.

Au-delà de la réponse sécuritaire aujourd’hui indispensable, le Président Hollande a confirmé, lors du sommet du 1er décembre 2015 avec les chefs d’Etat africains qui avait été organisé en marge de la COP21, son engagement à mobiliser les bailleurs de fonds et l’ensemble de la communauté internationale autour de trois grandes priorités africaine : l’accès à l’énergie, la grande muraille verte et la restauration du Lac Tchad. L’AFD et le Fonds Français pour l’Environnement Mondial dans ce cadre financent ou co-financent de nombreux projets de développement.

Le Président Hollande a annoncé à cette occasion que la France consacrerait 6 milliards de dollars à l’énergie en Afrique d’ici à 2020, dont 2 milliards pour les énergies renouvelables. Le Président Hollande enfin, a annoncé le relèvement substantiel de notre aide publique au développement : 4 milliards d’euros supplémentaires à partir de 2020, ce qui fera passer notre aide de 8 à 12 milliards d’euros. C’est un effort budgétaire exceptionnel et il témoigne de l’engagement de la France aux côtés des plus pauvres et des plus vulnérables.

Dernière modification : 27/05/2016

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