Nos efforts collectifs doivent permettre aux réfugiés syriens de retrouver leur foyer - 24 avril 2015 [en]

Situation humanitaire en Syrie : débat public sur la situation des réfugiés - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 24 avril 2015



Monsieur le Président, cher monsieur le ministre,

Permettez-moi en premier lieu de remercier la Jordanie pour avoir organisé ce débat, si nécessaire.

Je remercie également l’ensemble des intervenants, Mme Valerie Amos, M. Antonio Guterres, Mme Ertharin Cousin, ainsi que Mme Angelina Jolie, pour leurs interventions poignantes.

Le constat est sans appel. La tragédie syrienne est comme un trou noir qui broie implacablement les humains, et avec eux, toutes nos valeurs. La population civile est la première victime d’un conflit qui, chaque jour, révèle son lot d’horreurs, nourrit l’extrémisme et signe le retour de la barbarie. Les chiffres sont édifiants et ont été rappelés : 220 000 personnes ont été tuées depuis le début du conflit, 12,2 millions ont besoin de l’aide humanitaire, la moitié de la population syrienne a dû fuir son domicile et au moins 3,9 millions de personnes sont réfugiées dans les pays voisins.

Je tiens à saluer les efforts considérables déployés par la Jordanie, le Liban, la Turquie ainsi que l’Irak et l’Egypte, notamment, pour accueillir les réfugiés syriens. Ils sont directement touchés par ce conflit et l’afflux continu de réfugiés constitue pour eux, un véritable bouleversement sur le plan social et économique et, souvent, une pression supplémentaire sur les services sociaux et les ressources naturelles.

C’est pourquoi nous avons l’obligation d’agir. La France salue le succès de la conférence de Koweït, au cours de laquelle 3,6 milliards de dollars ont pu être mobilisés par les bailleurs. Mais le plan de réponse humanitaire pour 2015 n’est couvert à ce jour qu’à 16%. Il est donc important que les sommes promises soient rapidement décaissées. Ce qui permettra de répondre aux besoins urgents des agences onusiennes, aussi bien en Syrie que dans les pays voisins.

Mais au-delà des moyens financiers que nous devons collectivement réunir, il y a la question cruciale de l’accès aux populations dans le besoin qui continue de se détériorer en Syrie. Le régime syrien en est le premier responsable. Il continue de cibler délibérément les populations civiles, de poursuivre une stratégie méthodique de siège et d’imposer des obstacles de tous ordres à la délivrance de l’aide humanitaire, en violation directe du droit international humanitaire.

A titre national, la France est pleinement mobilisée en faveur des réfugiés syriens dans les pays voisins. Depuis le début de la crise syrienne, l’aide humanitaire française s’élève à 18 millions d’euros au Liban, 18,5 millions d’euros pour la Jordanie, 3,8 millions d’euros pour la Turquie, 2 millions d’euros pour l’Irak. Cette aide s’adresse aux réfugiés syriens mais aussi aux communautés hôtes qui subissent de plein fouet l’augmentation massive de la population. Au Liban par exemple, l’appui de la France aux communautés hôtes s’élève ainsi à plus de 12 millions d’euros, notamment par l’intermédiaire du fond fiduciaire de la banque mondiale. Une part importante de notre aide financera également l’action du programme alimentaire mondial dans la région. Face au défi grandissant que constitue la déscolarisation de millions d’enfants syriens, la France contribuera aussi aux programmes éducatifs du Haut-commissariat pour les réfugiés au Liban et de l’UNICEF en Jordanie.

Nous continuerons, enfin, à accueillir des syriens sur notre territoire, comme nous l’avons fait depuis le début de la crise, pour répondre à l’appel du HCR.

Il est en outre essentiel de faire d’avantage le lien entre l’aide humanitaire et les politiques de développement. La France répond à ce défi en finançant des projets de développement visant à soutenir les communautés hôtes et à permettre aux réfugiés non seulement de survivre, mais également de vivre dans des conditions socio-économiques décentes. L’ensemble des pays et des acteurs du développement doivent se mobiliser pour répondre à cet enjeu.

Monsieur le Président,

Comme l’a indiqué le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, lors de la réunion ministérielle du Conseil de sécurité du 27 mars, nos efforts collectifs doivent aussi permettre aux personnes exilées, et notamment les victimes de violences ethniques et religieuses, de retrouver leur foyer, dans la sécurité et la dignité.

Mais tous les efforts engagés butent et buteront sur l’absence de règlement politique du conflit. Tant que le conflit se poursuivra, et avec lui son lot d’actes barbares, nos efforts sont une goutte d’eau dans la mer. C’est pourquoi la meilleure aide que nous puissions apporter au peuple syrien, c’est de mettre un terme à ce conflit odieux.

La voie est exigeante mais connue : elle passe par une solution politique inclusive fondée sur le communiqué de Genève. Seule une transition qui préserverait l’Etat syrien et protègerait ses minorités, mais sans Bachar el-Assad, est à même de mettre un terme au conflit et de réduire durablement l’extrémisme.

La France plaide de toutes ses forces et depuis plusieurs mois en faveur d’une relance du processus politique sous l’égide des Nations unies. Seule l’ONU est légitime en effet pour relancer un dialogue sur la base du communiqué de Genève, qui constitue la seule base agréée au niveau international pour définir les paramètres indispensables à un règlement politique durable. La France se félicite de l’initiative de Staffan de Mistura d’engager des consultations en ce sens et est prêt à lui apporter son plein soutien.

Soyons collectivement à la hauteur de nos responsabilités. Nous n’avons pas le droit de renoncer.

Je vous remercie.

Dernière modification : 20/06/2016

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