Les OMP doivent avoir des moyens adéquats [en]

Les opérations de maintien de la paix face aux menaces asymétriques - Intervention de M. François Delattre, Représentant permanent de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 7 novembre 2016

Monsieur le Président,
Messieurs les Ministres,

Je voudrais tout d’abord remercier chaleureusement la présidence sénégalaise d’avoir organisé cette réunion sur un sujet particulièrement important pour le Conseil de sécurité et pour les Nations unies plus généralement. Je voudrais également remercier pour leurs présentations le Vice-Secrétaire général des Nations unies, M. Jan Eliasson, la Secrétaire générale de la Francophonie, Mme Michaelle Jean, le directeur exécutif de l’ONUDC, M. Yuri Fedotov, le directeur exécutif du comité contre le terrorisme, M. Jean-Paul Laborde, et le directeur du Centre pour les opérations de paix Brian Urquhart, M. Arthur Boutellis.

Monsieur le Président, comme nous venons de l’entendre, les Nations unies doivent faire face à des environnements de plus en plus complexes et non-permissifs dans leurs actions de terrain.

C’est vrai de longue date pour de nombreuses missions politiques spéciales, qui opèrent dans des contextes particulièrement difficiles sur le plan sécuritaire. Cela est le cas depuis plus de 14 ans en Afghanistan, où la MANUA a accompagné le rétablissement de la gouvernance, face à la menace des Talibans et d’autres groupes terroristes. Je pense également à la MANUL en Libye, à la MANUI en Irak et à la MANUSOM en Somalie.

Dans le cadre des opérations de maintien de la paix, l’impératif de protection des civils se trouve confronté de manière grandissante aux menaces asymétriques. C’est en particulier le cas au Mali, où la MINUSMA doit faire face à de telles menaces alors qu’elle s’attache à la protection des civils et au soutien au processus de paix. L’adoption d’une posture robuste s’est avérée non seulement souhaitable, mais indispensable. Par la résolution 2295, le Conseil de sécurité lui a confié le mandat nécessaire pour faire face à ces menaces et protéger les Casques bleus.

Je tiens à cet égard à rendre à nouveau hommage aux soldats de la MINUSMA, et avec eux, de toutes les opérations de maintien de la paix, qui accomplissent leur devoir dans des conditions particulièrement difficiles. Je pense tout particulièrement aujourd’hui, au contingent togolais de la MINUSMA, endeuillé par la mort d’un Casque bleu et dont plusieurs camarades ont par ailleurs été blessés, comme je pense aux civils maliens qui ont péri dans ces attaques. Je tiens à présenter les condoléances de la France aux familles des victimes et aux autorités du Togo et du Mali.

La MINUSMA n’est pas seule dans ce théâtre complexe, et elle peut compter sur le soutien de la France. La force Barkhane mène ainsi quotidiennement des opérations contre-terroristes au Mali et dans l’ensemble du Sahel, en soutien aux Etats de la région, tout en apportant un appui à la MINUSMA et en contribuant à améliorer la sécurité des Casques bleus.

Monsieur le Président, la nécessité de faire face à de telles menaces asymétriques doit guider le déploiement et le fonctionnement des opérations de maintien de la paix. Des efforts sont nécessaires dans plusieurs domaines :

- Tout d’abord, la planification. Une analyse approfondie en amont du déploiement doit permettre d’identifier les menaces et les défis auxquels l’OMP est appelée à faire face. La mise en place de la cellule stratégique de planification proposée par le Secrétaire général, et à laquelle la France a apporté un appui financier, doit permettre de répondre à cette nécessité.

- Ensuite, la définition des mandats et la posture des OMP. Le Conseil de sécurité doit donner aux opérations un mandat clair sur l’usage de la force, si et lorsque celle-ci est nécessaire. Le but est de favoriser une posture robuste qui permettra de répondre aux menaces et de mettre en œuvre le mandat. C’est ce que le Conseil a fait dans le cas de la MINUSMA, mais également dans le cas de la MONUSCO, avec la brigade d’intervention.

