Menaces transversales à la paix et à la sécurité internationales [en]




La police nationale haitienne détruit près de deux tonnes de drogues
2 août 2012 - UN Photo/Victoria Hazou

Les menaces transversales et les Nations unies

Le Conseil de sécurité a noté maintes fois avec inquiétude les répercussions qu’avaient pour la paix et la sécurité internationales les menaces transnationales telles que la criminalité organisée et le trafic de drogue.

Il a relevé à plusieurs reprises le rôle du trafic de drogue et de la criminalité organisée dans l’apparition des conflits dans des pays tels que l’Afghanistan résolutions 1817 (2008) et 1890 (2009), Haïti (résolution 1892 (2009) et la Guinée-Bissau (déclarations du Président en date du 15 octobre 2008 et du 5 novembre 2009).

Il a également examiné la question d’un point de vue plus général dans la résolution 1373 (2001) sur les menaces contre la paix et la sécurité internationales résultant d’actes de terrorisme (le Conseil " [a noté] avec préoccupation les liens étroits existant entre le terrorisme international et la criminalité transnationale organisée, la drogue illicite, le blanchiment d’argent, le trafic d’armes et le transfert illégal de matières nucléaires, chimiques, biologiques et autres présentant un danger mortel ") et dans la déclaration du Président (S/PRST/2009/32) sur la paix et la sécurité en Afrique (" Le Conseil note avec inquiétude les graves menaces que le trafic de drogue et la criminalité transnationale organisée connexe font parfois peser sur la sécurité internationale dans différentes régions du monde, notamment l’Afrique ").

Une menace pour la sécurité

Les menaces transnationales favorisent l’apparition et la cristallisation des tensions régionales et internationales. Le trafic de drogue et la criminalité transnationale organisée connexe encouragent le blanchiment d’argent et le financement des groupes armés non étatiques. Les réseaux de criminalité organisée entravent l’efficacité du contrôle, par les autorités, des frontières et des territoires. Ils minent l’autorité des Etats, favorisent la corruption et sapent le développement économique. Ils ouvrent donc la voie à des phénomènes de radicalisation qui peuvent entraîner des actes d’extrémisme et de terrorisme violents. Les insurgés et les criminels nouent d’étroites relations pour exploiter cette instabilité, voire instaurer des conditions qui y soient propices.

En fait, les menaces transnationales constituent un facteur de déstabilisation dans chaque crise où intervient l’Organisation des Nations Unies. Elles exploitent la faiblesse des Etats dans des situations de conflit et compliquent ou retardent indéfiniment le rétablissement de la paix et le développement économique.

Un défi de plus en plus grand

La communauté internationale a adopté plusieurs conventions dans le cadre d’une démarche globale visant à contrer les menaces transnationales :
— La Convention unique sur les stupéfiants de 1961 ;
— La Convention de 1971 sur les substances psychotropes ;
— La Convention des Nations Unies contre le trafic illicite de stupéfiants et de substances psychotropes de 1988 ;
— La Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée de 2000 ;
— La Convention des Nations Unies contre la corruption de 2003.

Cependant, ces dix dernières années, les avancées de la technologie et l’ouverture des frontières et des marchés ont créé des débouchés transfrontières pour les groupes criminels. La criminalité organisée s’est donc diversifiée et mondialisée et a atteint des proportions macroéconomiques. Elle a noué des liens encore plus étroits avec le trafic de drogue, la corruption et le terrorisme. Elle représente aujourd’hui une menace encore plus grande pour la sécurité nationale et internationale qu’à l’époque de l’adoption de la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée. Aucune partie du monde n’est à l’abri. Sont particulièrement vulnérables les régions sortant d’un conflit, les zones où l’état de droit est affaibli et les pays souffrant du sous-développement.


L’ONU et la lutte contre le trafic de drogue

Les menaces posées par le trafic de drogue sur la sécurité internationale

Ces menaces sont observées à trois niveaux, comme l’a rappelé le représentant permanent de la France dans sa déclaration au Conseil de sécurité du 8 décembre 2009 :

- Le trafic de drogue affaiblit les Etats du fait de l’accroissement de la criminalité (depuis les guerres des cartels jusqu’au développement d’une criminalité transnationale organisée), de la corruption (sources d’affaiblissement des capacités d’intervention des Etats) et de son utilisation dans certains cas aux fins de financement de groupes armés.

- Par son caractère transnational, le trafic de drogue contribue à la déstabilisation de régions entières. La communauté internationale a réagi en mettant en place des initiatives régionales de lutte contre le trafic de drogue, à l’image du Pacte de Paris de mai 2003 consacré aux routes de la drogue d’Asie centrale en Europe.

