Les réfugiés ont avant tout besoin de protection

Réunion de haut niveau sur les mouvements de grande ampleur de réfugiés et de migrants - Discours de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international - 71e assemblée générale des Nations unies - 19 septembre 2016

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Chers Amis,

Sur tous les continents, les migrations font partie de l’histoire de l’humanité. Elles contribuent à sa diversité, à son enrichissement, au croisement des peuples et des cultures.

Face à la montée des peurs qui mettent à l’épreuve nos systèmes politiques, nos sociétés et notre unité, il est de notre responsabilité de rappeler que les réfugiés ont avant tout besoin de protection, qu’ils sont des femmes et des hommes comme nous tous, à qui nous devons fraternité et solidarité.

Face à la tentation du repli, ne sous-estimons pas la puissance de notre voix. Faisons-la résonner ensemble haut et fort.

Mesdames et Messieurs,

Nous sommes réunis aujourd’hui pour renforcer la réponse à la plus grande crise de réfugiés et de déplacés que le monde ait connu depuis la Seconde Guerre mondiale. Plus de 65 millions d’hommes, de femmes et d’enfants jetés sur les routes, réduits à l’état de fugitifs, d’exilés, de déracinés. 65 millions, l’équivalent de la population de la France.

Et c’est en Syrie, incontestablement, que la situation est la plus dramatique et la plus déstabilisante, à commencer pour les pays voisins : plus de 300.000 morts, plus de dix millions de réfugiés et de déplacés : plus d’un million au Liban, plus de 600.000 en Jordanie, 2,5 millions en Turquie. Face à cette situation, l’honnêteté oblige à dire que notre réponse collective n’a jusqu’à présent pas été à la hauteur.

Face à ces drames individuels et collectifs, c’est d’abord à l’État qu’ils ont fui de créer les conditions de leur retour. Mais nous pouvons contribuer, nous aussi, à leur redonner espoir ; nous pouvons leur donner les moyens de construire une autre vie ; nous pouvons former la génération de ceux qui sont et feront la Syrie de demain. Pour tout cela, non, il n’est pas trop tard.

Notre responsabilité est donc immense.

Accueillir ces exilés d’une part, dans la dignité et le respect du droit international qui nous impose de ne pas leur fermer la porte. Mais aussi aider les pays qui assument de manière disproportionnée l’exigence de solidarité qui s’impose à nous tous, mais à laquelle nous ne répondons pas tous équitablement.

Et je pense encore une fois au Liban, à la Jordanie, à la Turquie, mais aussi aux populations des pays du bassin du lac Tchad qui accueillent les victimes de Boko Haram ; à bien d’autres encore.

Nous ne pouvons pas nous contenter seulement de réagir. Nous devons peser de tout notre poids pour faciliter leur retour. La crise des réfugiés et des migrants a des origines - les persécutions, les conflits, le dérèglement climatique, la pauvreté. Ce ne sont pas des fatalités auxquelles nous devrions nous résigner.

Il ne s’agit pas d’empêcher des personnes qui souhaitent quitter leur pays de le faire - ce serait contraire au droit international et à notre conception d’un monde ouvert. Il s’agit bien souvent de leur offrir une alternative aux départs sur les routes périlleuses des migrations, avec pour seule motivation le désespoir.

En Syrie, notre aide sera vaine si les violences contre les civils, systématiques et barbares, ne cessent pas. Notre aide sera vaine si elle demeure bloquée par les obstacles à l’aide humanitaire qui est pourtant une obligation internationale.

Face à cette crise mondiale des réfugiés, la France prend ses responsabilités.

En participant à l’effort de solidarité financière, tout d’abord. Outre sa contribution à l’effort européen, la France consacrera au total plus d’un milliard d’euros entre 2016 et 2018 en réponse à la crise syrienne. Après les 100 millions d’euros supplémentaires mobilisés en 2015 pour soutenir les agences humanitaires, qui représentaient déjà un doublement de notre appui par rapport à 2014, 200 millions d’euros seront mobilisés sur 3 ans pour l’aide humanitaire d’urgence, l’éducation et la formation professionnelle, principalement au Liban. La France mettra également près d’un milliard de prêt à disposition de la Jordanie.

Mesdames, Messieurs,

Nous n’oublions pas l’Afrique. La France a appuyé la création d’un nouveau fonds européen pour prévenir les migrations irrégulières et les déplacements forcés. Nous prévoyons d’investir 20 milliards d’euros sur cinq ans au bénéfice des pays africains les plus pauvres. Car, sans développement, tous les plus beaux programmes de prévention des migrations irrégulières ne serviront à rien. Nous devons enfin soutenir les grands pays d’accueil des migrations inter-africaines, qui sont historiquement un levier de croissance pour le continent - je pense à la Côte d’Ivoire. Grâce à notre accompagnement, l’Afrique pourra d’autant plus facilement absorber la croissance démographique à laquelle elle devra faire face dans les prochaines décennies.

La France prend aussi sa part dans l’accueil des réfugiés. En 2015, plus de 80.000 personnes ont déposé une demande d’asile en France, soit 20% de plus que l’année précédente, principalement des Syriens. 97% des demandeurs d’asile en provenance de Syrie ont obtenu le statut de réfugié. Par ailleurs, la France s’est engagée à accueillir plus de 30.000 réfugiés, relocalisés d’autres pays européens ou réinstallés de pays voisins de la Syrie. Ces engagements sont mis en oeuvre de façon volontariste, mais nous devons passer à la vitesse supérieure.

Enfin, la clé est ce que nous pouvons faire ensemble, ici-même, à New York, au conseil de sécurité, pour contribuer au règlement des conflits qui sont à l’origine de la détresse de tous nos frères et soeurs contraints à l’exil.

Mesdames, Messieurs,

Nous devons mener cette bataille ensemble. Financièrement, en dégageant davantage de ressources. Pour des capacités d’accueil, en prenant chacun notre juste part pour soulager les pays voisins et pour que le droit d’asile, qui est un acquis fondamental, demeure une réalité. Politiquement, en prenant à bras le corps les causes profondes des migrations. Par la réaffirmation de valeurs universelles, enfin, ces valeurs de diversité et d’ouverture qui sont au coeur de la Charte des Nations unies.

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs,

Je vous remercie de votre attention.

Dernière modification : 21/09/2016

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