- Troisièmement, les opérations de maintien de la paix doivent disposer des moyens adéquats, qu’il s’agisse de moyens humains ou des équipements nécessaires pour l’accomplissement de leur mandat.

Je pense notamment aux capacités de recherche de l’information et d’analyse, qui sont essentielles pour anticiper et comprendre les menaces sur le terrain. Le développement de capacités de renseignement autonomes doit y contribuer. Je pense également au renforcement de la sécurité des personnels des Nations unies sur le terrain, qui passe notamment par le déminage. Je tiens à cet égard à saluer l’action entreprise par l’UNMAS sur de nombreux théâtres. Enfin, face à l’urgence de certaines situations, il importe de réfléchir à la mise en place des procédures réactives qui permettraient d’équiper les contingents en matériels adaptés.
Le fait de disposer de troupes parlant la langue locale est aussi un facteur essentiel, comme cela vient d’être souligné lors de la réunion ministérielle de Paris sur le maintien de la paix en environnement francophone. Cette conférence a réuni de nombreux pays contributeurs de troupes francophones comme non-francophones pour identifier les stratégies nécessaires afin de mieux répondre aux spécificités de l’environnement francophone. Cela concerne non seulement la langue mais aussi la génération de force, les équipements, ou la sortie de crise. Je salue à cet égard les efforts de l’Organisation internationale de la Francophonie, et votre implication personnelle, Mme la Secrétaire générale, pour conforter le rôle de la francophonie comme acteur essentiel de la communauté des Nations, y compris dans le domaine de la paix et de la sécurité internationales.

Répondre à tous ces défis passe notamment par l’approfondissement du dialogue triangulaire entre le Conseil de sécurité, le Secrétariat et les pays contributeurs de troupes et de police. La création de la cellule stratégique de génération des forces, que nous soutenons, y contribuera.

Monsieur le Président, répondre aux menaces asymétriques mais aussi les affaiblir durablement nécessite d’en identifier les causes et les mécanismes, d’identifier les signaux précurseurs et d’agir en amont. Ceci implique de réfléchir aux moyens par lesquels le système des Nations unies, à tous les niveaux, prend en compte la menace que représente l’extrémisme violent. Le plan d’action pour la prévention de l’extrémisme violent présenté par le Secrétaire général propose à cet égard des recommandations très utiles et pertinentes.

Les théâtres sur lesquels sont déployées les opérations de maintien de la paix sont particulièrement vulnérables à la menace de l’extrémisme violent, du fait des défis politiques, sécuritaires, mais également économiques et sociaux auxquels ils font face. Cela a été très bien dit.

Face à cette réalité, nous devons mieux appréhender ce phénomène, et élaborer des réponses adaptées à ces théâtres, dans le respect, bien sûr, des droits de l’Homme. Dans ce but, nous encourageons le renforcement des contacts entre les opérations de maintien de la paix, les agences des Nations unies et les entités compétentes des Nations unies sur la prévention de l’extrémisme violent, notamment, bien sûr, la Direction exécutive du Comité contre le terrorisme.

Cette dimension doit également être prise en compte de manière plus systématique dans le soutien fourni aux Etats-hôtes, par exemple dans le cadre de programmes nationaux de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) ou de soutien à la réforme du secteur de la sécurité (RSS). L’échange de bonnes pratiques doit être encouragé afin d’aider les Etats-hôtes à mieux faire face à ce fléau.

Monsieur le Président,

Les opérations de maintien de la paix font face à des contextes et des défis toujours plus complexes. Elles n’en sont que plus nécessaires, pour la protection des populations et le maintien de la paix et de la sécurité internationales. La France, vous le savez, continuera à participer et à soutenir très activement les opérations de paix des Nations unies et prendra tout sa part dans la recherche d’une plus grande efficacité et d’une meilleure adaptation de ces opérations. C’est en effet l’un des objectifs fondamentaux de notre organisation.

Je vous remercie.

Dernière modification : 07/11/2016

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