Nous devons lutter contre le terrorisme, contrer sa propagande de haine [en]

Renforcement du partenariat stratégique entre les Nations unies et l’Organisation de la coopération islamique dans la lutte contre l’idéologie extrémiste - Intervention de Mme Anne Gueguen, Première Conseillère à la Mission permanente de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 17 novembre 2016

Merci Monsieur le Président,

Permettez-moi tout d’abord de remercier les intervenants pour leurs présentations très éclairantes ainsi que le Sénégal pour avoir pris l’initiative de cette réunion avec l’OCI sur un sujet qui est véritablement transversal – la lutte contre l’idéologie extrémiste violente. Cette question est au cœur de nos préoccupations communes et concerne l’ensemble de nos sociétés, quelle que soit leur ère culturelle ou géographique d’appartenance.

Sur ce sujet, il faut à la fois comprendre et agir comme les intervenants précédents l’ont souligné. La coopération entre l’ONU et l’OCI est importante et utile sur ces deux plans. Alors, je voulais d’abord souligner un premier point qui est que l’action commune est efficace.

D’importants succès ont en effet été enregistrés cette année dans la lutte contre Daech en Irak et en Syrie. Par ailleurs, l’équipe de surveillance du comité de sanctions contre Daech indiquait récemment que le volume de propagande du groupe sur internet avait diminué. Ce sont des progrès qui méritent d’être soulignés.

Toutefois, force est de constater que Daech continue d’exercer un attrait important sur nombre d’individus, des jeunes surtout, dans bien des pays, et le mien ne fait pas exception. Il s’agit donc de mieux comprendre pour mieux prévenir et contrer ce phénomène. La propagande des groupes terroristes, et en particulier de Daech, cherche à captiver les futures recrues en jouant sur des ressorts politiques, économiques et sociaux, mais également psychiques, qui sont dangereusement puissants. Il n’y a pas de profil unique, ni d’explication simple, les spécialistes qui étudient la question l’ont parfaitement montré. Les raisons pour lesquelles des individus, parfois de manière très rapide, décident de rejoindre un groupe terroriste, sont multiples et complexes, et mêlent les dynamiques collectives et les trajectoires individuelles, les questions de sécurité, de géopolitique, de justice et de santé mentale et d’autres encore. Les recruteurs attirent les jeunes en jouant sur leur sentiment d’injustice et de marginalisation, en faisant appel à leur besoin d’argent et de reconnaissance et en leur promettant un idéal et une cause à défendre, là où ils ne rencontrent ensuite que tyrannie, barbarie et mort. Ils recourent au pouvoir fascinant des images pour sidérer les esprits, et utilisent, si nécessaire, de véritables techniques de manipulation mentale pour les amener à rejeter leur environnement scolaire, professionnel et même familial. Ils sont particulièrement efficaces sur deux types d’espaces : Internet et les prisons. Cette « idéologie du chaos » est au cœur de la propagande terroriste et vise un double objectif : d’une part répandre la terreur parmi la majorité et d’autre part recruter, au sein d’une minorité qui reste très circonscrite, de nouveaux combattants.

J’en viens maintenant au deuxième point : agir. Face à une menace d’une telle ampleur, chaque Etat, chaque organisation régionale a un rôle à jouer pour casser cette entreprise d’embrigadement à grande échelle. Dans le contexte actuel, une coopération renforcée entre les Nations unies et l’Organisation de la coopération islamique est d’autant plus indispensable. L’Ambassadeur d’Espagne a présenté tout à l’heure plusieurs propositions fort intéressantes à cet égard. Cette coopération entre l’ONU et l’OCI peut aider à mieux comprendre les facteurs menant à la radicalisation violente et au terrorisme, et à améliorer notre action collective pour lutter contre cette menace. Mais il faut naturellement prendre garde à ne pas créer d’amalgames. C’est essentiel. Les Musulmans sont, de très loin, les premières victimes du terrorisme.
Les deux institutions, ONU et OCI, ont des objectifs partagés. Le Programme d’action de l’OCI-2025, adopté par le Sommet islamique d’Istanbul en avril 2016, et le Programme d’action décennal qui l’a précédé, ont appelé au renforcement du rôle de l’Organisation en matière de prévention des conflits, de renforcement de la confiance, de maintien de la paix, de résolution des conflits et de réhabilitation après les conflits dans Etats membres ainsi que dans les situations de conflit impliquant des communautés musulmanes.

La stratégie antiterroriste mondiale des Nations unies ainsi que le plan d’action du Secrétaire général pour la prévention de l’extrémisme violent offrent un excellent cadre à la coopération avec l’OCI. Comme cela l’a été souligné par l’Assemblée générale en juin dernier, la priorité doit désormais aller à la mise en œuvre des principales recommandations de ce plan. Cette responsabilité incombe avant tout aux Etats membres et aux organisations régionales, mais les Nations unies sont là pour les assister, qu’il s’agisse de la définition de cadres normatifs ou d’actions plus opérationnelles de renforcement des capacités. Le Centre des Nations unies pour la lutte contre le terrorisme (UNCCT) peut également être l’un des vecteurs de cette coopération renforcée.

Enfin, tout en renforçant la coopération entre les Etats et entre les organisations, nous devons mener ces efforts pour contrer la propagande terroriste avec l’aide du secteur privé, de la société civile et des acteurs de terrain qui contribuent à des sociétés civiles confiantes, et à des sociétés diverses et démocratiques, à des sociétés enfin qui créent des emplois pour leurs jeunes. La France a le plus grand attachement pour la liberté d’opinion et d’expression et à son lien intrinsèque avec la liberté de conviction et avec les autres droits fondamentaux qui permettent le respect du pluralisme et l’écoute de l’autre. Ces principes doivent être au cœur de nos enseignements, de nos comportements, de nos pratiques. Je ne peux que souscrire pleinement aux propos du Professeur Diane à cet égard en matière de promotion du pluralisme.

Monsieur le Président,

Nous devons lutter contre le terrorisme et contrer sa propagande de haine avec la plus grande détermination, avec les moyens nécessaires et proportionnés, et toujours avec les armes du droit, dans le respect des libertés fondamentales. Car ce sont justement ces droits que les terroristes veulent anéantir, parce qu’ils sont au cœur de nos démocraties.
La France continuera à prendre toute sa part à ces efforts.

Je vous remercie.

Dernière modification : 28/11/2016

Haut de page