Les extrémistes sont un danger pour les démocraties, la paix, les personnes et les femmes (10/03/2015)

10 mars 2015 - 59ème Comité sur le Statut de la Femme (CSW59) - Événement « Les femmes dans la lutte contre l’extrémisme : au nom de Dieu ? Le rôle de la CEDAW » - Intervention de Mme Pascale Boistard, Secrétaire d’État aux droits des femmes



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Mesdames et Messieurs les membres de gouvernements,
Mesdames et Messieurs les ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs et l’ensemble des associations ici présentes,

L’extrémisme, et plus particulièrement l’extrémisme religieux, n’est pas un sujet facile. Pas facile parce que trop souvent, l’extrémisme est associé à une religion alors même que cette religion condamne les actions des intégristes.
Le terrorisme ne saurait ni ne devrait être associé à une religion donnée, une nationalité, une civilisation ou une origine ethnique particulière.

Je remercie donc Nicole Ameline pour cette initiative courageuse et ambitieuse. Les Nations unies sont très engagées sur cette question. Nous ne pouvons qu’encourager et approuver un tel effort.

Les extrémismes, quels qu’ils soient, sont une forme de violence. De par leur intolérance, ils sont un danger pour nos démocraties, la paix, les personnes, et en particulier, les femmes.
Les extrémismes religieux ont cette particularité qu’ils prônent un dogme de soumission des femmes et poussent à la remise en cause de leurs droits les plus élémentaires que sont :
— Le droit à l’éducation
— Le droit à disposer de son propre corps
— Le droit de choisir son avenir, ce que l’on veut faire plus tard, qui on veut aimer

Aucune religion, aucune société n’est épargnée par l’extrémisme. La France a d’ailleurs récemment été blessée en son sein.

Face à la progression de l’égalité femmes-hommes, certaines personnes peuvent se sentir dépossédées de leurs privilèges traditionnels. Ils veulent maintenir une société basée sur la supériorité masculine et une répartition des rôles sociaux déterminée par le sexe. Les intégrismes se nourrissent des inégalités sociales, des ségrégations spatiales, des discriminations racistes et des lacunes dans l’accès aux droits et à l’égalité. La France condamne avec la plus grande fermeté les crimes et les exactions commis par les groupes extrémistes violents partout dans le monde.

Je pense aux souffrances innommables endurées par les femmes aux mains de DAECH, qui viole et réduit en esclavage des milliers de femmes. Elles sont vendues comme des marchandises sexuelles ou utilisées comme boucliers humains.
Je pense aussi bien sûr à Boko Haram, qui enlève les femmes et les jeunes filles et ne recule devant aucune exaction, utilisant même des enfants pour commettre des attentats-suicide. Ces crimes abominables révoltent la conscience humaine.
Ils nous rappellent tragiquement que la défense des droits des femmes est aujourd’hui encore un combat, partout dans le monde.

Ces droits fondamentaux ne sauraient souffrir d’aucune forme de relativisme culturel, quel qu’en soit le prétexte.
Pourquoi ?
Parce que le respect et la protection des droits de tous les êtres humains, quels qu’ils soient, ce n’est pas une question de culture, c’est une question de principe.
L’extrémisme religieux restreint aussi, au quotidien, la liberté des femmes et de leurs droits sexuels et reproductifs.
La condamnation dogmatique de l’avortement peut mettre en danger les femmes qui le pratiqueront dans de mauvaises conditions. De même, la condamnation du recours aux modes de contraception et de protection contre les MST peut mettre les femmes en danger.

D’une manière plus globale et au-delà des aspects purement sanitaires, il s’agit ici d’une remise en cause d’un droit humain fondamental, celui de disposer de son propre corps. Dans l’histoire des combats des femmes, il a souvent fallu affronter un ordre moral ou religieux parce que le corps des femmes est un enjeu politique pour beaucoup. Face à ces dangers, les femmes ne se laissent pas faire. Elles se mobilisent. En France, à travers un tissu associatif fort et engagé, comme ailleurs dans le monde.

Les femmes kurdes d’Irak, les PESHMERGAs, font preuve de détermination, et c’est ensemble, femmes et hommes qu’ils combattent les intégristes de DAECH.
En Algérie des femmes imams luttent avec succès contre les dérives extrémistes depuis le début des années 90. Discrètes, elles travaillent depuis des années à la "déradicalisation" des jeunes tombés dans les filets de l’extrémisme religieux.
En Tunisie, les femmes se sont faites entendre et ont acquis des droits reconnus dans la Constitution tunisienne adoptée l’année dernière. L’égalité devant la loi, la parité, la lutte contre les violences sont des garanties de non régression des droits des femmes. Ces dispositions sont désormais figées dans le droit tunisien.
Rassemblées, unies, associées, les femmes sont donc, elles aussi, un rempart face à l’expansion des intégristes.

Pour lutter contre les racines du radicalisme violent, la lutte contre les discriminations est primordiale. Je tiens à saluer à cet égard le rôle déterminant joué par le Comité sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’encontre des femmes. La France est active au plan international pour que tous les auteurs de violences contre les femmes soient jugés. Les Etats ont la responsabilité première de lutter contre l’impunité.

A cet égard, le statut de Rome de la Cour pénale internationale prévoit expressément que « viol, esclavage sexuel, prostitution forcée, stérilisation forcée ou toute autre forme de violence sexuelle de gravité comparable » peuvent constituer des crimes de guerre ou des crimes contre l’humanité.
Les victimes ont besoin d’assistance. Face à Boko Haram, au Nigéria et dans les pays voisins, la France a débloqué plus de cinq millions d’euros d’aide humanitaire d’urgence en appelant une mobilisation renforcée de la communauté internationale.
Nous avons par ailleurs financé des programmes d’aide médicale et psychologique au profit des femmes syriennes réfugiées.

Cependant les besoins restent immenses.
Dès lors, que faire ?
Le premier rempart à l’extrémisme est l’éducation. L’éducation par l’enseignement, mais aussi l’éveil culturel, l’ouverture sur le monde, l’accès à l’information et aux médias.
Interdire la propagande extrémiste ne suffit pas. C’est la formation à ce type de contenus, le décryptage et la discussion avec l’autre qui mettront un terme définitif à ces pratiques. C’est la formation à la tolérance, à la pluralité des opinions et au respect mutuel qui nous rendront plus fort face à cette menace.

Je vous remercie,

Dernière modification : 20/01/2016

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