Migrants : Pour une approche collective et solidaire à l’échelle de l’Union européenne

Assemblée générale - Migrants - Intervention de Frédéric Doré - Secrétaire général de la délégation française à la 70ème Assemblée générale des Nations unies - 20 novembre 2015

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Monsieur le Haut-Commissaire,

Chers Collègues,

Je tiens à vous remercier, Monsieur le Président, d’avoir mis rapidement à l’ordre du jour de l’Assemblée Générale un point sur les migrants et les réfugiés.

Il est, en effet, essentiel de poursuivre la mobilisation internationale de la communauté internationale, dans la lignée de la réunion de Haut niveau présidée par le Secrétaire général en septembre dernier.

Avant d’aborder la question des réfugiés, je voudrais chaleureusement vous remercier pour les gestes d’amitié et de soutien qui nous sont venus du monde entier après les terribles attentats du 13 novembre dernier. Tous ces lieux, dans vos pays, pavoisés aux couleurs du drapeau français comme autant de messages de solidarité, tout cela nous a profondément touchés. La France n’est pas la seule à être attaquée. De nombreux autres pays ont également été frappés par le terrorisme.

Monsieur le Président,
Nous faisons face aujourd’hui à un défi sans précédent, avec près de 60 millions de personnes déracinées dans le monde, principalement en raison des conflits et de la violence. Des millions d’autres quittent leurs foyers ou leurs pays pour des raisons multiples, y compris du fait des catastrophes naturelles et des effets du dérèglement climatique.

Ces déplacements de population nous touchent tous. Le Président de la République l’a rappelé clairement : l’Europe doit accueillir dans la dignité ceux qui relèvent du droit d’asile. Les réfugiés syriens fuient la barbarie de Daech, les bombardements indiscriminés du régime, et des conditions de vie de plus en plus difficiles, après plus de quatre ans de conflit. Plus que jamais, parallèlement à la lutte contre Daech, une issue politique à la crise syrienne est nécessaire. Les pourparlers de Vienne ont permis d’avancer vers cette voie. La France s’est pleinement mobilisée dans ce cadre pour que l’amélioration de la situation humanitaire soit un objectif prioritaire, et elle a fait des propositions concrètes en ce sens. Il y a urgence à atténuer les souffrances des populations civiles, sans quoi l’exil des Syriens se poursuivra. La communauté internationale doit continuer ses efforts pour imposer rapidement un cessez-le-feu en Syrie et mettre en place un processus de transition crédible et inclusif.

La France est pleinement mobilisée sur la question des réfugiés. Nous avons accueilli en septembre, à Paris, avec la Jordanie, une conférence sur les victimes de violences ethniques et religieuses au Moyen–Orient pour mobiliser les Etats afin qu’ils renforcent leurs efforts humanitaires en réponse aux crises en Syrie et en Irak.

La France plaide pour une approche collective et solidaire à l’échelle de l’Union Européenne sur la question migratoire. Chacun doit prendre ses responsabilités. La France renforcera ses efforts pour accueillir les réfugiés et les demandeurs d’asile, et consacrera 279 millions d’euros supplémentaires au titre de leur accueil et de leur hébergement.

Nous devons collectivement répondre en priorité à l’urgence humanitaire, en apportant protection et assistance aux populations déplacées et réfugiées. A ce titre, je voudrais saluer l’action du HCR et tout particulièrement l’engagement de son Haut-Commissaire, M. Antonio Guterres qui quittera très bientôt ses fonctions. Son successeur, M. Filippo Grandi, dont je salue l’élection mercredi par l’Assemblée générale, devra faire face à une intensité de crise inégalée. Nos vœux l’accompagnent dans cette mission difficile.

Nous voulons aussi rendre hommage à la générosité des pays du Moyen-Orient et d’Afrique, qui sont en première ligne et accueillent le plus grand nombre de réfugiés.

Face à la croissance exponentielle des besoins et à l’asphyxie des agences humanitaires des Nations unies, nous devons collectivement renforcer nos efforts. La mobilisation doit être élargie et renforcée. Et nous nous félicitons que le G20 ait envoyé un message clair en ce sens, les 15 et 16 novembre.

La France prendra toute sa part à cet effort collectif. Elle a décidé une contribution exceptionnelle aux agences des Nations unies de 100 millions d’euros, en priorité en réponse à la crise syrienne, dont 50 millions versés pour l’année 2015.

Aucun pays ne peut faire face seul aux défis des migrations. Il nous faut pour cela travailler, ensemble, pays d’origine, de transit et de destination. Je tiens à cet égard à saluer les conclusions du Sommet de la Valette, qui a réuni la semaine dernière l’Union Européenne et les partenaires africains pour établir un partenariat afin de traiter notamment des crises structurelles des migrations. L’enjeu du Sommet de la Valette était de trouver des réponses durables à l’émigration et de répondre au désespoir de certaines populations par l’espoir d’un avenir meilleur, par le développement.

Lutter contre les souffrances des populations réfugiées et déplacées passe aussi par une lutte résolue contre les réseaux de trafiquants, en partenariat avec les pays d’origine, de transit et de destination. Nous avons le devoir de combattre l’exploitation des migrants par les passeurs ou par les réseaux de traite des êtres humains. Là encore, des solutions existent, comme par exemple, la Convention de Palerme contre la criminalité transnationale organisée et en particulier le protocole contre le trafic illicite de migrants par terre, air et mer. Nous appelons à leur ratification par tous les Etats et à leur mise en œuvre efficace. Le Conseil de sécurité a adopté en octobre dernier une résolution donnant aux Etats membres de l’Union européenne les garanties juridiques nécessaires pour lutter contre les trafiquants en Méditerranée.

Nous devons aussi lutter contre les causes profondes de ces déplacements, car sans solution durable aux crises et aux conflits, les populations continueront d’être poussées à l’exode. La France œuvre à la stabilisation des zones de conflits et à la résolution des crises politiques pour prévenir les causes des déplacements forcés de population.

C’est le sens également de nos politiques de développement, en particulier vis-à-vis de l’Afrique, qui ont pour objectif d’offrir aux populations les moyens de vivre chez elles, dans la dignité, tout en poursuivant le soutien aux efforts de transition économique et démocratique des pays d’accueil des réfugiés.

Sur tous ces enjeux, le premier Sommet Humanitaire Mondial, qui aura lieu à Istanbul en mai l’an prochain, offre l’opportunité de trouver les moyens d’améliorer concrètement la réponse aux besoins des populations affectées par les conflits et de rendre l’action humanitaire plus efficace.

Je vous remercie.

Dernière modification : 20/11/2015

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