Les enjeux sécuritaires, économiques et politiques liés à l’insécurité maritime sont majeurs [en]

Débat sur la piraterie maritime dans le Golfe de Guinée - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations Unies - Conseil de sécurité - 25 avril 2016

Monsieur le Président,

Permettez-moi tout d’abord de vous remercier d’avoir pris l’initiative de ce débat, sur un sujet qui préoccupe grandement la France. Je remercie également le sous-secrétaire général M. Tayé-Brook Zerihoun pour sa présentation très éclairante. La France s’associe par ailleurs à la déclaration qui sera prononcée par l’Union européenne.

Je souhaiterais axer mon intervention autour de trois points :

Premièrement, les enjeux sécuritaires, économiques et politiques liés à l’insécurité maritime dans le golfe de Guinée sont majeurs. Pour la région, pour les partenaires stratégiques et pour la communauté internationale dans son ensemble. Les chiffres parlent d’eux-mêmes :

- Il s’agit de zones maritimes qui s’allongent sur 6 000 kms de côtes, du Sénégal à l’Angola ;

- Le golfe de Guinée constitue l’un des plus grands gisements de pétrole off shore de la planète, avec 24 milliards de barils de réserve estimés, soit 5% des réserves mondiales ;

- On a recensé près de 600 attaques contre des navires en haute mer ou dans les eaux territoriales des Etats côtiers depuis dix ans. Si le nombre d’attaques a diminué en 2015, en grande partie grâce à la mobilisation des Etats de la région, le niveau de la menace reste élevé comme le montre la recrudescence des actes de piraterie depuis janvier 2016 ;

- Le trafic de stupéfiants conduit à transférer de l’Amérique du sud à l’Europe de 20 à 40 tonnes de cocaïne par an par le golfe de Guinée notamment, pour un coût à l’achat estimé à 1,3 milliards d’euros.

Ce ne sont là que quelques exemples.

Le deuxième élément sur lequel je souhaite insister est la mobilisation des Etats de la région.

Les résolutions 2018 (2011) et 2039 (2012) du Conseil de sécurité ont appelé les Etats du golfe de Guinée à se doter d’outils de capacités et de politiques afin d’éradiquer l’insécurité maritime croissante dans la région. Les Etats ont répondu à cet appel.

Les chefs d’Etats des pays riverains et les responsables des organisations régionales comme la CEDEAO, la CEEAC et la CGG ont manifesté une claire volonté politique de lutter contre l’insécurité maritime lors du Sommet de Yaoundé de juin 2013. Ils y ont adopté un code de conduite pour lutter contre l’insécurité maritime dans la région, et ont décidé de la création d’un Centre interrégional de coopération. Ce dernier, inauguré en septembre 2014, a vocation à constituer le sommet d’une nouvelle architecture interrégionale de sûreté maritime. Tout doit être fait pour que le Centre puisse jouer pleinement son rôle.

Le sommet de l’Union africaine qui doit se tenir à Lomé en octobre 2016 et l’adoption prévue, à cette occasion, d’une Charte de l’Union africaine sur la sureté et la sécurité maritime et le développement économique et social, seront à cet égard essentiels.

Ce sont là des développements très positifs, et des efforts qui méritent d’être salués. La France encourage les Etats du golfe de Guinée à poursuivre dans cette voie et continue, comme elle l’a fait lors du Sommet l’Elysée de 2013, de soutenir le Processus de Yaoundé dont elle espère qu’il deviendra opérationnel dans les meilleurs délais.

Enfin, et j’en terminerai par-là, la stratégie que porte la France dans le golfe de Guinée vise à accompagner l’initiative des pays d’Afrique occidentale et centrale.
La France, vous le savez, compte parmi les principaux soutiens des Etats de la région, dans leur lutte contre l’insécurité maritime. Elle est présente depuis vingt-cinq ans dans la zone, à travers la mission CORYMBE et la coopération de sécurité et de défense. Depuis 2011, et jusqu’en 2021, le projet ASECMAR appuie la réforme du secteur de la sûreté maritime dans le golfe de Guinée. Afin d’assurer la cohérence des initiatives françaises et des Etats de la région, un plan de soutien français pour la sécurisation des espaces maritimes dans le golfe de Guinée a été élaboré.

La France promeut également la sécurité maritime dans le golfe de Guinée au sein des organisations internationales. Elle a ainsi activement participé à l’élaboration d’une stratégie européenne pour le golfe de Guinée adoptée en mars 2014, puis de son plan d’action validé en mars 2015.

Monsieur le Président,

Pour conclure, le renforcement des capacités locales et l’appui à la coordination régionale sont, pour la France, les principes qui doivent guider l’action internationale dans cette région du monde. Cette approche est fondée sur le respect de la souveraineté des Etats de la région, sur une appropriation nationale des réponses et, enfin, sur la nécessité de garantir le respect du droit de la mer et la liberté de circulation maritime.

La déclaration présidentielle que nous avons adoptée aujourd’hui reflète parfaitement cette approche.

Je vous remercie Monsieur le Président.

Dernière modification : 25/04/2016

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