- Enfin, le problème de la drogue est devenu, par son lien avec les réseaux illicites internationaux, un élément fondamental de menace à la sécurité internationale. L’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime a ainsi montré, dans son rapport sur le commerce de l’opium afghan, le rôle de la drogue dans le financement non seulement de l’insurrection en Afghanistan mais aussi des groupes extrémistes dans plusieurs pays d’Asie centrale. Les réseaux terroristes financent leurs activités en partie grâce au trafic de drogue, sans d’ailleurs que les trafiquants de drogue eux-mêmes en soient nécessairement conscients. La communauté internationale a reconnu le lien entre la drogue et sécurité internationale dans la déclaration politique adoptée lors de la 52ème session de la Commission des stupéfiants (mars 2009).

Ainsi, le problème mondial de la drogue ne peut plus être traité exclusivement dans ses aspects économiques et sociaux, mais doit également être abordé par les institutions en charge de la paix et de la sécurité internationales. Comme l’a souligné l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime dans son rapport annuel pour 2008, le traitement global des menaces transversales que sont le trafic de drogue, la criminalité organisée, la corruption et le terrorisme doivent faire l’objet des préoccupations prioritaires de la communauté internationale.



La police anti-drogue du Liberia brûle la drogue saisie
Monrovia, Liberia - 1 mars 2013 - UN Photo/Staton Winter

Le dispositif des Nations unies

La lutte contre la drogue fait l’objet de l’une des plus anciennes coopérations internationales

Elle repose aujourd’hui sur trois conventions mentionnées plus haut :

- la Convention unique sur les stupéfiants de 1961 (amendée par le protocole de 1972) ;
- la Convention sur les substances psychotropes de 1971 ;
- la Convention des Nations Unies contre le trafic illicite de stupéfiants et de substances psychotropes de 1988.

Office des Nations Unies contre la drogue et le crime

Établie en 1997, l’ONUDC, qui fait partie du secrétariat de l’ONU et est situé à Vienne, compte approximativement 500 agents et est seul à avoir la responsabilité de coordonner toutes les activités des Nations Unies en matière de contrôle des drogues et de fournir un leadership efficace pour ces activités.

Son rôle principal est d’aider les Etats membres dans leur lutte contre les drogues, le crime et le terrorisme.

Les trois piliers du programme de travail de l’ONUDC sont :

- la recherche et le travail analytique pour améliorer la connaissance des phénomènes liés à la drogue et aux questions de crime transnational organisé,
- un travail normatif pour aider les Etats dans la ratification et la mise en œuvre des traités internationaux,
- des projets techniques de coopération pour augmenter la capacité des Etats membres à lutter contre les drogues, le crime et le terrorisme, et traiter certaines de leurs conséquences.

Les travaux du Conseil de sécurité

Le Conseil de sécurité a été saisi de plusieurs situations géographiques où le problème de la drogue est central :

- Afghanistan  : le Conseil a relevé la menace que posent la production et le trafic de stupéfiants sur la sécurité et la stabilité du pays et de la région (résolution 1890 / 2009) ; il a appelé également, dans une résolution adoptée à l’initiative de la France, à une meilleure surveillance du commerce international des précurseurs chimiques (résolution 1817 /2008).

- Haïti  : le Conseil a invité les Etats de la MINUSTAH à renforcer leur collaboration avec le gouvernement haïtien pour enrayer les trafics transfrontaliers de drogue (résolution 1892 /2009).

- Guinée Bissau : le Conseil a pris la mesure des menaces engendrées par l’expansion du trafic de drogue et de la criminalité organisée non seulement pour les pays mais aussi pour la sous-région d’Afrique de l’Ouest. Il s’est félicité à ce sujet de la mise en œuvre de l’Initiative pour la côte de l’Afrique de l’Ouest à laquelle participe la CEDEAO (déclarations présidentielles du 15 octobre 2008 et du 5 novembre 2009).

Pour la première fois en décembre 2009, le Conseil de sécurité a traité de la question au plan global (cf. ci-dessus), avec un accent particulier mis sur la situation en Afrique. La question de la drogue a également été largement évoquée lors du débat sur les menaces transversales du 24 février 2010.

Les travaux de l’Assemblée générale

L’Assemblée générale adopte chaque année une résolution sur la question de la criminalité transnationale organisée. Par sa résolution 64/179 du 18 décembre 2009, l’Assemblée générale a noté avec inquiétude les effets néfastes du crime transnational organisé et des trafics de drogue sur " la paix et la sécurité " ainsi que " la vulnérabilité croissante des Etats ".

Dernière modification : 11/03/2015

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